Lacloche joailliers : une brillante histoire enfin tirée de l’oubli

[section_title title= »La consécration mondiale : les Expositions de 1925 et 1929″]

Maquette d’affiche Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels modernes. Paris 1925, René Prou (affichiste), 1925. @ MAD
Pont Alexandre III, Paris avril-novembre 1925 @ MAD

La Première guerre mondiale interrompt pendant quelques années le développement rapide de la maison. Mais les « Années Folles », suivant la guerre, seront indubitablement les années Lacloche.

Broche oiseau et fleurs en diamants et émail, rubis, saphirs, émeraudes, onyx. Lacloche Frères, Paris, 1925, @Sotheby’s. Magnificent jewels & jadeite, 5 avril 2016, Hong Kong.

Laurence Mouillefarine et Véronique Ristelhueber se penchent tout particulièrement sur la grande Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, qui se déroule en 1925 à Paris. L’idée en avait germé avant la guerre, mais la mise en œuvre avait été retardée par le conflit mondial. Lacloche frères figure en bonne place dans le pavillon dit de la Parure, située au Grand Palais, et dessiné par le designer Eric Bagge.

Photo (C) Ministère de la Culture -Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais : image RMN-GP
Broche, rubis suiffés, émeraudes, diamants, émail noir et platine, 1925.
LA Collection Privée. Photo Bonhams. Cette broche est présentée à l’exposition de l’Ecole des arts joailliers.

A côté de leur vitrine, Cartier, Van Cleef& Arpels, Dusausoy et Sandoz : Les Frères Lacloche font officiellement partie des “happy few” de l’art joaillier mondial. Laurence Mouillefarine et Véronique Ristelhueber se sont lancées sur les traces de cette exposition. A force d’opiniâtreté, elles ont pu dénicher à New York les deux albums de gouaches réalisés en souvenir de l’Exposition. S’y trouvent illustrées toutes les créations (chacune étant unique) exposées sur le stand de Lacloche frères.

Le premier album présente vingt-une pendules, et pendulettes, fabriquées par la maison Verger. Sept de ces objets extraordinaires font partie de l’exposition de l’Ecole des arts joailliers. Ils sont présentés au centre d’une reconstitution suggestive et poétique du hall de la section joaillerie de l’Exposition de 1925.

PENDULETTE DE TABLE en or, onyx noir, lapis-lazuli, jade vert et émail. Lacloche frères, Paris 1925. Sous la forme d’un cabinet chinois miniature, les portes s’ouvrent sur un cadran en émail cloisonné avec chiffres et aiguilles sertis de diamants. @ Sotheby’s, masterworks of time : George Daniels, visionary.  2 juillet 2019, Londres. Pendulette présentée à l’exposition de l’Ecole des arts joailliers.

@ Sotheby’s , 2 Juillet 2019. Londres.

Le second album dévoile soixante-trois dessins de bijoux, étuis à cigarettes et nécessaires ou « vanity case », accessoires si emblématiques des « Années folles ». A une mode nouvelle, succédaient de nouvelles parures et objets précieux : les femmes de la Cafe society avaient coupé leurs cheveux à la garçonne, elles portaient des robes souples, fluides,  à la ligne droite et aux étoffes colorées. Elles avaient pris l’habitude de se repoudrer en public, de fumer, de conduire! et de nouveaux accessoires de beauté aux vifs contrastes de couleurs, de matières (pierres précieuses versus pierres ornementales) et de diaphanéité (opaque, translucide ou transparent) complétaient cette mode. Lacloche frères a excellé dans l’art du nécessaire de beauté.

NECESSAIRE PAR LACLOCHE FRÈRES, 1925.  Or et platine, émail, sodalite, jade, turquoise, onyx, diamants et repoussoir en perle. Signé Lacloche Frères Paris, n° 57451 3765, avec la marque du fabricant pour Strauss, Allard & ; Meyer. @ Christie’s, Magnificent Jewels. Genève. 14 novembre 2017. Ce nécessaire est présenté dans l’exposition de l’Ecole des arts joailliers.
NECESSAIRE DE BEAUTE rectangulaire Art Déco en or jaune émaillé noir, les extrémités et le centre du couvercle appliqués sur fond de lapis lazuli, de fleurs sculptées en jade, cornaline et corail nervurées, centrées et soulignées de crénelures en platine serties de diamants taillés en rose. L’intérieur à trois compartiments comporte un miroir. Signée Lacloche Frères Paris, 1925. @Artcurial. /Lot 103. Vente Importants bijoux – 24 juillet 2012
Boîte Art Déco en lapis-lazuli, émail et diamant © Christie’s. Ce nécessaire est présenté dans l’exposition de l’Ecole des arts joailliers

Une deuxième occasion de briller fut offerte à Lacloche frères en 1929 lors de l’Exposition des « Arts de la bijouterie, joaillerie et orfèvrerie » au Musée Galliera. On remarque alors une évolution esthétique et stylistique majeure qui sera qualifiée par Henri Clouzot (1865-1941), conservateur du musée, de « grand silence blanc ». Lacloche frères présente aux côtés de sept confrères de somptueux bijoux montés sur platine et sertis presqu’exclusivement de diamants.

Bracelet articulé, platine, diamants taillés en brillants, en baguettes et en marquise, vers 1930. Collection privée. courtes Wartski. Londres
Broche-pendant, platine et diamants. collection privée. courtes Wartski. Londres. Photo : Prudence Cuming. Ltd

Ce sera le chant du cygne. La crise de 1929 passe par là, mais aussi les mauvaises habitudes des enfants Lacloche, qui perdent des fortunes au jeu. Dans les années Trente, seuls deux frères sont encore en vie, Jules et Fernand, ce dernier ayant pris les commandes de la Maison familiale depuis 1923. Les dettes contractées au jeu et l’effondrement de grandes fortunes ont raison de la maison Lacloche, qui ferme en 1931, année où meurt Fernand. Une première époque se clôt, qui restera assurément comme la plus brillante de la maison Lacloche.