Joyaux royaux français

Louis-Philippe à Fontainebleau : variations sur le bijou romantique

Louis-Philippe Ier, dernier roi des Français (r.1830-1848) semble être le personnage  incontournable de cet automne-hiver 2018-2019!

Le Château de Versailles a ouvert le bal en lui consacrant dans ses galeries du XIXème siècle une magnifique exposition qui raconte la transformation du palais des Bourbons en un musée dédié "à toutes les gloires de France", et qui durera jusqu'au 3 février 2019.

Le Domaine de Chantilly prolongera cette immersion dans la Monarchie de Juillet dès le 23 février 2019 avec son exposition sur Eugène Lami, peintre et décorateur de la famille d'Orléans.

Le Château de Fontainebleau, quant à lui, met en scène dans ses Grands Appartements deux cents oeuvres qui apportent un remarquable éclairage sur la personnalité de ce souverain et sur son époque, toutes deux souvent méconnues. Parmi ces oeuvres figurent des bijoux offrant une intéressante plongée dans les diverses formes joaillières à l'époque romantique.

Nous avons rencontré à ce sujet Oriane Beaufils, conservatrice du patrimoine et Vincent Cochet, conservateur en chef du patrimoine au château de Fontainebleau, commissaires de l'exposition "Louis-Philippe à Fontainebleau, le Roi et l'Histoire". 

"Ce que nous avons voulu mettre au centre de cette exposition, c'est le château. La restauration de Fontainebleau nous est apparue comme un élément déclencheur d'un renouveau exubérant des arts de l'ornement. De façon thématique, nous avons mis en lumière les décors et les transformations effectués par Louis-Philippe avec des objets, des dessins préparatoires, des oeuvres qui évoquent le climat dans lequel ces créations et restaurations se sont faites" explique Vincent Cochet.

L'exposition présente des bijoux ayant appartenu à la famille royale d'Orléans. Nous retrouvons de nombreux grands joailliers de l'époque tels que Bapst, Mellerio,  Morel & Cie, Jean-Baptiste Jules Klagmann ; d'autres qu'on aurait aimé voir représentés tel François-Désiré Froment-Meurice voient néanmoins leur oeuvre référencée dans le catalogue de l'exposition. Le bijou est, une fois encore, le prisme étroit à travers lequel se lisent les grands courants artistiques et les temps forts de l'Histoire de France.

Quatre thématiques émergent des bijoux et portraits présentés. Toutes montrent la grande richesse artistique de cette époque et soulignent l'étonnante influence des arts bellifontains.


Les bijoux de l'Impératrice Eugénie : de l'apogée à la chute

Avec la naissance du prince impérial en mars 1856, l’Impératrice s’affirme dans sa position et ses goûts : certains joyaux, pourtant très récents, sont impitoyablement démontés.

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Détail de la famille Impériale. Tableau de Gérôme "Réception des ambassadeurs de Siam à Fontainebleau par Napoléon III". 1864. @Château de Versailles. L'Impératrice Eugénie porte sur ce tableau son collier de perles à quatre rangs appartenant aux Diamants de la Couronne et le diadème grec dans sa seconde version, surmonté du diamant le Régent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les bijoux démontés figure le diadème de Viette : « il ne plaisait pas beaucoup à la souveraine, qui le trouvait écrasant, non comme poids peut-être, mais comme volume ; elle le porta rarement, et disait volontiers, en faisant allusion aux flammes des rinceaux et à leur aspect un peu diabolique, que c'était un bijou bon pour Lucifer ! » . (Henri Vever, op.cit.).

Les pierres récupérées vont servir à l’élaboration dès le mois de juillet 1856 par Alfred et Frédéric Bapst d’un très sage diadème grec au classicisme de bon aloi, incluant comme son malheureux prédécesseur échevelé le Régent en son centre .

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Une troisième version plus tardive du diadème grec sans le diamant le Régent. Photo Berthaud 1887.

De la même manière le peigne de Viette est démonté et fera place, à l’occasion des festivités du baptême du prince impérial, à un autre peigne à pampilles encore plus imposant, également par les Bapst, comportant entre autres le diamant rose Hortensia : « Elle portait une large ceinture en diamants et un grand peigne à pampilles, monté spécialement pour la circonstance, qui formait sur le chignon et jusque sur le bas de la nuque comme une cascade mouvante de diamants » .

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Diamant rose à cinq pans dit « Hortensia » – RMN-Grand Palais / Droits réservés (Musée du Louvre)
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Le grand peigne à pampilles (arrière de tête) avec le diamant Hortensia au centre de la Galerie. Six des sept étoiles et les trois roses de haie de l'Impératrice. Photo Berthaud de 1887

Toujours en 1856 l’éventail de Mellerio, pourtant neuf de l’année précédente, est démonté pour la création par les Bapst de sept étoiles à six branches , sans doute directement inspirées de celles livrées par Koechert pour l’impératrice Elisabeth d’Autriche.

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Portrait par F-X Winterhalter de l'Impératrice d'Autriche Elisabeth de Bavière dite "Sissi". @RMN-GP. Agence Bulloz

Eugénie n’hésite donc pas à imiter ce qui se produit dans les cours voisines.

En 1863 la Maison Bapst lui livre ainsi un diadème russe, vraisemblablement copié sur celui observé lors du séjour de la grande duchesse Marie de Russie en France en novembre 1859.


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Mais l’inspiration la plus notable de l’impératrice, l’influence quasi mystique sur ses goûts, son modèle par excellence est bien entendu le XVIIIème siècle en général et Marie-Antoinette en particulier.

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L'impératrice Eugénie en Marie-Antoinette par Winterhalter. 1854.@Metropolitan Museum of Art, New-York.

Cette passion, vue par certain à la cour comme mal venue et quelque peu masochiste, va être largement le fil conducteur de nombre de ses décisions en matière vestimentaire, véhiculées par une presse avide de décrire les toilettes de l‘impériale icône, influençant les modes d’une nation et même au delà. En matière de joaillerie ce retour au XVIIIème siècle se retrouve dans un vocabulaire ornemental fait de rubans, fleurs, bouquets, feuillages, joncs enrubannés et nœuds dits à la Sévigné, déjà présent comme nous l’avons vu dès le début du règne et poursuivi dans les années 1860.

Ainsi Eugénie fait démonter la grande ceinture de Kramer en 1864 mais conserve le nœud central qui, modifié par les Bapst, serait ensuite devenu un devant de corsage .

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François Kramer – Grand noeud de corsage de l’Impératrice Eugénie – Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Dans le même esprit la maison Bapst, toujours, avait confectionné en 1863 deux grands nœuds d’épaule d’un dessin parfait extrêmement élégant, reliés entre eux par un grand collier de quatre rivières de diamants. A la même période elle fournit également un ornement de coiffure composé de guirlandes de feuilles de lierre totalisant 477 brillants .

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Les noeuds d'épaule et le collier aux quatre rivières. Photo Berthaud de 1887.

Si la mode de l’Ancien Régime demeure une constante, les goûts de l’impératrice, et des femmes de son cercle, savent aussi évoluer au rythme des grands événements du règne.

 

 


Les bijoux de l'Impératrice Eugénie

Par Nicolas Personne

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Médaillon-pendentif ouvrant de l’impératrice Eugénie, avec son écrin. Compiègne, musée national du palais de Compiègne C.2009.005. Or ou Métal doré ; émail

Les dirigeants de Christie, Manson & Wood peuvent être satisfaits. En effet en ce début d’après-midi du 24 juin 1872 les salles de vente du 8 King Street à Londres ne désemplissent pas.

La raison d’une telle affluence se résume en cent-vingt-trois lots présentés au plus offrant. Une simple liste fait office de catalogue, dressée sous le pudique titre « A portion of the magnificent jewels, the property of a distinguished personnage ». L’assemblée, constituée d’experts et de joailliers de renom tels que S.J. Phillips et Garrard, et des représentants des plus grands noms de l’aristocratie, n’est cependant pas dupe : il s’agit bien là d’une partie du fabuleux écrin personnel de l’impératrice Eugénie . L’ex souveraine s’est en effet résolue à se séparer des bijoux de sa collection personnelle, dont elle avait emporté une partie en exil, cependant que l'autre partie avait été mise en sécurité et envoyée en Angleterre après la chute de l'Empire - cela afin d’adoucir les rigueurs de l’exil de la petite cour impériale rassemblée à Camden Place, Chislehurst, à quelques lieues de la capitale britannique. Alors que Napoléon III, conspirateur devant l’éternel, nourrit sans doute quelques velléités de retour en terre française, Eugénie a-t-elle jeté un dernier regard désolé sur ces parures qui furent les attributs privilégiés de son règne ?

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Montre-châtelaine de l'Impératrice Eugénie. 1853. Jules Jean-François Fossin. Rueil-Malmaison, musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau 1853 Or ; diamant taillé en rose ; perle baroque ; émail

 


Le Second Empire à Orsay : entretien avec Hubert le Gall, scénographe

Créateur de mobilier renommé, Hubert Le Gall est aussi un scénographe recherché. Depuis une quinzaine d’années, il a signé maintes scénographies d’exposition, en France comme à l’étranger. Probablement avez-vous déjà aperçu son travail au musée Jacquemart-André lors des expositions Van Dyck (2008) ou Canaletto-Guardi (2012). Sinon au Grand Palais pour Mélancolie, Génie et folie en Occident (2005). Ou alors au Musée de l’Orangerie pour Frida Kahlo-Diego Rivera, l’art en fusion (2013) ? Peut-être était-ce au Musée Maillol avec Les Borgia (2014), ou encore l’année dernière au Musée d'Orsay pour l’exposition « Pierre Bonnard, peindre l’Arcadie ».

Cet automne, du 27 septembre 2016 au 15 janvier 2017, le musée d’Orsay a une nouvelle fois fait appel à Hubert le Gall pour orchestrer la scénographie de l’exposition « Spectaculaire Second Empire » qui marque les trente ans du musée.

L’exposition présente en une scénographie admirable l’éclectisme des plus beaux objets créés par la manufacture impériale de Sèvres, des Gobelins ou de Beauvais, les orfèvres Christofle et Froment-Meurice, la Maison Mellerio dits Meller, le bronzier Ferdinand Barbedienne (1810-1892) et aussi les ébénistes Alexandre-Georges Fourdinois (1799-1971) et Charles-Guillaume Diehl (1811-1885) etc...

Hubert le Gall a accepté de partager sa vision de la « fête impériale ».

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Fête de nuit aux Tuileries le 10 juin 1867, à l'occasion de la visite des souverains étrangers à l'Exposition Universelle. Pierre Tetar Van Elven (1828 - 1908) Musée Carnavalet - Histoire de Paris/ Roger-Viollet

Les Diamants de la Couronne au Musée du Louvre (mise à jour de février 2020)

Présentés dans la Galerie d’Apollon, les Diamants de la Couronne retracent l’histoire du Trésor de France depuis le premier fonds créé par François Ier - dont subsiste la « Côte de Bretagne » - jusqu'aux bijoux de l’Impératrice Eugénie, avec néanmoins certaines disparités selon les époques. Le XIXème siècle est le siècle le mieux représenté tout simplement parce que c’est le siècle le plus proche du nôtre : cela a épargné à certains bijoux demeurés dans des collections privées les avatars de l’Histoire, qui ont au fil des siècles provoqué la perte, la destruction, l’altération, la transformation de la plupart des bijoux.

visuel Intro Une vitrine de la galerie d'Apollon au Louvre, Frédéric Grasset
Frédéric Grasset - Une vitrine de la Galerie d'Apollon au Louvre - Photo © RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet

Le Louvre dispose dans ses vitrines de gemmes mais aussi de bijoux, contrairement au musée des Mines et au Muséum National d’Histoire Naturelle, qui eux présentent des gemmes et pierres historiques dont l’intérêt initial était essentiellement minéralogique.

Depuis plus de cinquante ans, le musée du Louvre mène une politique active pour réintégrer (par ses achats et grâce aux dons) des pièces de ce qui fut le Trésor national.

Sept pièces avaient été déposée en 1887. Depuis janvier 2020, ce sont vingt-trois bijoux qui sont désormais réunis dans un seul lieu, où ils sont individualisés en trois ensembles correspondant aux trois nouvelles vitrines installées au centre de la galerie : les bijoux antérieurs à la Révolution ; les bijoux du Premier Empire, de la Restauration et de la monarchie de Juillet ; les bijoux du Second Empire. Quelques superbes écrins rouges et or sont également présentés dans l'ancienne vitrine en bois doré des Diamants de la Couronne.

Vue de la galerie d’Apollon © 2020 Musée du Louvre / Antoine Mongodin. L’éclairage du décor et la sécurisation des vitrines ont été entièrement rénovés. Les nouvelles vitrines, telles des coffres-forts, ont pour mérite  de permettre une observation au plus près des bijoux présentés. La rénovation de la galerie d’Apollon a été rendue possible grâce au mécénat de la Maison Cartier.
L'ancienne vitrine des Diamants de la Couronne de France abrite désormais les somptueux écrins en maroquin rouge frappés aux armes impériales.
Ecrins des Diamants de la Couronne de France, frappés aux armes impériales sous le Second Empire et présentés pour la première fois dans les anciennes vitrines des Diamants de la Couronne. Le cartel précise que certains sont signés du gainier Jean-Baptiste-Nicolas Gouverneur (vers 1798-1859), installé alors 37,  Quai de l'horloge à Paris.
Ecrin de la  Couronne de haut de tête de l'impératrice Eugénie exécutée pour l'Exposition Universelle de 1855. Commande de Napoléon III, avec une autre couronne pour l'empereur (détruite en 1887 sauf la croix). Collection des Diamants de la Couronne ; après restauration. Don M. et Mme Roberto Polo, 1988. musée du Louvre (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Quatre gemmes célèbres et une couronne, les Diamants de la Couronne du XVIème au XVIIIème siècle

Première vitrine : les joyaux de la Couronne de France de 1530 à 1789

• Vient tout d'abord la pierre fondatrice de cette collection royale : Le spinelle dit la "Côte de Bretagne" une gemme de 107, 88 carats.

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Jacques Guay - La Côte de Bretagne - Photo (C) RMN-Grand Palais / Droits réservés

Ce spinelle, longtemps appelé « rubis balais », appartint à Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, puis à sa fille Anne de Bretagne. François Ier le reçut de sa première épouse, Claude de France, fille d’Anne de Bretagne. A cette époque, la pierre pesait 212 carats et était montée en « bague à prendre » ou « cottoire ».

C’est l’une des huit pierres choisies en 1530 par le roi de France François Ier pour former la collection des Diamants de la Couronne.

En 1750, à la demande de Louis XV, ce spinelle rouge sera taillé en forme de dragon par Jacques Guay, le graveur en pierres fines du cabinet du roi et sertie dans l’insigne de la Toison d'or.

Cette gemme fut attribuée au Louvre en 1887.

Le « Sancy » superbe diamant de 55,23 carats. 

Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Actif sous le règne d’Henri IV, Nicolas Harlay de Sancy laissa son nom aux deux prestigieux diamants qu’il possédait : Le Beau Sancy (34,98 carats) et Le Sancy ou Grand Sancy. Ce dernier fut acquis en 1604 par Jacques Ier, roi d'Angleterre, puis revendu par Henriette-Marie de France, reine d'Angleterre au cardinal Mazarin en 1657.

Mazarin le lèguera à son filleul Louis XIV en 1661, date à laquelle il entrera dans la collection des Diamants de la Couronne. Dans l'inventaire de 1691, il est décrit comme : « Un très grand diamant fort épais, appelé le Sancy, donné à la couronne par feu Monsieur le cardinal Mazarin, taillé à facettes des deux cotés, de forme pendeloque, de fort belle eau blanche et vive, net et parfait ».

Plus tard, il sera placé sur les couronnes de Louis XV (1722) et de Louis XVI (1775). Il sera aussi utilisé comme bijou par les reines Marie Leszczinska (1703-1768) et Marie-Antoinette (1755-1793). Le Directoire, qui avait besoin d’argent mit en gage une partie des Diamants de la Couronne en 1796 ; le Sancy ne sera pas dégagé… Il sera acquis en 1976 par le musée du Louvre.

Ayant aussi appartenu au Roi-Soleil - qui l'aurait porté à sa boutonnière - un diamant rose très pâle de 21,32 carats dit le "Diamant à cinq pans" ou le diamant "Hortensia". 

Diamant rose dit Hortensia. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle
Vue de profil du diamant Hortensia. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle

La couleur rose est extrêmement rare parmi les diamants. Il provient très certainement d’Inde car c’était le seul pays producteur de diamants jusqu’en 1725. Il semblerait que la couleur rose d'un diamant soit due à un défaut dans sa structure cristalline. Ce diamant décora les ganses d'épaulettes de Napoléon Ier. Diamant de la Couronne, il est surprenant qu’il fût revenu ensuite à Hortense de Beauharnais (1783-1837), fille de l’Impératrice Joséphine, fille adoptive de Napoléon Ier et mère de Napoléon III, qui le porta au début du XIXème siècle d'où le nom qu'on lui donne parfois de « Diamant Hortensia ». Charles X le porta à son tour et il sera utilisé en dernier lieu sur un grand peigne à pampilles de l’Impératrice Eugénie (1856).

Il avait été initialement attribué au Muséum d'histoire naturelle en 1887, puis a été déposé au musée du Louvre.

Le « Régent » ou le plus beau diamant d’Europe.

Diamant dit le Régent. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle
Le Régent de profil. Hauteur 0.032 m ; Largeur 0.031 m. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle

Il provient d’Inde, et aurait été découvert à Golconde en 1698. Il fut d’abord acquis dans des circonstances mystérieuses par Thomas Pitt, gouverneur du fort de Madras (1701). Brut, il pesait 410 carats. Thomas Pitt le fit tailler à Londres par Joseph Cope. Ce dernier mis deux ans, entre 1703 et 1705, pour tailler le diamant en un coussin brillant de 140,64 carats offrant un scintillement et une lumière incomparables.

Il fut présenté à Louis XIV à la fin de son règne mais il ne put l’acheter et il fallut attendre la régence de Philippe d’Orléans (1715-1723) pour qu’il soit acquis par la France. Dans ses Mémoires, (Tome 14, chapitre 17) Saint-Simon raconte comment il fit « acheter ce diamant unique en tout » : « Il est de la grosseur d'une prune de la reine Claude, d'une forme presque ronde, d'une épaisseur qui répond à son volume, parfaitement blanc, exempt de toute tache, nuage et paillette, d'une eau admirable, et pèse plus de cinq cents grains. Je m'applaudis beaucoup d'avoir résolu le régent à une emplette si illustre ».

Cet extraordinaire diamant deviendra le symbole de la royauté et sera placé sur la couronne de Louis XV (1722), et de Louis XVI (1775). Engagé par le Directoire, Napoléon Bonaparte le dégagea en Juin 1801. Devenu empereur, Napoléon Ier le fit sertir sur son épée de Premier consul en 1801, sur son épée de sacre en 1804, sur le pommeau du glaive impérial en 1812. Le Régent ornera ensuite la couronne de Charles X en 1825, et enfin le diadème à la grecque de l'impératrice Eugénie.

Comme les autres Diamants de la Couronne, Le Régent fut dérobé en septembre 1792. Il fut retrouvé en décembre 1793 et restitué au Comité de Sûreté générale. Il fut ensuite mis en gage à plusieurs reprises par la suite par le Directoire.

En 1887, il échappa à la mise aux enchères des joyaux de la couronne et fut donné au Musée du Louvre, qu’il n’a quitté qu’une seule fois depuis, pour être caché au château de Chambord juste avant la seconde guerre mondiale lors d’une première évacuation, en septembre 1938, pendant les accords de Munich.

Dernière pièce à intégrer les diamants de la Couronne avant l’avènement de l’Empire : la couronne de Louis XV dite « couronne personnelle »

C’est celle que le roi (1710-1774) porta en la cathédrale de Reims le 25 octobre 1722 au cours d’une grandiose cérémonie religieuse : le jeune monarque n’avait alors que douze ans !

Estampe de la couronne de Louis XV dite Couronne personnelle de Louis XV.
Provenance : Trésor de l'abbaye Saint-Denis.
Modèle dessiné par Rondé et exécuté par Duflot.
La Fleur de lys du sommet était formée du Sancy. La Fleur de lys devant la couronne était formée par le Régent. Huit diamants quadrangulaires formant le sommet des fleurs de lys sur les branches de la couronne appartenaient à la série des Dix-Huit Mazarins.
Au total, la couronne était décorée de 282 diamants, 64 pierres précieuses de couleurs, 230 perles. Les pierres et les perles ont été remplacées après le sacre par des imitations.
Ancienne collection des Diamants de la Couronne. Hauteur : 0.46 m. Largeur : 0.287 m.
Photo (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Selon la tradition, deux couronnes furent réalisées : la première en or émaillé et la seconde dite "couronne personnelle " en argent doré et ornée de pierreries. Cette dernière ne servait qu'à l'occasion du sacre puis était déposée à l'abbaye de Saint-Denis avec les autres regalia (c’est-à-dire les symboles du pouvoir royal utilisés pour les sacres des rois, les couronnes, les sceptres ou les mains de justice)

5 Couronne de Louis XV dite couronne personnelle de Louis XV
La couronne personnelle de Louis XV. Augustin Duflos (?, vers 1700 - Paris, 1786), Laurent Rondé (Paris, 1666 - Paris, 1733)
Paris, 1722. Argent partiellement doré, fac-similés des pierres d’origine, satin. Le cartel du Louvre souligne que l'aspect actuel n'est peut-être  pas tout à fait fidèle à la composition d'origine et que les différences - cf  l'estampe ci-dessus - seraient la conséquence de la restauration faite par le joaillier M. Maillard en 1780. Photo © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppo
Détail de la Couronne de Louis XV dite Couronne personnelle de Louis XV avec une copie du Sancy. Photo (C) Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppola

Très colorée, cette couronne était constituée de perles et de pierres précieuses : rubis, saphirs, émeraudes et diamants. Les diamants présents sur la couronne étaient les plus prestigieux du Trésor. Y figuraient le « Régent » acheté quelques années avant le sacre, en 1717, incrusté dans la fleur de lys avant, mais aussi neuf des dix-sept diamants dit les « Mazarins », dont « le Sancy » qui ornait le sommet de la couronne et formait le centre de la fleur de lys. Au total, cette couronne comportait 282 diamants (161 grands et 121 petits), 64 pierres de couleur (dont 16 rubis, 16 saphirs et 16 émeraudes) et 237 perles. En 1729, les perles et les pierres précieuses furent remplacées par des copies et la couronne déposée au trésor de l'abbaye de Saint-Denis.

Cette couronne est la seule couronne parmi toutes celles déposées par les rois de France au Trésor de l’abbaye Saint-Denis à avoir survécu à la folie destructrice de la Révolution française. En 1852, elle fut attribuée au Louvre.

5 B Portrait de Louis XV, Carle Van LOO (1705-1765) Turquin, experts en tableau
Portrait de Louis XV en habits militaires, Carle Van LOO - Vu chez Turquin, experts en tableaux . http://turquin.fr/ventes.html
Vitrine des joyaux de la Couronne de France (1530- 1789), galerie d’Apollon © 2020 Musée du Louvre / Antoine Mongodin
Vitrine des joyaux de la Couronne de France (1530- 1789), galerie d’Apollon © 2020 Musée du Louvre / Antoine Mongodin

Les Diamants de la Couronne et les bijoux personnels des souveraines entre 1800 et 1852

Vitrine des joyaux des souverains français entre 1800 et 1852

Le XIXème siècle a connu six régimes politiques. Les joyaux de la couronne reflètent ces changements permanents. Les pierres furent démontées et remontées maintes fois par les souverains successifs !

Les bijoux de la première moitié de ce siècle présentés au musée du Louvre ne sont pas tous issus des Diamants de la Couronne mais sont le plus souvent des bijoux personnels ayant appartenu aux Impératrices et Reines.

L’Impératrice Joséphine a porté les Diamants de la Couronne le temps de son mariage avec Napoléon Ier. Après son divorce, en 1809, ces bijoux ont été mis à disposition de l’Impératrice Marie-Louise. Ainsi, il n’y a pas à proprement parler de Diamants de la Couronne de l’Impératrice Joséphine.

Madame Bonaparte dans son salon Gérard François Pascal Simon, baron (1770-1837).
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Franck Raux

Quant à sa très grande collection de bijoux personnels, qui a été partagée entre ses deux enfants Hortense et Eugène de Beauharnais après sa mort le 29 mai 1814 au château de Malmaison, on peut espérer que ces bijoux existent encore dans des collections royales en Europe grâce à ses descendants.

- A Nice, le musée Masséna présente le diadème de Joséphine en nacre, or, perles et pierres de couleur offert par son beau-frère Murat.

- Le Musée National des châteaux de Malmaison et Bois-Préau présente aussi quelques bijoux, en particulier la bague de couronnement de l’Impératrice.

- La galerie d'Apollon au Louvre expose une paire de pendants d’oreilles, formée de deux grosses perles en forme de poire, lui ayant appartenu personnellement - et que l’on reconnaît dans de nombreux portraits d’elle dont celui ci-dessus.

Pendants d'oreilles de Joséphine de Beauharnais. Bijou personnel de l'Impératrice. Collection des ducs de Leuchtenberg. Don Claude Menier, 1973.
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Mathieu Rabeau

• Pour son mariage le 2 avril 1810 avec Marie-Louise d’Autriche (1791 - 1847), Napoléon commanda à la maison Nitot deux parures qui appartiendront aux Diamants de la Couronne : une de diamants et une autre de perles et diamants. S’ajoutera aussi, d’une valeur moins importante, la délicate parure en or et mosaïques.

Parure de l'impératrice Marie-Louise Pronti Domenico (18e siècle) (d'après) Nitot François-Regnault (1779-1853). Paris, musée du Louvre.
Vers 1809-1810. Composée d'un peigne, d'un collier, d'une paire de bracelets et de boucles d'oreilles.
Parure offerte par Napoléon Ier à l'archiduchesse Marie Louise comme présent de mariage, le 28 février 1810.
Micromosaïques : Rome, d'après des gravures de Domenico Pronti.
Monture : feuilles de vigne et grappes de raisins.
Ecrin : Gouverneur, gantier, pour l'impératrice Eugénie.
Parure inscrite à l'inventaire des Diamants de la Couronne en 1811.
Seule parure de Marie-Louise des Diamants de la Couronne parvenue intacte. Vendue en 1887.
Collection des Diamants de la Couronne. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle.
Peigne de la parure de Marie-Louise. Au centre : tombeau de Cécilia Metella. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Ecrin de la parure de l'impératrice Marie-Louise réalisé sous le Second Empire.

Napoléon offrit aussi à sa seconde épouse deux parures destinées à entrer dans son écrin personnel : l’une en opales et diamants, l’autre en émeraudes et diamants.

La seconde vitrine de la galerie d'Apollon présente le collier et la paire de boucles d'oreilles de la parure d'émeraudes et diamants offerte par Napoléon Ier à Marie-Louise à l'occasion de leur mariage en 1810.

François-Régnault Nitot, Collier et boucles d'oreilles de la parure d’émeraudes de l'impératrice Marie-Louise, Paris, 1810. Collier : 32 émeraudes dont 10 en poire, 1 138 diamants, or, argent. Paris, musée du Louvre, département des Objets d'Art. Achat, 2004, avec la participation du Fonds du Patrimoine et de la Société des Amis du Louvre © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean- Gilles Berizzi
Boucles d'oreilles personnelles de l'Impératrice Marie-Louise. Boucles d’oreilles : 6 émeraudes, 108 diamants, or, argent. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Ces deux bijoux, préservés dans leur état d'origine de 1810, ne sont donc pas des joyaux de la couronne mais appartenaient à l'écrin personnel de l’Impératrice qui comprenait aussi un diadème et un peigne.

A la chute du Premier Empire, l’Impératrice quitte Paris le 29 mars 1814 et emporte tous ses bijoux personnels reçus pendant son mariage. En 1847, elle lèguera la parure d'émeraudes à sa tante du côté des Habsbourg, l’archiduchesse Elise. En 1953, le diadème de l’impératrice Marie-Louise est acquis par Van Cleef & Arpels et les émeraudes sont démontées pour être serties sur de nouvelles créations entre 1954 et 1955. En 1962 des turquoises sont serties sur le diadème qui est porté en janvier 1967 par Marjorie Merriwheater Post. En 1971, cette dernière l’achète à la Maison pour l’offrir au Smithsonian Institute. Aujourd'hui, ce diadème est composé de 1006 diamants taille ancienne d'un poids total de 700 carats et de 79 turquoises d’Iran d’un poids total de 540 carats.

Sous la Restauration, Louis XVIII (1755-1824) fit démonter et mettre au goût du jour les bijoux impériaux pour sa nièce la duchesse  d'Angoulême (1778-1851).

Louis XVIII étant veuf, tout comme son frère et successeur Charles X, c’est leur nièce la duchesse d’Angoulême (1778-1851), fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, qui porta les Diamants de la Couronne. Marie-Thérèse-Charlotte de France, auparavant nommée Madame Royale, est devenue duchesse d'Angoulême par son mariage en 1799 avec son cousin germain Louis-Antoine d'Artois, fils aîné du comte d'Artois (futur Charles X).

Deux bijoux lui ayant appartenu et faisant partie des Diamants de la couronne sont présentés au Louvre :

Vitrine des joyaux des souverains français (1800-1850), galerie d’Apollon © 2020 Musée du Louvre / Antoine Mongodin

Le « diadème de la duchesse d’Angoulême » 

8 Diadème de la duchesse d'Angoulême, Christophe-Frédéric Bapst, d'après Jacques-Evrard Bapst
Jacques-Évrard Bapst, Christophe-Frédéric Bapst, Diadème de la duchesse d'Angoulême, Paris, 1819-1820. 40 émeraudes, 1031 diamants brillantés, argent doublé d’or. Au centre du diadème, entre deux enroulements tout en brillants, une grosse émeraude est entourée de 18 brillants. Cette émeraude de 15,93 carats presque carrée et très mince, est accompagnée de quatorze autres émeraudes dont deux xées de part et d’autre. Les joailliers Bapst complétèrent cet ensemble par 26 petites émeraudes pour 29 carats. Les autres brillants forment des rinceaux de feuillage sur lesquels sont xés les chatons soutenant les émeraudes. Le tout sur une galerie formée d’un rang de brillants.Paris, musée du Louvre, département des Objets d'Art, OA 11982 © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Marie-Thérèse de France possédait une parure personnelle d’émeraudes qui avait été créée en 1814 par le joaillier Paul-Nicolas Ménière (1745-1826) comprenant un peigne, un collier, des bracelets et des boucles d’oreilles. Louis XVIII fit réaliser un diadème par la maison Bapst pour compléter cette parure. Chef d’œuvre de la Restauration par la richesse des pierres gemmes, la qualité de leur monture et l’inspiration classique, ce diadème monté avec des gemmes de la Couronne fut inscrit sur l'inventaire des Diamants de la Couronne de France.

Sous le Second Empire, le diadème fut porté par l’Impératrice Eugénie qui appréciait particulièrement les émeraudes.

Ce diadème fut vendu avec les autres bijoux de la Couronne en 1887 avant de réapparaître dans une collection privée. Il a été acquis avec la contribution du Fonds du Patrimoine en 2002.

La « paire de bracelets rubis et diamants de la duchesse » 

Paul-Nicolas Menière, Christophe-Frédéric Bapst, Jacques-Evrard Bapst - Paire de bracelets de la duchesse d'Angoulême. Les deux bracelets sont formés de vingt-quatre rubis ovales, entourés de trois cent cinquante-six brillants ronds. Une frise régulière alternant oves et fleurons est interrompue au centre par un ovale oblong orné de trois rubis. Les pierres proviennent d'une parure en rubis et diamants qui avait été réalisée en 1811 par la Maison Nitot pour Marie-Louise. La parure avait été inscrite à l'inventaire des Diamants de la Couronne. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Revers de la paire de bracelets de la duchesse d'Angoulême. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Cette paire de bracelets, offerte par Louis XVIII à la duchesse d'Angoulême, faisait partie de la parure de rubis et diamants qui comportait un diadème, deux colliers, un cache-peigne, une paire de boucles d'oreilles, une ceinture et trois agrafes.

Une première parure créée en 1811 par la Maison Nitot pour l'impératrice Marie-Louise fut en partie remontée pour la duchesse d'Angoulême en 1816 par Pierre-Nicolas Menière, d'après les dessins de son gendre Evrard Bapst.  Le joaillier conserva les éléments essentiels de Nitot mais en les agençant avec plus de sobriété, dans le style Restauration. Fait assez rare pour être souligné : ni les bracelets, ni le reste de la parure, ne furent modifiés au cours du XIXème siècle. Ils furent portés également par l'impératrice Eugénie.

L’ensemble fut vendu en 1887, la paire de bracelets fut acquise par M. Tiffany puis vendue dans une collection particulière, avant d’être léguée au Louvre en 1973 par M. Claude Menier.

La réouverture de la Galerie d'Apollon en janvier dernier présentait une nouvelle acquisition : un élément de la ceinture de rubis et diamants de la duchesse d'Angoulême

Dernière acquisition effectuée en 2019 : l'un des vingt-quatre élément de la grande ceinture de rubis et diamants de la duchesse d’Angoulême. Cette ceinture fut démontée en 1887, lors de la vente des diamants de la Couronne, et ses éléments constitutifs vendus séparément en plusieurs lots. Jannic Durand, Directeur du département des Objets d'art du musée du Louvre, précise que cet élément était resté depuis dans la descendance de l’acheteur de l’époque. Cette plaque  fait figure d'exception parmi les pièces présentées. Cf "les grands principes d'acquisition du Louvre" in l'interview de M.Jannic Durand, février 2016.

Il n’y a qu’une seule parure témoin de la Monarchie de Juillet, c’est la parure complète de saphirs et diamants de la reine Marie-Amélie (1782-1866), épouse du roi Louis-Philippe.

Il s’agit d’une parure personnelle de la reine.

Collier. H - 0.0520. L - 0.400. 8 saphirs, 631 diamants. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Diadème. H : 0.062 - L : 0.107. 24 saphirs, 1083 diamants. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau
Paire de boucles d'oreilles. H - 0.051 - L - 0.020. 2 saphirs, 59 diamants. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau
Broche. H : 0.106 - L : 0.051. 4 saphirs, 263 diamants. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Petite broche de la parure de la reine Marie-Amélie et de la Reine Hortense. petite broche.© 2016 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

La plus ancienne trace que l’on ait trouvée de cette parure est la correspondance échangée entre le duc d’Orléans (le futur roi des français Louis-Philippe) et Hortense de Beauharnais qui la lui vendait. Acquise en 1821, cette parure fut remaniée et complétée pour la reine Marie-Amélie. La parure fut modifiée une nouvelle fois après 1863 pour Isabelle d'Orléans, comtesse de Paris. Ancienne collection du Monseigneur le Comte de Paris, cette parure est restée dans la descendance des Orléans jusqu'en 1985, date à laquelle elle est entrée au Louvre.

La troisième vitrine est celle des bijoux du Second Empire, avec les vestiges des grandes parures de l’impératrice Eugénie

La fête impériale

Eugénie de Montijo de Guzman, Empress of the French (1826-1920) © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet

L'impératrice Eugénie reste célèbre pour son élégance innée et sa beauté. Jeux d’apparence qui servaient le pouvoir, l’industrie naissante et l’image de la France. C’est elle qui est à l’origine du style Second Empire empreint de tradition et d’éclectisme.

L'Impératrice Eugénie posséda une des plus importantes collections de bijoux de son temps. Elle appréciait tout particulièrement les perles et les émeraudes (les siennes provenaient de Colombie).

A la chute du Second Empire, les souverains partirent en exil à Londres et y organisèrent le 24 juin 1872 une importante vente de bijoux personnels de l’Impératrice chez Christie's. Lors de la vente aux enchères de 1887, la majeure partie des bijoux de l'ex-impératrice fut rachetée par le bijoutier-joaillier américain Charles Tiffany. (La plupart de ces bijoux ont ensuite appartenu à une grande collectionneuse Aimée de Heeren mais là, c'est une autre histoire qui commence !).

• La Couronne de haut de tête de l'impératrice Eugénie

Réalisée par Alexandre-Gabriel Lemonnier (1808-1884) à l'occasion de l'Exposition universelle de 1855, sur le même modèle que celle de l’Empereur aujourd’hui disparue, cette couronne est constituée de 2 490 diamants et de 56 émeraudes montés sur or jaune. Aujourd’hui, c'est avec la couronne de Louis XV, la seule couronne de souverain français préservée.

Alexandre-Gabriel Lemonnier - Couronne de l'impératrice Eugénie. La forme de la couronne de l'Impératrice est typique des représentations de couronnes impériales, conçue selon un principe déjà présent sur les armoiries impériales du Premier Empire. Les arceaux sont formés de huit aigles en or ciselé alternant avec de longues feuilles de laurier sorties de palmettes faites de diamants, dont un gros au centre. Chaque palmette est anquée de deux émeraudes. Au sommet des arceaux, un globe en diamants rehaussé d'un cercle et d'un demi-cercle formés par trente-deux émeraudes et surmonté d'une croix composée de six brillants. Hauteur : 0.13 m. Largeur : 0.13 m. Diamètre : 0.165 m. Les motifs de l'aigle et de la palmette sont récurrents dans la symbolique impériale. © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / S. Maréchalle

Cette couronne, en grande partie payée par la cassette impériale, fut restituée en 1873 à l'Impératrice par la IIIème République. La couronne de l'Empereur fut démantelée, et huit de ses émeraudes restituées à l'impératrice car n'appartenant pas aux Diamants de la Couronne.

Eugénie la légua à la princesse Marie-Clotilde Napoléon, comtesse de Witt.

Elle fut acquise par le Louvre en 1988 grâce à la participation de M. et Mme Roberto Polo.

Ecrin de la Couronne d'Eugénie Exécutée pour l'Exposition Universelle de 1855. Commande de Napoléon III, avec une autre couronne pour l'empereur (détruite en 1887 sauf la croix). Collection des Diamants de la Couronne ; après restauration. Don M. et Mme Roberto Polo, 1988. musée du Louvre CRÉDITPhoto (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

• Trois mois après leur mariage (30 janvier 1853), l’Empereur commande une nouvelle parure pour l’Impératrice à partir de la parure exécutée par François-Régnault Nitot pour l’impératrice Marie-Louise (et déjà transformée pour la duchesse d’Angoulême sous la Restauration) avec les perles et les diamants de la Couronne.

L’Empereur partage la commande entre Alexandre-Gabriel Lemonnier, joaillier de la Couronne, et François Kramer, joaillier attitré de l’impératrice Eugénie. Lemonnier fournit le diadème, la petite couronne et une grande broche de devant de corsage. François Kramer fournit quatre broches de même dessin mais de taille décroissante, dont deux broches d’épaule et deux broches de corsage.

• Le Diadème de perles et diamants

Sur son portrait officiel peint par Winterhalter, l’impératrice Eugénie porte ce diadème, ainsi que la couronne de haut de tête, créés par Alexandre-Gabriel Lemonnier. Ce diadème est composé de 212 perles et de 1 998 diamants de taille ancienne, montés sur argent doublé d’or.

13 Diadème de l'Impératrice Eugénie, Alexandre-Gabriel Lemonnier
Alexandre-Gabriel Lemonnier - Diadème de l'impératrice Eugénie - Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Diadème de l'impératrice Eugénie
Lemonnier Alexandre-Gabriel (vers 1808-1884)Paris, musée du Louvre. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : image RMN-GP

Depuis 1887, il faisait partie de la collection des princes Thurn und Taxis (Allemagne) et a pu être acquis lors d’une vente à Genève le 17 novembre 1992 par la société des Amis du Louvre.

• La Broche d’épaule de l’impératrice Eugénie

14 Broche d'épaule de l'Impératrice Eugénie, François Kramer
François Kramer - Broche d'épaule de l'Impératrice Eugénie - Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Elle est composée de sept perles (deux rondes, cinq poires) mises en valeur par dix-sept diamants coussin et quelques dizaines de brillants.

Lors de la vente des Diamants de la couronne, les quatre broches sont vendues.

14 B Catalogue Berthaud 1887 - Planches
Catalogue Berthaud, vente des Diamants de la Couronne, 1887.

La broche acquise par le musée du Louvre est la deuxième, adjugée à Bapst et fils. Elle est le dernier bijou à être entré dans les collections du Louvre le 11 février 2015.

• Le Grand Nœud de ceinture en diamants

Le nœud de corsage d’Eugénie est un bijou qui lui a été offert par Napoléon III à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1855.

15 Grand noeud de corsage de l'Impératrice Eugénie, François Kramer
François Kramer - Grand noeud de corsage de l'Impératrice Eugénie. Modifications par la maison Bapst : 1864. Hauteur : 0.0225 m ; Largeur : 0.11 m ; Profondeur : 0.035 m. Ancienne collection des Diamants de la Couronne - Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Il est composé de 2.634 diamants, dont 196 roses et 2.438 brillants, totalisant plus de 140 carats. Lors de sa création par le joaillier François Kramer, le nœud était un élément de ceinture puis en 1864, il a été démonté et adapté en broche de devant de corsage à la demande de l'impératrice.

Revers du Noeud d'Eugénie.

Mise en vente aux enchères en 1887, cette pièce exceptionnelle avait été achetée par le joaillier Emile Schlesinger qui l’avait à son tour revendue à la famille Astor dans laquelle elle est restée cent ans, avant d’être remise en vente, intacte, le 15 avril 2008 chez Christie's à New York : Rare Jewels and Gemstones, The Eye of a Connoisseur. Sale 2121. Lot 1096

• La broche-pendentif de l’Impératrice Eugénie

Cette grande broche « agrafe rocaille » réalisée par Alfred Bapst en 1855 est le seul bijou de l’Impératrice Eugénie qui ait été cédé au Louvre en 1887.

Christophe-Frédéric Bapst - Broche dite broche-reliquaire de l'impératrice Eugénie Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Elle est composée de 85 diamants colorés montés sur argent doré. Les deux diamants en forme de cœur ou « en ailes de papillon » sont les Mazarins 17 et 18 légués par le cardinal à Louis XIV en 1661. Ainsi, avec le diamant le Sancy (1er Mazarin) le musée du Louvre conserve trois des dix-huit Mazarins.

Cette broche est parfois appelée « broche-reliquaire » pourtant, elle ne contient pas de relique. Comme le soulignait Monsieur Jannic Durand  « c’est un des mystères du Louvre » !

Revers de la broche. Christophe-Frédéric Bapst - Broche dite broche-reliquaire de l'impératrice Eugénie Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Bibliographie et informations pratiques

Anne Dion-Tenenbaum, conservateur général, est en charge des collections du dix-neuvième siècle du département des Objets d’art du musée du Louvre, finalise avec François Farges un ouvrage sur les joyaux de la Couronne au musée du Louvre.

Les grands diamants de la Couronne de François Ier à Louis XVI,
François Farges. Versalia. Revue de la Société des Amis de Versailles
Année 2014

Les Joyaux de la couronne de France - Les objets du sacre des rois et des reines suivis de l'histoire des joyaux de la couronne de François Ier à nos jours.  Bernard Morel. Edité par Anvers / Paris, Fonds Mercator / Albin Michel, 1988

Gérard Mabille
Les Diamants de la Couronne,  Hors-série, Découvertes Gallimard, 2001

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Musée du Louvre

Rue de Rivoli. 75001 Paris.
Horaires
: de 9h à 18h, sauf le mardi. Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.
Tarif d’entrée au musée : 15 €.
Réservation d’un créneau horaire pour un accès en moins de 30min : 17 €.
Achat en ligne : ticketlouvre.fr

Département des Objets d’art Aile Denon, 1er étage, salle 705

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"visuel de "une" : Détail du diadème de l'impératrice Eugénie
Lemonnier Alexandre-Gabriel (vers 1808-1884). Paris, musée du Louvre.
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / image RMN-GP


M. Jannic Durand, Directeur du département des objets d'art au musée du Louvre, à propos des Diamants de la Couronne

Capucine Juncker : Quelle est la politique du Louvre à l’égard des joyaux de la Couronne ?

Jannic Durand : Le Musée du Louvre a reçu sept pièces lors de la vente de 1887. A partir des années 1950, le Louvre s’est efforcé de rassembler quelques-uns des joyaux qui avaient été dissipés lors de cette vente.
En matière d’acquisitions, les départements du musée du Louvre sont force de proposition ; ensuite, on passe aux instances légitimes des acquisitions : la Commission des acquisitions du Louvre, puis le Conseil artistique de la Réunion des musées nationaux.
Cette politique produit des effets puisque nous avons réussi à ramener au Louvre plusieurs pièces de toute première importance. J’ajoute que nous associons volontiers, dans cette politique, les joyaux de la Couronne au sens strict et les collections personnelles des souverains.

CJ : Quels sont les grands principes d’acquisition ?

JD : Notre devoir est d’acquérir des pièces qui n’ont pas été modifiées. Une pièce remontée de nombreuses fois depuis la vente de 1887 n’a guère d’intérêt pour nous. Même si les pierres historiques peuvent être éblouissantes en elles-mêmes, les bijoux et parures doivent être dans leur état premier. Cela limite beaucoup le nombre de pièces que nous pouvons récupérer de la vente de 1887, car un nombre incalculable de bijoux ont été aussitôt dessertis.
De notre point de vue, c’est lamentable et regrettable, mais il est vrai que dessertir dans les années 1880 une pièce datant de 1840 équivaut à peu près à dessertir un bijou des années 70/80 pour nous. La dimension historique n’était pas aussi prégnante qu’elle l’est aujourd’hui, et l’origine monarchique d’une majorité de pièces faisait peser sur elles un véritable opprobre.
Depuis 1950, je résumerai nos principes d’acquisition en trois critères : intégrité, qualité et intérêt pour les collections publiques françaises.
Pour le dire autrement, s’il s’agit d’un chef-d’œuvre ayant appartenu aux joyaux de la Couronne, le Louvre tentera de se porter acquéreur.

CJ : Existe-t-il aujourd’hui un « marché » des joyaux de la Couronne ?

JD : On connaît le destin d’un certain nombre de ces joyaux après 1887 parce qu’on sait que les bijoutiers en ont desserti beaucoup, mais il y en a d’autres dont on ignore absolument tout, et qui ressurgissent. Certaines pièces dispersées en 1887 existent encore par miracle et n’ont pas été dépecées, mais elles appartiennent à des collections privées… Le Louvre n’a pas plus écho que le grand public des joyaux qui figurent dans les collections privées. Les ventes sont publiques. Je pense néanmoins que peu de particuliers possèdent des Diamants de la Couronne.
Nous nous efforçons d’acquérir à mesure que ces pièces apparaissent sur le marché, mais nous devons nous montrer opportunistes puisqu’il nous est impossible de savoir exactement ce qui subsiste et quand cela sera remis en circulation.

CJ : Quel regard les joailliers et maisons de vente portent-ils sur ce marché ?

JD : Fort heureusement, les grandes maisons de vente et les grands joailliers sont extrêmement sensibles à l’aspect patrimonial des Diamants de la Couronne. Beaucoup d’entre eux se sentent concernés et nous contactent pour nous demander si nous sommes intéressés lorsqu’ils voient passer une pièce ayant appartenu aux joyaux de la Couronne. Les Diamants de la Couronne appartenaient à l’Etat : ils étaient remis aux souverains pour leur apparat mais ne leur appartenaient pas en propre. Cette différence a été très claire dès la création des Diamants de la Couronne sous François Ier, qui correspond à la fondation de l’Etat français avec l’ordonnance de Villers-Cotterêt instituant l’état-civil, l’usage du français, ce sens de l’Etat très particulier, que les joyaux de la Couronne ont en un sens incarné pendant des siècles. Cette dimension demeure vivace.
Bien sûr, les maisons de vente ont aussi leur propre clientèle privée, qui elle aussi se montre très intéressée lorsqu’elle voit passer un Diamant de la Couronne… Le vendeur d’une pièce historique souhaite légitimement en tirer une valeur cohérente. Le plus souvent nous sommes informés et contactés. Ensuite, c’est la loi du marché qui s’applique.

CJ : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les pièces remarquables et acquisitions récentes ?

JD : Nous sommes très fiers d’avoir acquis la broche d’épaule de l’Impératrice Eugénie qui est entrée dans nos collections il y a un an exactement. Il a fallu faire des choix déchirants : nous n’avons pas acquis la broche en fleurs de groseillier d’Eugénie, qui aurait pu être intéressante pour le Louvre – et qui était en vente au même moment (Christie’s, novembre 2014)
Nous espérons que resurgiront les trois autres broches d’épaule de même dessin fournies par François Kramer en 1853 et qui ont disparu. Un rêve fou, parce que je crois qu’on n’y arrivera pas, serait de reconstituer une parure complète.
Cette broche est aussi extrêmement intéressante car elle montre, avec le diadème de perles et diamants fourni par Alexandre-Gabriel Lemonnier, que plusieurs orfèvres joailliers pouvaient être impliqués dans une même commande, et travailler dans un esprit commun.

CJ : Pourquoi cette forte présence du Second Empire ?

JD : Le Second Empire est le mieux représenté au Louvre car c’est le plus proche de nous. Même si tout avait été reconstitué sous le Ier Empire, les joyaux les plus spectaculaires et nombreux sont ceux du Second Empire et de la Restauration.

CJ : Qu’en est-il des dons ?

JD : Nous bénéficions de dons merveilleux, comme la paire de bracelets en rubis et diamants ayant appartenu à la Duchesse d’Angoulême, offerte en 1973 par Monsieur Claude Menier. Les bracelets appartenaient au Trésor et nous sont parvenus sans altération.
De même, la couronnette (couronne de chignon) offerte par Monsieur et Madame Roberto Polo en 1988 est un bijou passionnant car c’est le seul vestige des couronnes impériales de Napoléon III, en plus d’être un témoignage de la joaillerie du second empire. Un dernier exemple : le grand nœud de ceinture en diamants d'Eugénie. Son acquisition en avril 2008 a été rendue possible grâce à un legs privé de 5 millions d’euros et des crédits du Fonds du Patrimoine et du musée lui-même. C’est une pièce extraordinaire. D’abord parce qu’elle est belle, ce sont des diamants qui proviennent des collections de la Couronne, mais il est évident que c’est aussi un chef d’œuvre de la joaillerie française avec notamment cet aspect mobile des diamants qui font que lorsqu’il était porté il y avait des effets de passementerie liés au mouvement des pierres précieuses.

CJ : Une petite parenthèse : pourquoi la broche d’Eugénie s’appelle-t-elle « broche reliquaire » ?

JD : C’est une bonne question ! D’autant que je suis moi-même médiéviste et que je m’intéresse beaucoup aux objets reliquaires de manière transversale. En fait, on ne sait pas. Ce qu’on sait c’est que c’est écrit au dos de la barrette. Un reliquaire doit abriter une relique, ici où serait-elle ? Inscription d’époque, impératrice pieuse… mais mystère entier ! C’est un bijou extraordinaire, le seul bijou du Second Empire confié au Louvre en 1887.

Christophe-Frédéric Bapst. Broche dite broche-reliquaire de l'impératrice Eugénie 1855 Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Revers de la broche.

CJ : Par souci de protection, exposez-vous parfois des copies ?

JD : Tous les bijoux présentés dans les vitrines sont des originaux ! C’est un devoir de l’Etat, une loi française générale : pas de copies ! Il est vrai qu’une copie du diamant le Régent portée par Eugénie est au Louvre… mais elle n’est pas exposée !
Certes, cela expose les pièces aux vicissitudes de l’Histoire – comme le vol de l’épée en diamants de Charles X en 1976 dont le Louvre fut jadis victime. Mais cela ne change pas notre règle qui consiste à exposer les originaux.

CJ : Les Diamants de la Couronne pourraient-ils être prêtés à d’autres musées ?

JD : Exceptionnellement. Et il faut que le sujet le justifie pleinement. Il faut aussi que les bijoux soient prêtables – beaucoup sont très fragiles. Précisément nous allons faire un prêt au Musée d’Orsay : la petite couronne et le diadème seront prêtés pour l’exposition sur le Second Empire : « Spectaculaire Second Empire, 1852-1870 », du 27 septembre 2016 au 16 janvier 2017 au Musée d’Orsay. C’est assez rare pour être souligné !

 

Photo:La Galerie d'Apollon au Musée de Louvre
©RMN-Grand Palais / Stéphane Maréchalle


Les Diamants de la Couronne au Muséum National d’Histoire Naturelle

Parmi les trésors de sa Galerie de Minéralogie, le Muséum National d’Histoire Naturelle présente des gemmes issues des collections royales et impériales de la Couronne de France. Elles ont été acquises en deux temps.

La première vague : Grande Emeraude et Grand Saphir

En 1796, quatre années après que le « Cabinet royal d’Histoire naturelle » eut été rebaptisé « Muséum d’Histoire Naturelle », son directeur Louis Daubenton (1716-1799) est invité à choisir une série de gemmes dans l’ancienne collection royale. L’idée est de présenter au peuple français les « richesses et usages du monde minéral » afin de contribuer à « l’instruction publique ». Un motif pour le moins ingénieux qui a permis la conservation de ces pierres précieuses ayant appartenu aux Diamants de la couronne.

Deux pierres de ce premier dépôt au MNHN retiennent particulièrement notre attention.

• La Grande Émeraude dite « de Saint Louis »

Cette pierre de 51,6 carats est une gemme qui au XIIIème siècle ornait le centre d’une fleur de lis de la Sainte Couronne de France offerte par le roi à l’abbaye de Saint-Denis.

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Couronne de saint Louis

L’émeraude présente aussi un intérêt important pour les gemmologues car elle provient d’un gisement historique épuisé : celui des mines du Habachtal en Autriche.

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MNHN. François Farges

• Le "Grand Saphir" de Louis XIV était probablement le plus beau saphir du siècle et a pour origine Ceylan.

Composée de six faces, en forme de losange, cette pierre pesant 135,8 carats a longtemps été l’objet d’interrogations quant à son facettage : était-ce un cristal naturel ou un cristal poli ? Il est avéré aujourd’hui qu’il s’agit bien d’un cristal poli. D'ailleurs, et c’est rare dans l’histoire des Diamants de la Couronne, cette gemme a échappé à toute retaille depuis son acquisition par le Roi-soleil en 1669.

On ne sait pas à quelle date exactement elle est entrée dans la collection royale car elle ne figure pas dans la liste des pierres achetées par le roi. On suppose qu’elle lui aurait été offerte par le grand joaillier d’Amsterdam David Bazu qui fournissait en pierres précieuses Louis XIV par l’intermédiaire de son lapidaire Jean Pittan.

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Grand Saphir de Louis XIV © MNHN - François Farges

Les Diamants de la Couronne : une épopée historique

L’histoire des « Diamants de la Couronne de France » (que communément on appelle aujourd’hui « joyaux de la couronne ») se confond avec l’Histoire de France depuis près de cinq siècles.

Louis de France, dauphin (1729-1765). Photo (C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Elle en a épousé tous les contours. Elle reflète la personnalité des souverains, les préoccupations esthétiques successives, les valeurs mises en avant par tel ou tel régime politique. Les joyaux de la Couronne ont aussi été les témoins privilégiés des détours de l’Histoire, ils ont été aux premières loges dans les moments de crise, mais aussi lors des grandes histoires d’amour ou dans la perpétuation des grandes lignées. C’est tout cela, et point seulement leur valeur financière et minéralogique, qui les rend si précieux et qui fait toute l’importance de ce qui en subsiste dans les collections des musées.

Une telle histoire cependant ne va pas sans confusions chronologiques, ni sans inexactitudes souvent colportées d’un récit à l’autre. Il importe d’en retracer ici le parcours en tentant d’être le plus précis possible, avant de nous pencher sur les trois grandes collections françaises : celle du Muséum National d’Histoire Naturelle, celle de l’Ecole des Mines et celle du Musée du Louvre.

Des débuts tumultueux...

La collection des Diamants de la Couronne débute le 15 juin 1530, à l’instigation de François Ier (1494-1547). Soucieux d’apparat royal mais aussi des finances du royaume, le roi décide d’établir une distinction entre sa cassette privée et des bijoux royaux auxquels il assigne un statut particulier : le roi décide en effet que certains bijoux seront « propriété de l’état » à la condition de n’être jamais aliénés. Roi et Reine en auront la jouissance durant leur vie, mais à leur mort, les bijoux seront remis au Trésor et transmis aux héritiers de la couronne.

1 Portrait de François Ier, Ecouen, Images d'Art
Portrait de François Ier, Ecouen, musée national de la Renaissance - Photo © RMN-Grand Palais  / René-Gabriel Ojéda

C’est François Ier lui-même qui choisit huit bijoux ou pierres destinés à constituer le premier noyau de ce trésor. Parmi eux, trois « rubis balais » dont la « Côte de Bretagne », un spinelle d’un rouge profond (le terme désuet de « rubis balais » provient d’une déformation de nom de leur origine : le Badakhchan, province montagneuse de l'extrême nord-est de l'Afghanistan).

La côte de Bretagne. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau

Ce spinelle, témoin des débuts des Joyaux de la Couronne, est la seule pierre à avoir traversé toute l’histoire de France et à nous être parvenue. Elle n’est certes pas intacte : elle fut retaillée en forme de dragon en 1750 à la demande de Louis XV. Elle connut aussi des avanies : volée en 1792, elle fut retrouvée en 1796 puis rachetée par Louis XVIII et réintégrée aux Diamants de la Couronne. Aujourd’hui elle est visible au Musée du Louvre.

Moins de trente ans après la mort de François Ier (+1547), le roi Henri III (1551-1589) contrevient aux instructions laissées par son grand-père. L’année même de son sacre en 1575, il engage les joyaux auprès de créanciers de la Couronne de France. La raison en est simple : les guerres de religion sont à leur paroxysme et elles coûtent très cher au trésor royal. Pratiquement aucun des joyaux engagés n’est recouvré. Engagées elles aussi, les « Collections royales », des objets précieux datant pour la plupart du Moyen-Age, disparaissent également. C’est la première catastrophe dans la très jeune histoire des joyaux de la couronne.

Le sacre d’Henri IV (1553-1610) apaise les guerres de religion et marque une époque nouvelle pour le royaume de France. Le roi Henri IV et son épouse Marie de Médicis (1573-1642) reprennent la collection des joyaux de la couronne, y ajoutant de très nombreux objets d’art. C’est ainsi que Marie de Médicis acquiert en 1604 le « Beau Sancy » (ou « petit Sancy ») auprès de Nicolas Harlay de Sancy, alors surintendant des finances d’Henri IV. La légende dit qu’il l’aurait rapporté de Constantinople, où il aurait été en ambassade. Il se pourrait en réalité que ce soit son fils, Achille de Harlay, qui y ait été ambassadeur vers 1601. Son origine est obscure, mais il est très probable qu’il provienne d’Inde. Certains toutefois veulent croire qu’il provient du trésor perdu de Charles le Téméraire, qui comportait ce qui pourrait bien avoir été un diamant magnifique, la Rose Blanche – le Beau Sancy et la Rose Blanche ne feraient qu’un. Ce ne sont que des hypothèses sans doute romanesques mais peu étayées.

Marie de Médicis fera fixer Le Beau Sancy sur sa couronne lorsqu’elle sera sacrée reine de France à Saint-Denis le 13 mai 1610.

Marie de Médicis par Frans Pourbus, le jeune
Marie de Médicis, reine de France par Frans Pourbus, le Jeune - Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Le lendemain de la cérémonie, Henri IV est assassiné par Ravaillac. Marie de Médicis, mère de Louis XIII qui n'a alors que neuf ans, assure la Régence. Elle s'exile en 1630. Pour payer ses créanciers, elle finit par vendre le diamant au Prince d'Orange-Nassau en 1641.

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Vente de Haute Joaillerie et de Bijoux de provenance aristocratique. Sotheby’s Genève, 14 mai 2012

Le Beau Sancy est un diamant de taille de poire double rose pesant 34,98 carats. Le rapport du GIA (n° 11412121953) indique que le diamant est de couleur K, brun pâle, de pureté SI1 et de type IIa (les diamants de type IIa sont les plus purs chimiquement et ont souvent une transparence exceptionnelle).

Pendant quatre siècles, ce joyau a appartenu tour à tour à quatre familles royales (France, Maison d’Orange, Angleterre, Prusse). Le 14 mai 2012, la Maison royale de Prusse l’a mis en vente : c’est l'un des diamants historiques les plus importants à avoir été proposé aux enchères. Il a été acquis par un collectionneur dont le nom n'a pas été divulgué et a atteint 7,53 millions d’euros.

Le Beau Sancy a ainsi rejoint une collection privée et n’est désormais plus visible.

La collection royale vers son apogée : le XVIIème siècle

Grand amateur de gemmes devant l’Eternel, le cardinal Mazarin (1602-1661) collectionna avec passion, et avec une certaine avidité, les gemmes et les objets d'art les plus précieux de son temps.

Philippe de Champaigne
Le cardinal Mazarin (1602-1661)
Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / Thierry Ollivier

A sa mort, le Cardinal légua à son filleul Louis XIV dix-huit diamants magnifiques baptisés les « mazarins ». Parmi ces diamants il y avait « le Sancy » ou le « Grand Sancy ». Ce diamant, à priori de même origine que le petit Sancy (les mines de Golconde), avait été vendu par Nicolas Harlay de Sancy (toujours lui) en 1604 au roi d’Angleterre Jacques Ier, puis revendu en 1657 par la reine Henriette-Marie de France, épouse de Charles Ier  d’Angleterre, au cardinal de Mazarin. La petite histoire raconte que le messager de Harlay de Sancy transportant le diamant d’Orient en Europe fut attaqué et tué… et que le diamant fut récupéré par son mandataire dans l’estomac de son émissaire, qui avait avalé la pierre avant de mourir.

2 le Sancy
Diamant le Grand Sancy - Photo © RMN-Grand Palais / Droits réservés

Le Grand Sancy supplante le Petit Sancy : avec ses 55, 232 carats, il sera le plus gros et le plus beau diamant blanc d’Europe jusqu’à la découverte du Régent. Il sera placé sur les couronnes de sacre de Louis XV en 1722 et de Louis XVI en 1775 et porté aussi par leur épouse durant leur règne.

Marie Leszczynska, reine de France (1703-1768) représenté en 1747 en grande Robe de Cour. Elle porte le Sancy en pendentif. Vanloo Carle (dit), Vanloo Charles André (1705-1765)

C’est sous le règne de Louis XIV (1638-1715) que les joyaux de la couronne connurent leur apogée. Le Roi-Soleil avait une passion pour les pierres précieuses et augmenta considérablement la collection jusqu’à posséder la plus belle d’Europe. Cette passion était certes esthétique, mais elle était également politique. Les joyaux de la couronne sont considérés comme les symboles de la puissance royale mais également comme un investissement judicieux dans des pierres précieuses dont la valeur ne saurait être altérée à travers le temps. Les diamants en particulier étaient le signe de la puissance : c’est sur un trône d’argent tout incrusté de diamants que Louis XIV reçut l’émissaire du Grand Turc.

Boîte à portrait de Louis XIV, Jean Petitot, acquis en 2009 par le musée du Louvre
Boîte à portrait de Louis XIV, Jean Petitot, acquis en 2009 par le musée du Louvre - Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

En 1669, deux marchands aux longs cours, Jean-Baptiste Tavernier et son concurrent hollandais David Bazu, par l’entremise du joaillier lapidaire Jean Pittan, rapportent à Louis XIV des centaines de gemmes extraordinaires. Parmi eux, un diamant de 115,4 carats originaire de Golconde qu’on appellera ensuite « le Diamant Bleu » et un saphir parallélépipédique de 135,8 carats, originaire de Ceylan dit « le Grand Saphir ».

Le Grand Saphir est le joyau actuel du MNHN. Cette gemme n’a jamais été retaillée depuis qu’elle est entrée dans le Trésor et fait étonnant, lors du sac du Garde-Meuble en 1792, elle fait partie des rares bijoux auxquels les voleurs ne s’intéresseront pas ! (Cf l’article consacré au Muséum national d'histoire naturelle).

Avec le grand diamant bleu de Louis XIV commence une histoire étonnamment romanesque. Cette histoire aux rebondissements nombreux est racontée par François Farges, éminent spécialiste et professeur au MNHN. Le diamant est taillé pendant deux années à partir de 1672 par Jean Pittan pour obtenir un bijou exceptionnel de 69 carats, d’un bleu profond (appelé violet à l’époque) couleur de la royauté, comprenant 72 facettes, à l’image du Roi-Soleil et représentant une cosmogonie héliocentrique.

En effet, la pierre était facettée en son centre d’une étoile à sept branches (chiffre chargé de symboles : les planètes, les jours de la semaine, le culte d’Apollon). Lorsque le roi portait cette pierre, montée sur une épingle d’or, l’illusion d’un soleil au centre d’un ciel bleu éblouissait tout son entourage.

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Simulation du Diamant bleu de LouisXIV serti or - Photo © MNHN / François Farges

Ce diamant fut ensuite volé et sa trace se perdit. Ce n’est que récemment que François Farges put démontrer que le Diamant Bleu n’était autre que le diamant Hope, qui peut être admiré au Smithsonian Institution à Washington. Les deux retailles en font aujourd’hui une pierre 45,52 carats.
De plus amples détails sont donnés dans l’article III.

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Le diamant Hope - Photo © Chip Clark, Smithsonian Institution

Le très brillant siècle des Lumières

En 1717, le Duc Philippe d'Orléans (1674-1723), régent de France jusqu’en 1723, acquiert pour la Couronne un diamant de 140,615 carats, découvert dans la région de Golconde en 1698, qui portera son nom : Le Régent.

Portrait du Régent
Boit Charles (1663-1727).
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Jean-Gilles Berizzi

Cette gemme devient le principal diamant de la couronne de France, surpassant par sa beauté, sa couleur, sa taille et son poids tous les diamants jusqu’alors connus en Occident.

3 Diamant dit le Régent
Diamant dit Le Régent - Photo © RMN-Grand Palais / Droits réservés

Le Régent deviendra le symbole de la royauté, il ornera la couronne de Louis XV (1722), la couronne de Louis XVI (1775), l'épée du Premier consul (1801) devenue épée de sacre, le glaive de Napoléon Ier (1812), la couronne de Charles X (1825), et le diadème à la grecque de l'impératrice Eugénie.

Détail Jean-Léon Gérôme, Réception des ambassadeurs du Siam par Napoléon III et l’impératrice Eugénie, Château de Versailles © RMN. L'impératrice porte un diadème orné du « Régent ».

Il demeure la seule acquisition importante du règne de Louis XV. En effet,  le roi fit retailler sous son règne de nombreux diamants, y compris les Mazarins, pour ne pas avoir à racheter des diamants bruts mais aussi parce que la « retaille en brillant » des tailles anciennes, roses en particulier, apportait plus d'éclat. Cette préférence accordée à la brillance sur une très belle taille ancienne reste souvent critiquée.

Une nouvelle étape est franchie en 1749, lorsque Louis XV confie à Pierre-André Jacquemin, joaillier du roi, la création de l’insigne de la Toison d’or. Ce chef- d’œuvre constitue la première œuvre de « haute-joaillerie » française, mais il est aussi en quelque sorte la synthèse des joyaux de la couronne tels qu’ils ont été transmis depuis leur origine.

Toison
Dessin de la Toison d’or de M.Herbert Horovitz

La décoration de l'ordre de la Toison d’Or comporte en effet les gemmes exceptionnelles ayant appartenu à Louis XIV : le grand Diamant  Bleu, « Le Bazu » et un autre diamant bleu pâle de 32,6 ct. Il reprend également le spinelle rouge de 107 ct, « Le Côte de Bretagne », hérité de François Ier et retaillé pour l’occasion en forme de dragon par Jacques Guay (graveur en pierres fines du cabinet du roi). Il comporte aussi trois saphirs jaunes (nommés dans l’inventaire royal « Topazes d’Orient ») totalisant environ 25 ct, plusieurs brillants de 4 à 5 ct et des centaines de petits brillants.

10 Reconstitution de la Toison d'Or par M.H.Horovitz.photo Herbert Horovitz
Reconstitution de la Toison d'Or par M. H. Horovitz - Photo © Herbert Horovitz

Le règne de Louis XVI (1754-1793) ne semble pas avoir apporté de pièce significative aux Diamants de la couronne. Certes, le Régent fut serti sur la couronne royale, puis Marie-Antoinette (1755-1793) aima à le porter, mais ni le roi ni la reine n’eurent de goût pour les parures de grande dimension.Les modes lancées par une Marie-Antoinette réputée frivole furent du reste champêtres et fleuries (on songe au Hameau de la Reine). Il est cruellement paradoxal que la réputation de la reine se soit effondrée dans une affaire de bijoux dont précisément elle n’avait que faire : il s’agit de la fameuse « affaire du collier ». Le protagoniste en est un collier de diamants que Louis XV aurait offert à la Du Barry si la mort ne l’en avait empêché. Marie-Antoinette refusa obstinément de porter ce collier, le trouvant trop lourd et marqué par la personnalité de la Du Barry, qu’elle détestait. Eût-elle accepté de le porter, ce collier aurait sans doute rejoint les joyaux de la couronne et la réputation de la reine serait restée intacte. Mais c’est là de l’histoire-fiction.

François-Hubert Drouais, 1773. Ce tableau est un portrait de la Dauphine Marie-Antoinette, épouse du futur roi de France, Louis XVI, à l'âge de 17 ans. Il représente la princesse en robe de cour et parée de bijoux. @ Victoria and Albert Museum.

Dix rares bijoux ayant appartenu à Marie-Antoinette ont été mis en vente par Sotheby's à Genève le 14 novembre 2018. Cette vente de  bijoux historiques provenant de la famille des Bourbon- Parme a atteint des records.

Lot 100. Exceptional and highly important natural pearl and diamond pendant, 18th century. Royal Jewels from the Bourbon Parma Family. 14 novembre 2018. Genève. Estimation : 879,301 - 1,749,809 EUR. Lot vendu : 32,030,299 EUR. (Prix d’adjudication avec commission acheteur). @Sotheby's
"Une grande parure de perles (...): 1. Trois rangs de grosses perles, dont le premier de 49 perles, le deuxième de 53 perles, et le troisième de 61 perles, en tout 161 perles. (...) 3. Une grosse poire avec petit noeud en diamants, et gros solitaire. La poire faisait autrefois, avec le noeud en diamants, partie du 3ème rang de grosses perles. Le solitaire formait autrefois le fermoir du grand collier. 4. Deux boucles d'oreilles, boutons et poires en perles. (...) Cette parure provient tel quel (sic) de la Reine Marie Antoinette, et a été légué (sic) par Marie Thérèse de France, Duchesse d'Angoulême, Comtesse de Marne, à sa nièce et fille adoptive, Louise Marie Thérèse de France, Mademoiselle Duchesse de Parme". Photograph of the necklace in its original form © Collection Christophe Vachaudez. All rights reserved.

Le grand pillage de septembre 1792

Symbolisant la fabuleuse richesse des joyaux de la couronne, la Toison d’or fut volée lors du pillage du Garde-Meuble en septembre 1792.

Pierre Patte, Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV, Paris. RMN-Grand Palais.
Photo (C) RMN-Grand Palais (Institut de France) / Gérard Blot

Les joyaux de la couronne avaient été déposés à l’hôtel du Garde-Meuble National (actuel Hôtel de la Marine place de la Concorde) après la fuite à Varennes (au cours de laquelle Marie-Antoinette avait pris soin d’emporter le Sancy) et l’emprisonnement de la famille royale. Pendant trois nuits consécutives, du 13 au 16 septembre 1792, le Garde-Meuble fut littéralement pillé par une bande de cambrioleurs. Nuit après nuit, d’inestimables trésors furent volés, passés par les fenêtres ou par les portes sans que personne ne s’en aperçoive.

En cette période de trouble révolutionnaire, les uns et les autres se renvoient les responsabilités. Les voleurs sont faits prisonniers puis assez vite libérés tant il semble évident qu’ils ne faisaient qu’obéir à des instructions venues de plus haut – sans qu’on sache jamais de qui : agents étrangers soucieux de mettre la main sur les joyaux de la couronne ? Royalistes français désirant exfiltrer ces bijoux? Girondins ou Jacobins cherchant à financer leurs combats politiques ? Les principaux documents judiciaires qui auraient permis d’y voir clair ont brûlé en 1871 dans l’incendie de l’Hôtel de Ville de Paris.

Parmi les gemmes retrouvées figure le Sancy mais il est mis en gage en 1796 et non dégagé. Il réapparaît en 1828, est vendu à un prince russe, qui le revend en 1865. Après plusieurs détours, il est acquis par William Waldorf Astoria pour son épouse en 1906. Finalement, le diamant sera acquis par le Musée du Louvre en 1976. C’est là qu’il est désormais visible.

Quant aux autres mazarins, ils furent presque tous retrouvés mais le Directoire en vendit onze en 1796 pour renflouer les caisses de l’Etat. Ils se trouvent probablement dans des collections privées. Trois néanmoins subsistent au Louvre :  les « Mazarins » 17 et 18, en forme de cœur, qui sont insérés dans la broche-pendentif de l’Impératrice Eugénie et le premier Mazarin, le Sancy.

Une chose est sûre : les pertes sont considérables. L’épée de diamants de Louis XVI ou encore la « chapelle de Richelieu » sont perdus pour toujours. Le Diamant Bleu s’est évanoui : on ne le reverra plus jamais tel qu’il avait été taillé par Jean Pittan, et c’est en Amérique qu’on le retrouvera, sous une forme altérée, des dizaines d’années plus tard.

Enfin, la Toison d’or a irrémédiablement disparu. Le Côte de Bretagne sera retrouvé en 1796 mais tout le reste a été soigneusement démonté et les pierres ont été vendues séparément. François Farges et le célèbre joaillier genevois Herbert Horovitz en ont fait une reconstitution en 2010 qui attend aujourd’hui l’intervention d’un mécène pour figurer à nouveau dans le patrimoine français.

Les derniers feux des Diamants de la Couronne

Sous le Premier Empire, Napoléon Ier (1769-1821) renoua avec les symboles monarchiques dont les joyaux de la couronne sont l’emblème. Il fit ainsi sertir le « Régent » sur son épée de Premier Consul qui servit aussi lors de son sacre. En 1812, le diamant prit place sur le glaive impérial. Afin d’éviter  les dérives d’une monarchie de droit divin, Napoléon Ier s’inspira d’une autre période historique : celle de la mythique et glorieuse Rome antique, qu’appuie le choix politique de l’Empire.

Napoléon Ier fait aussi revenir des joyaux qui avaient été engagés sous le Directoire, excepté le Sancy. A partir de 1805, il effectue des acquisitions importantes pour les Diamants de la Couronne – indépendamment des différentes et nombreuses parures personnelles qu’il offrira à Joséphine (1763-1814), qui possèdera le plus riche écrin privé d’Europe, ou à sa seconde épouse Marie-Louise (1791-1847).

François Pascal Simon Gérard L'impératrice Joséphine
L'impératrice Joséphine par François Pascal Simon Gérard - photo © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Droits réservés
François Pascal Simon Gérard L'impératreice Marie-Louise en grand costume
L'impératrice Marie-Louise en grand costume par François Pascal Simon Gérard - Photo © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

La principale composante du style Empire est la référence à l’Antiquité romaine (mais aussi à l’Antiquité grecque et égyptienne). En témoigne cette parure en or et mosaïques romaines exécutée par François-Regnault Nitot en 1810, cadeau de mariage de l’Empereur à Marie-Louise :

Parure de l'impératrice Marie-Louise Nitot François-Regnault (1779-1853) , joaillier Pronti Domenico (18e siècle) (d'après).
Vers 1809-1810. Composée d'un peigne, d'un collier, d'une paire de bracelets et de boucles d'oreilles.
Parure offerte par Napoléon Ier à l'archiduchesse Marie Louise comme présent de mariage, le 28 février 1810.
Micromosaïques : Rome, d'après des gravures de Domenico Pronti.
Monture : feuilles de vigne et grappes de raisins.
Ecrin : Gouverneur, gantier, pour l'impératrice Eugénie.
Parure inscrite à l'inventaire des Diamants de la Couronne en 1811.
Seule parure de Marie-Louise des Diamants de la Couronne parvenue intacte. Vendue en 1887.
Collection des Diamants de la Couronne. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Le parcours de Marie-Étienne Nitot (1750-1809) est caractéristique de l’art joaillier sous l’Empire.
Il crée sa maison à Paris en 1780, après avoir fait son apprentissage chez Auber, fournisseur attitré de la reine Marie-Antoinette. En 1802, la bijouterie Nitot prend son essor lorsqu'elle devient le joaillier attitré de Napoléon Ier. Avec l'aide de son fils François-Regnault (1779-1853), Nitot crée les bijoux du mariage de Napoléon avec Joséphine puis avec Marie-Louise. Il dessinera et sertira aussi la couronne du sacre de Napoléon, la poignée de son épée ainsi que bon nombre d'autres parures pour le couple et pour la cour. François-Regnault Nitot reprendra la joaillerie de son père à la mort de ce dernier en 1809 et continuera son activité jusqu'à la chute de l'empire en 1815. L'exil de Napoléon le conduit à se retirer de la bijouterie. Il s'installe alors dans le château d'Echarcon (Val d’Essonne) avec son épouse et devient maire de sa ville.

Sous la Restauration, certaines pierres qui avaient pu être retrouvées, comme la Côte de Bretagne et le second mazarin, furent réintégrés aux joyaux de la couronne. Louis XVIII (1755-1824) fait monter de nouveau les parures exécutées pour Marie-Louise afin de les remettre au goût du jour. Nombre de ces bijoux seront portés par la Duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette. En 1821, c’est Jacques-Evrard Bapst (1771-1842) qui obtint le brevet de joaillier de la Couronne, titre qu’il conserva jusque sous le Second Empire.

Duchesse d'Angoul^me par Alexandre-François Caminade
Portrait de la duchesse d'Angoulême d'Alexandre-François Caminade - Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Adrien Didierjean
Paire de bracelets de la Duchesse d'Angoulême, P-N Menière, C-F Bapst, J-E Bapst
Paire de bracelets de la duchesse d'Angoulême (fille de Marie-Antoinette) de Paul-Nicolas Menière, Christophe-Frédéric Bapst, Jacques-Evrard Bapst - Photo © RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet

Surnommé le « roi minéralogiste », Louis XVIII fait l’achat de divers diamants ainsi que de deux opales de Hongrie dont une figurera sur le manteau de sacre de son frère et a été conservée au Muséum National d’Histoire Naturelle – avec la collection de gemmes dont Louis XVIII fit don à sa mort.

Lorsque Charles X (1757-1836) se fait sacrer à Reims, le 29 mai 1825, il porte une couronne qui incorpore les principales pierres du Trésor : le Régent et les 7e et 8e mazarins.

Louis-Philippe (1773-1850) se voulant « Roi des Français » sera en revanche beaucoup plus mesuré sur l’usage de ces emblèmes royaux. Aussi fera-t-il peu usage des Diamants de la Couronne : il ne les porte guère et n’en enrichit pas la collection.

Le Second Empire (1852-1870) se définit par son éclectisme, son goût du faste et sa polychromie (Lorsque l’impératrice Eugénie visita le chantier de l’Opéra, elle crut bon d’interroger Charles Garnier sur les sources historiques du décor qu’il avait conçu : « Mais quel style est-ce donc ? Ce n’est pas antique, ce n’est pas Moyen Âge, ce n’est pas Renaissance. » - « C’est Second Empire, Madame », répondit l’architecte. Les bijoux de cette époque révèlent la virtuosité et les prouesses techniques des joailliers. Alexandre-Gabriel Lemonnier (vers 1808-1884), joaillier de la Couronne et François Kramer, joaillier attitré de l’Impératrice, sont les deux grands noms à retenir de ces dix-sept années d’Empire.

En 1855, à l’occasion de l'Exposition universelle de Paris, Lemonnier fut chargé de réaliser les couronnes de l'Empereur et de l'Impératrice. Pour la couronne de l'Empereur, le joaillier a utilisé une grande partie des diamants de la Couronne. Cette couronne a été démontée et fondue en 1887. La couronne de l’Impératrice, que l’on peut voir au musée du Louvre, est composée de 2480 diamants et de 56 émeraudes qui appartenaient à l’Empereur. Les motifs de l'aigle et de la palmette sont typiquement des symboles impériaux.

Napoléon III, d'après Franz Xaver Winterhalter
Napoléon III, d'après Franz Xaver Winterhalter - Photo © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet
Couronne de l'impératrice Eugénie. Credit- Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle

Le Musée du Louvre conserve aujourd’hui cinq bijoux de tout premier ordre de l’Impératrice Eugénie.

Le crépuscule des Diamants de la couronne

A la chute du Second Empire, pendant la guerre de 1870, les joyaux de la couronne furent mis à l’abri sur un bateau de guerre à Brest.  Ils furent exposés deux fois avec succès à Paris : à l’occasion de l’Exposition universelle de 1878, puis en 1884 au Louvre, dans la salle des Etats.

Mais parce qu’ils mêlent les symboles de puissance, de richesse, de prestige du régime monarchique et des deux Empires, les joyaux de la Couronne n’ont guère la faveur des Républicains. Tirant argument de ce que représentent ces joyaux et espérant quelque revenu utile en des temps de fragilité économique, la IIIème République prend une décision radicale : la vente des joyaux de la Couronne.

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Du 12 au 23 mai 1887, les joyaux de la Couronne de France sont donc dispersés aux enchères publiques lors de neuf vacations qui se déroulèrent  au Louvre. Un seul des deux objectifs fut atteint. Financièrement, ce ne fut pas un succès, tout simplement parce que la mise soudaine sur le marché d’une telle quantité de gemmes eut pour principal effet de casser les prix. Symboliquement en revanche, ce fut une réussite : la France fut pour toujours débarrassée de ces encombrants symboles royaux et impériaux que joailliers venus du monde entier et rares particuliers s’arrachèrent. A plus d’un siècle de distance, il est permis de se demander si cette opération ne fut pas un pur et simple désastre sur le plan patrimonial et artistique…

Heureusement, avant cette vente, une commission d’experts avait sélectionné quelques pièces pour leur intérêt historique ou minéralogique et en avait prescrit le dépôt dans trois musées parisiens : le Musée du Louvre, le Musée de Minéralogie de l’Ecole des Mines, le Muséum National d’Histoire Naturelle.

Les fragments d’Histoire de France déposés dans ces musées sont d’une valeur inestimable d’un point de vue scientifique, artistique, patrimonial.

18 Catalogue Berthaud Diadèmes deTurquoise
Diamants de la Couronne de France. 1887. Photographie Berthaud. 9, rue Cadet, Paris. Portfolio en tissu contenant 23 épreuves sur papier albuminé, dont deux panoramas (doubles planches), contrecollées sur cartons avec légendes et mentions imprimées. Du 12 au 13 mai 1887, la vente d'une partie des Diamants fut à l'origine de la création de ce portfolio de photographies. (Maison de vente Oger – Blanchet. 30 mai 2012)

 

 

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Les Diamants de la Couronne à l'Ecole des Mines de Paris

Depuis le 5 janvier 2016, Le Musée de Minéralogie Mines Paris Tech propose une nouvelle exposition consacrée à des gemmes taillées provenant des joyaux de la couronne.

Pour la plupart, ces gemmes n’ont jamais été exposées depuis leur dépôt au musée en 1887 voulu par la commission d’experts de la vente des joyaux en 1887. Cette initiative est d’une importance historique majeure.

Tout d’abord parce qu’elle présente au public une collection de première importance : toutes les pierres sont issues de gisements extrêmement réputés et sont d’une qualité intrinsèque rare.

Ensuite parce que la valeur historique de ces gemmes est évidente : ce ne sont pas des bijoux qui sont présentés mais des pierres desserties – et c’est précisément au fait de n’être plus insérées dans des bijoux qu’elles ont dû leur survie, leur intérêt se réduisant pour la IIIe République à un intérêt minéralogique. L’idée qu’on peut se faire à partir de ces pierres de la splendeur des joyaux de la couronne suffit à échauffer l’imagination.

Enfin, parce qu’il s’agit d’une évolution dans la doctrine d’exposition du musée de l’Ecole des Mines : dédié essentiellement à la minéralogie, le musée prend ici un tournant patrimonial et historique, en partenariat avec la maison Riondet, spécialiste des bijoux anciens. Ces pierres étant destinées à rester exposées, c’est un troisième lieu de découverte des joyaux de la couronne qui émerge à Paris – et c’est en soi une excellente nouvelle.