Private collection

Thomas Faerber (I) : une vie pour la joaillerie.

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Marchand de renom spécialisé dans les pierres précieuses, les bijoux anciens et les pièces d’exception, Thomas Faerber, contribue depuis plus de cinq décennies au rayonnement du marché joaillier dans le monde.

La « Faerber-Collection », placée sous l’égide de Thomas Faerber, Alberto Corticelli (à ses côtés depuis 1988), ses enfants Ida Faerber et Max Faerber, et Philippe Atamian (tous trois ont rejoint l’entreprise en 1998), achète et revend des gemmes, des bijoux anciens et vintage, des pièces d’exception en Europe (Genève et Paris), en Amérique (New-York) et en Asie (Hong-Kong). La maison se singularise, dit Thomas Faerber, par un goût pour « les bijoux emblématiques d’une époque ; ceux de provenance noble ou créés par les plus remarquables artisans ; ceux qui, s’ils pouvaient parler, raconteraient mille histoires ».

Thomas Faerber fait également partie du club restreint des grands collectionneurs internationaux.

Bague russe historique composée d’une myriade de diamants taille ancienne et ornée en son centre d’une émeraude colombienne de taille carrée à pans coupés d'environ 5,84 carats. Argent et or, travail russe, vers 1800, avec écrin ajusté original, taille : 54.
Cette bague fut offerte à un noble français, par le tsar de Russie, Alexandre 1er, à Erfurt. Thomas Faerber l’a acquise auprès d’un autre marchand, un confrère. Après l’avoir présentée à la Biennale et dans quelques foires, il a décidé de ne pas s’en séparer. 
Crédit photo Katharina Faerber.

Je lui sais gré d’avoir ouvert des pages du catalogue de la collection privée afin de présenter aux lecteurs de Property of a Lady quelques chefs-d’œuvres qu’il affectionne particulièrement et qu’il prête volontiers lors d’expositions joaillières.

La collection constitue un ensemble très éclectique et compte des pièces allant de la Renaissance jusqu’à 2019. Elle rassemble essentiellement des coups de foudre, parfois aussi des souvenirs, explique Thomas Faerber. Ainsi ce collier de perles fines Belle Époque qui a été fabriqué par le grand-père maternel de Thomas Faerber au début du siècle dernier.

Collier de perles fines à cinq rangs d'August. C. Schöning, Cologne, Allemagne, vers 1910 dans son étui ajusté d'origine.
Crédit photo Katharina Faerber

 

Découvrons des pans de la collection, et par le biais de celle-ci, des éclairages sur l’histoire de son propriétaire, Thomas Faerber.

 

  • Des commencements à la reconnaissance internationale

August Schöning, le grand-père maternel de Thomas Faerber, était bijoutier et orfèvre dans le centre de Cologne, en Allemagne, entre la Belle Époque et la Seconde Guerre mondiale. Il est décédé dans les années Cinquante. « Ce collier est la seule pièce que je possède de mon grand-père », explique Thomas Faerber. « Le hasard a permis qu’en 2019, lors d’une vente à Cologne où une autre pièce m’intéressait, je tombe sur ce collier. Ce fut une des ventes les plus excitantes de ma vie parce que je voulais absolument l’acquérir ! »

Collier à cinq rangs serti de perles fines de couleur crème, variant entre environ 3,0 et 3,5 mm, décoré de quatre entretoises en forme de campanule, serti millegrain de diamants taille rose et ancienne, montées sur platine, Aug. C. Schöning, Cologne, Allemagne, vers 1910, longueur environ 38 cm. Crédit photo Katharina Faerber

Le père de Thomas Faerber, Ernst Faerber, venait quant à lui de Bavière. Il était né au tournant du siècle, en 1900. Il aurait rêvé de devenir photographe et de prendre part à l’essor artistique que connaissait cette technique dans ces années-là. Mais, dans le contexte difficile de la fin des années Vingt, il n’a pu trouver d’emploi exauçant ce souhait et a finalement choisi d’entrer comme stagiaire chez un marchand de perles fines à Berlin dont il apprit le pelage, le perçage et les techniques d’enfilage des perles. En 1930, un particulier se présenta pour mettre en vente un très beau collier de perles fines. « Mon père a demandé l’autorisation à son patron, qui ne souhaitait pas s’en porter acquéreur, de pouvoir l’acheter lui-même. Et par la même occasion, il lui a aussi demandé à être augmenté. Face au refus de son patron, il s’est lancé à son propre compte peu après » raconte Thomas Faerber. Ernst Faerber a travaillé le dit collier pendant plusieurs semaines, le pelant méticuleusement pour en faire une pièce superbe.

Devenu un négociant reconnu en perles fines et pierres précieuses, il a commencé à voyager à travers Allemagne. Un jour, alors qu’il se rendait à Cologne chez son client August Schöning, Ernst Faerber croisa un voleur qui s’échappait du magasin du bijoutier, ce dernier lui courant après avec un pistolet. Ernst Faerber se précipita pour réconforter la fille du joaillier, sous le choc.

« Mon histoire a débuté avec… un bonbon »

La première chose que fit Ernst Faerber fut d’offrir à la jeune femme un bonbon, il en avait toujours dans ses poches : « C’est ainsi que mes parents se sont rencontrés ! »

Ernst Faerber, a épousé Maria Schöning (la fille d’August) au début des années Trente. Ernst Faerber a exercé jusqu’en 1961, année où il est décédé. « J’avais à peine 17 ans », précise Thomas Faerber. La Maison Ernst Färber, qui se situe sur l’élégante Promenadeplatz à Munich, fut après le décès d’Ernst Faerber reprise par Rudolf Biehler, son ancien assistant. Aujourd’hui, c’est Dominik Biehler, qui dirige Ernst Färber Munich.

« Il avait été convenu que je sois formé par Rudolf Biehler pour qu’à mes vingt-cinq ans, je puisse m’associer de nouveau avec lui à 50%. Or, entre-temps, j’étais parti à Amsterdam où j’appris à tailler les diamants puis à Anvers où j’appris à les négocier, notamment chez Backes & Strauss. »

Thomas Faerber poursuivit ensuite sa formation à Londres chez Australian pearl company puis à Paris auprès de Jean Rosenthal (1906-1993), un grand marchand de pierres précieuses, qu’il surnomme affectueusement « son grand maître ». Des mois qualifiés de  « merveilleux ». Aujourd’hui, c’est avec le fils de ce dernier, Hubert Rosenthal, qu’il a maintenu de forts liens d’amitié.

En 1968, Thomas Faerber décida de créer sa propre société de négoce en pierres précieuses et bijoux en Suisse, à Zürich, laissant ainsi le marché allemand à Rudolf Biehler : « Les marchés n’étaient pas alors aussi mondialisés que de nos jours, chacun avait son territoire ». Il se souvient que lorsqu’il a commencé à voyager en Suisse, collaborant à droite à gauche avec de modestes bijoutiers et quelques fabriques de montres, c’était « difficile ».

Collier « Cantons Suisses », circa 1830.
Vingt-deux plaques ovales en émail représentent chacune les armes d'un Canton dans une monture en filigrane ajourée en or multicolore sertie de topazes roses et de petits cabochons de turquoise entre chaque élément. Le pendentif reprend les symboles de la Confédération. Crédit photo Katharina Faerber.
L'émail suisse était un souvenir très populaire pour les touristes visitant la Suisse au XIXème siècle, en particulier pour les Britanniques. Ce collier, en parfait état d’origine, est un souvenir typique de cette époque. Ce type de bijou est terriblement sous-estimé aujourd’hui, explique Thomas Faerber, et pourtant il présente un remarquable travail d’émaillage qui serait difficile, voire impossible, à reproduire de nos jours. Charlotte Hanson, qui travaille aux côtés de Thomas Faerber, fait remarquer que ce collier de la Confédération ne peut dater que d’après 1815 car certains cantons y figurant comme Genève et le Valais sont entrés dans la confédération cette année-là.

L’année 1969 devait marquer un tournant important dans la vie de Thomas Faerber.

Cet été-là, il se rendit à New York pour la première fois et y fit deux rencontres capitales. Celle de Katharina d’abord, photographe, qui allait devenir sa femme. Puis celle de Paul Fisher (1927-2019), acteur majeur de l’industrie joaillière de la seconde moitié du XXème siècle que ses pairs considéraient comme un modèle. Thomas Faerber se souvient avec émotion de celui qu’il considère comme un second père. « Il m’a beaucoup guidé. Nous avons énormément travaillé et voyagé ensemble en Amérique et dans le monde entier ».

Paul Fisher (à gauche) et Thomas Faerber. Photo personnelle de Thomas Faerber.

Un autre année majeure dans la vie professionnelle de Thomas Faerber fut 1973. Il prit son premier stand, de 9m2 précisément, à Bâle, la foire de bijouterie et d’horlogerie qui n’était pas encore devenue Baselworld. Exposant principalement pour le marché suisse, Thomas Faerber se remémore que son activité était essentiellement consacrée au diamant avec des pierres dépassant rarement 1 carat. Afin de l’aider à se développer, Paul Fisher suggéra à Thomas Faerber de présenter aussi des bijoux anciens. Or, en Suisse et à cette époque, explique Thomas Faerber, la clientèle voulait des bijoux modernes : « Ma réputation commençait juste à s’établir, donc j’hésitais, mais pas longtemps. Je fus ainsi le premier marchand à exposer des bijoux anciens. A la fin de la foire, les trois bijoux anciens que Paul Fisher m’avait confiés étaient vendus et cela m’avait permis de rencontrer de nouveaux clients ». Thomas Faerber n’a plus jamais quitté le marché du bijou ancien et, jusqu’en 2017, il fut exposant à Bâle.

Montre ancienne en or et émail suisse, avec clé à remontoir, circa 1840.
Cette montre-bracelet est composée de deux serpents enlacés décorés d'émail de couleur noir, vert, rouge et bleu. Leurs têtes sont ornées d’un très beau cabochon en grenat. Le boîtier de la montre, d’une circonférence intérieure d'environ 19 cm est en émail guilloché et chiffres romains ; il est monté sur or jaune 18 carats et numéroté 46373. Il s’agit probablement d’un travail anglais, vers 1840. « C’est la seule montre de ce genre que j’ai vu passer dans ma carrière, avec un décor d’émail tel qu’on n’en voit plus aujourd’hui. »
Crédit photo Katharina Faerber. 

En 1980, Thomas Faerber s’installe à Genève, ville dotée d’une riche tradition joaillière et horlogère, tout en continuant à voyager. L’Amérique à la fin des années Soixante-dix était un paradis pour les marchands avisés de tout horizon car le dollar commençait à perdre de sa valeur. « J’y ai acheté de beaux bijoux anciens signés : à l’époque, entre un bracelet Cartier et un bracelet Art déco non signé il y avait entre 15% et 30% maximum de différence. C’est après, à partir des années Quatre-vingt, que les signatures et les provenances sont devenues beaucoup plus importantes. Le fait que la joaillerie ait commencé à s’exposer dans des musées (ainsi l’exposition de Van Cleef & Arpels en 1992 au Musée de la Mode et du Costume au Palais Galliera à Paris) a contribué à cette évolution des mentalités et, en parallèle, à celle du marché international de la joaillerie.

Au fil des années, grâce à ses connaissances pointues et à son éthique des affaires, Thomas Faerber a pu asseoir sa notoriété (de 1993 à 1998 il a présidé la Swiss Precious Stones Dealers Association) et a continué d'acquérir des pièces exceptionnelles.

En 2004, il eut ainsi la fierté de fournir au musée du Louvre un collier d'émeraudes et de diamants, ainsi que les boucles d'oreilles assorties, que Napoléon Ier avait offerts en 1810 à l'archiduchesse Marie-Louise. Thomas Faerber explique qu’après avoir acquis ces deux pièces exceptionnelles, en parfait état d’origine, en 2003, il souhaitait vivement qu’elles prennent place au Louvre. Cette demi-parure de François-Regnault Nitot, qui faisait donc partie de l’écrin personnel de l’Impératrice Marie-Louise, figure depuis dans les vitrines des Diamants de la Couronne de France sises au cœur de la splendide Galerie Apollon.

Cette même année, Thomas Faerber fut fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.

La nouvelle génération Faerber admirant le collier et les boucles d'oreilles en émeraudes et diamants de l'Impératrice Marie-Louise au musée du Louvre.
Collier et boucles d'oreilles provenant d'une parure offerte par Napoléon Ier à Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, au moment de leur mariage en 1810. Pièces exécutées par le joaillier François-Regnault Nitot (1779 - 1853) à Paris. Le collier se compose de 32 émeraudes (émeraude centrale de 13,75 ct) ; 1138 diamants (874 brillants et 264 roses); or ; argent. Les boucles d'oreilles sont formées de 6 émeraudes ; 108 diamants ; or ; argent. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Jean-Gilles Berizzi

 

Fort de ses années d’expériences  et d’un large réseau international, Thomas Faerber et son confrère Ronny Totah se sont associés il y a quatre ans pour créer « aux côtés de collègues, amis et autres marchands, un salon joaillier de qualité, convivial presque familial et à taille humaine » : GemGenève.

Cérémonie d’ouverture du premier salon GemGenève en mai 2018. Crédit photo GemGenève.

Les deux premières éditions de ce salon qui réunissaient marchands de pierres précieuses et de bijoux anciens, designers, collectionneurs, laboratoires de gemmologie, libraires et passionnés, eurent lieu en 2018 et 2019 ; ce furent de véritables succès rassemblant des exposants et visiteurs du monde entier.

Dès que la situation sanitaire internationale sera apaisée, Gem Genève rouvrira ses portes. « On espère une troisième édition en novembre 2021 »

 

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Seconde partie de l'entretien à suivre ici : Conversation avec Thomas Faerber autour de la collection

 

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Légende visuel de « une » : Bracelet russe orné en son centre d’un élément de broche datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle. La broche est composée d’un saphir naturel de Ceylan de taille octogonale d’environ 56 carats encadré de diamants de taille ancienne. Fabriquée par des bijoutiers russes, cette broche, aux dires des héritiers directs, fut un cadeau de Catherine la Grande (1729-1796) à son dernier favori, Platon Alexandrovich Zubov (1767-1822). Le bracelet, en or jaune est un ajout ultérieur. Il porte le poinçon de la ville de Saint-Pétersbourg utilisé entre 1826 et 1876, ainsi qu’un poinçon de maître insculpé en écriture cyrillique P I. Il est incrusté de diamants formant des petits motifs de lierre de style pré-art nouveau. Crédit photo Katharina Faerber.

 

 


Thomas Faerber (II) : Conversation autour de la collection.

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« La collection est éclectique, affirme Thomas Faerber. J’acquiers ce qui me plaît. Cela peut-être moderne ou très ancien ».

 

Collier en or et caoutchouc des années 7O par SCHULLIN & SEITNER. 
Circonférence intérieure d'environ 50 cm, largeur d'environ 3,2 cm. Créateur viennois, Herbert Schullin associe l’art du design à celui de l'artisanat. Thomas Faerber le considère comme un véritable avant-gardiste, héritier du Bauhaus. Aujourd'hui, c'est Lukas Schullin, représentant de la troisième génération, qui dirige la Maison Schullin Wien dont l’étonnante architecture a été réalisée par Hans Hollein.
Crédit photo Katharina Faerber

 

Joaillerie, horlogerie et objets précieux forment cette collection commencée dans les années Soixante-dix avec « quelques pièces de moindre importance ». Au fil du temps et des divers salons, Thomas Faerber s’est pris à regretter d’avoir vendu certaines pièces. « C’est ainsi, je crois, qu’est née la collection ». Et de préciser qu’aujourd’hui encore, la plupart des pièces que ses associés et lui-même achètent ont pour objet d’être revendues :  « Je reste marchand dans l’âme. »

 

Envisagez-vous d’exposer un jour votre collection ?

 Je préfère en prêter des pièces.

Broche Chaumet « plume de paon » transformable en broche « saphir ». Exécutée par Prosper Morel (1825-1908), circa 1870. Or, argent, rubis, saphirs et diamants. Crédit photo Katharina Faerber

Les grandes maisons de la Place Vendôme et les musées le savent et n’hésitent pas, si besoin, à me solliciter. Certains d’entre vous ont peut-être pu admirer cette broche lors de l’exposition "Chaumet en Majesté" au Grimaldi Forum de Monaco à l’été 2019 ? Elle figurait également à l’exposition de Pékin.

Cette broche Chaumet est composée d’un saphir de Ceylan taille coussin de 32,24 carats, de rubis, saphirs et diamants montés sur argent et or. Elle est accompagnée de son écrin ajusté en cuir bordeaux signé « Morel & Cie, J. Chaumet » et les initiales « RU » et d’un raccord de broche, 14 cm x 4,5 cm. Le dessin original de cette pièce est conservé dans les archives de Chaumet. Crédit photo Katharina Faerber

Début septembre, Thomas Faerber a laissé en prêt pour l’exposition Pierres précieuses au MNHN de Paris, un exceptionnel collier en gouttes d’émeraude et diamants dessiné par Jacques Arpels en 1950, ainsi qu’une paire de boucles d’oreilles assorties.

Cet ensemble appartenait à la Maharani Sita Devi de Baroda (1917-1989), épouse du Maharaja Pratapsingh Gaekwar. Sita Devi avait une passion dévorante pour les bijoux et possédait des gemmes extraordinaires qu’elle puisait dans le trésor de Baroda. Certaines de ces pierres précieuses remontaient à l'époque moghole. Dans la dernière partie de sa vie, la Maharani vit ses bijoux dispersés lors d'une vente aux enchères organisée par le Crédit Mobilier de Monaco le 16 novembre 1974.

La demi-parure émeraudes et diamants créée par Jacques Arpels faisait partie d’une collection privée avant que Thomas Faerber n’en fasse l’acquisition lors d’une vente aux enchères en mai 2002. Près de vingt ans plus tard, le collectionneur reste toujours aussi admiratif devant cet ensemble dont il estime le design et les gemmes exceptionnels.

Pendants d'oreilles Van Cleef & Arpels, circa 1950. Ancienne collection de la Maharani de Baroda. Platine, diamants tailles baguette et briolette, émeraudes tailles à facette et poire. Crédit photo Katharina Faerber
Collier "hindou", Van Cleef & Arpels, Paris 1950. Ancienne collection de la Maharani de Baroda. Platine, diamants tailles brillant et baguette, émeraudes côtelées, émeraudes tailles boules et poires.
Crédit photo Katharina Faerber

Avez-vous un joaillier de prédilection ?

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de Lalique, Vever, Cartier et, à notre époque, pour JAR - mais un de mes grands héros est Frédéric Boucheron (1830-1902) !

La formidable qualité d’exécution des pièces créées sous sa direction, la valeur humaine du personnage, sa sensibilité, le fait qu’il ait été tellement impliqué dans le métier et qu’il ait eu à cœur d’aider les plus jeunes suscitent mon admiration.

Aussi, la première acquisition importante de ma collection fut un collier Boucheron.

Visuel collier Boucheron « roses » en diamants, or et argent, vers 1889.
Longueur : 21 cm, largeur rose : 3 cm, hauteur rose : 12,5 cm
Composé de neuf cents diamants pour un poids total d'environ 45,75 ct, ce collier est constitué d'un fil d'acier flexible très fin recouvert d'argent. Son motif central, la rose, peut être porté en broche.
Crédit photo Katharina Faerber

Le premier dessin de ce collier réalisé par Paul Legrand, dessinateur de la Maison au temps de Frédéric Boucheron, date de 1879. Il fallut ensuite quelques années pour mettre à exécution ce projet et inventer une technique qui permette de faire ployer le métal, pour l’enfiler autour du cou, sans que les diamants ne sautent sous la pression du mouvement. Réussir à obtenir cette souplesse extraordinaire fut un défi inouï pour l'atelier. C’est seulement en 1889, lors de l’Exposition universelle de Paris, que Frédéric Boucheron présenta officiellement ses innovations techniques dont les diamants gravés et les colliers dits « Point d’Interrogation ». Le joaillier y remporta le « grand prix » - distinction suprême au-dessus de la médaille d’or - pour ses remarquables travaux, et fut peu après nommé officier de la Légion d’honneur.

Les colliers à ressort (autre dénomination de cette invention) impressionnèrent les critiques qui les qualifièrent de « révolutionnaires » ! explique Claire de Truchis-Lauriston, directrice du patrimoine Boucheron. Elle souligne aussi combien Frédéric Boucheron était sensible au confort de ses clientes obligées à l’époque d’avoir une femme de chambre pour s’habiller et se parer notamment de leurs colliers de chiens si peu faciles à accrocher derrière la nuque. Frédéric Boucheron a certainement voulu les libérer d’une contrainte. Les colliers « Points d’interrogation » se présentent sans fermoir et ont pour la plupart une partie centrale transformable,  en broche ou ornement de cheveux.

Ces colliers figuraient presque tous la nature : branches fleuries d’acacias, de platane, fleurs de lotus, épis de blé, plumes de paon, feuilles de lierre, coquelicots, serpents… Le collier que possède Thomas Faerber est composé d’une rose éclose entourée de trois feuilles, surmontées d’une rose en bouton sur le point d’éclore.

C’est à ce jour l’unique collier Point d’interrogation en parfait état d’origine.

« Lorsque ce collier fut mis en vente à Paris dans les années Quatre-vingt à Drouot, raconte Thomas Faerber, il était estimé à un prix raisonnable, mais au cours de la vente, les enchères s’envolèrent – j’avais un adversaire redoutable face à moi ! Néanmoins, j’ai remporté cette enchère et ce collier appartient dorénavant à ma femme. »

 

Est-il une gemme qui vous attire plus particulièrement ?

Boîte à bague Faerber-Collection. Crédit photo Katharina Faerber

Je n’ai pas de pierre préférée ; néanmoins il en est une qui m’a toujours fasciné, c’est l’alexandrite, cette variété de chrysobéryl qui a la particularité de changer de couleur selon l'éclairage auquel elle est soumise (verte à la lumière du jour, rouge sous éclairage artificiel, de préférence une bougie).

Ci-dessus, une alexandrite de près de 8 ct mise en vente en juin dernier à Vienne au Dorotheum. Estimée entre 13 000 € et 16 000 €, elle fut vendue 115 300 €.

J’essaie toujours acquérir des chrysobéryls, mais leurs tarifs sont prohibitifs.. J’ai pris un risque fou pour l’acquérir, car il est vrai qu’elle avait un très beau changement de couleur. Fort heureusement, c’est un autre qui l’a eue dit-il en souriant.

 

Est-il un type de bijou particulièrement recherché aujourd’hui des marchands ?

Je dirais la tiare.

Dans les années 70 les tiares étaient invendables, on les achetait pour les démonter.

Cela m’évoque d’ailleurs une anecdote : dans les années 90, il y eut une belle tiare à vendre chez Christie’s. Je l’avoue, j’avais fait mes calculs pour en faire cinq broches, trois paires de boucles d’oreilles... La tiare me fut adjugée, livrée dans un bel écrin Chaumet avec des initiales. Je me suis dit que je n’allais peut-être pas la démonter tout de suite, dit-il en riant. J’ai écrit à Madame Béatrice de Plinval, directrice du patrimoine de la Maison Chaumet, pour lui annoncer que j’avais pu acquérir cette tiare. Cette tiare est depuis devenue une des pièces maîtresses de leur collection patrimoniale.

Aujourd’hui les tiares suscitent un véritable engouement. En témoigne cette vente du 10 juin 2020 au Dorotheum toujours, d’un diadème Cartier en aigues-marines et diamants montés sur platine. Caractéristique du style Art déco, il avait été créé vers 1930-35 à Londres du temps de Jacques Cartier. Estimé entre 34.000 € et 70.000 €, il s'est vendu 582 800 euros (soit plus de dix-sept fois son estimation basse !).

 

Vous possédez également des objets précieux dans la collection. En est-il que vous souhaiteriez présenter ?

Étui à cigarettes Joseph Marchak, circa 1910. 10,5 x 5,5 cm. En or jaune 14 carats, incrusté de diamants taille rose, il s’ouvre grâce à un délicat poussoir serti de diamants sur un compartiment à cigarettes et en face sur un miroir. Y sont insculpés le poinçon russe de Kiev après 1908 et le poinçon de fabricant de Josef Marchak. Cet étui est accompagné d’un boîtier de conception similaire en modèle réduit pour les allumettes. 
Crédit photo Katharina Faerber

Cet étui à cigarettes rectangulaire aux coins arrondis représente un paysage d'hiver autour du visage fantomatique de Ded Moroz, le « Grand Père du gel » ou Père Noël Russe. « Je ne fume pas, dit Thomas Faerber, mais l’élégance de cet ensemble m’a séduit ».

L’étui à cigarettes, et celui à allumettes, illustrent tous deux la technique du samorodok, mot russe signifiant « pépite » ou « métal vierge ». À la fin du XIXème siècle, cette technique était utilisée par les orfèvres russes et notamment par Fabergé qui l’appliquait à la création d'objets précieux. Obtenue en chauffant l'argent ou l’or à une température proche du point de fusion, puis en le refroidissant brusquement dans l'eau, le samorodok produit un effet texturé sur la surface de l’objet, qui suggère les chemins enneigés des forêts suisses, des jeux de sable dans le désert, la surface lunaire... Libre à chacun de laisser cours à son imagination ! Cette technique étant néanmoins très difficile à maîtriser, le samorodok est rare.

 

Un musée Faerber à Genève ?

Je crois que la collection doit rester dans l’entreprise familiale. J’ai la chance d’être entouré de deux enfants et de cinq petits-enfants ; ma fille Ida Faerber est très attachée au patrimoine, elle sera la gardienne du temple.

 

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Visuel de "une" : Bague Joël Arthur Rosenthal ayant appartenu à Marie-Hélène de Rothschild (1927-1996).
Acquise récemment lors de la vente Pierre Bergé & Associés du Mardi 15 décembre 2020, Lot 100. Cette bague en or jaune 18K (750) est ornée d’un diamant de forme troïdia pesant 6,31 carats. L’anneau est revêtu d’une mosaïque de géode d’agate parsemée d'éclats de diamants. Travail des années 1980. Signée JAR.
Crédit photo Katharina Faerber

 

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Informations pratiques

Thomas Faerber SA

29, rue du Rhône

1204 Genève

Switzerland

Tel: +41 22 318 66 33

geneva@faerber-collection.com

 

Gourdji

1 rue de Châteaudun

75009 Paris

France

Tel: +33 1 48 78 84 65

gourdji@faerber-collection.com

 

Faerber Inc.

589 Fifth Avenue, Suite 1103

New York, NY 10017

U.S.A.

Tel: +1 212 752 42 00

ny@faerber-collection.com

 

Faerber-Collection (HK) Limited

1503 15/F, 9 Queens Rd.

Central – Hong Kong

Hong Kong

Tel: +852 2520 2521

hk@faerber-collection.com

 

Gem Genève

Geneva International Gem & Jewellery Show

Palexpo Genève Halle 7

Route Francois-Peyrot 30

1218 – Le Grand-Saconnex

Genève. Suisse

 

 

 

 


The mystery of the Cartier-Linzeler-Marchak box

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by Olivier Bachet

 

This article was born from a purchase. One day, my Partner came back from the USA with a beautiful object in his pocket: A gold Cartier cigarette case adorned on both sides with extraordinary Persian hunting scenes, probably inspired by a page of a Persian manuscript, and made in delicate mother-of-pearl and hardstone inlays by Wladimir Makowsky, the master of jewelry marquetry of the Art Deco period.

This box was signed “Cartier Paris Londres New York”, but it also bore a mysterious mention: "incrustations de Linzeler Marchak" (inlays by Linzeler Marchak). It was curious, to say the least, to find a double signature on an Art Deco box.

To my knowledge, Cartier and Linzeler-Marchak did not work together. Another enigma was then added to the first. I knew the jeweler Linzeler more for goldsmith's pieces rather than for jewelry and Marchak more for his post-war creations and, in particular, his big "cocktail" rings rather than his Art Deco creations, but I had only very rarely seen the association of the two names on a pièce. And suddenly, I remembered that most of the silver pieces made by Cartier in the 1930s bore the maker’s mark of Robert Linzeler. There were a lot of such pieces, because if, for the common people, Cartier is a jeweler above everything else, a very important part of the sales during the Art Deco period was represented by silverware, in particular, table silver, household silver, centerpieces, torches, etc... At the time, I was doing research for the book I was writing with Alain Cartier, Cartier : Exceptional Objects. It was therefore time to put a little order in all this to see more clearly and to understand the relationship between three famous names in Parisian jewelry: Linzeler, Marchak, and Cartier.

Cigarette case, Cartier, Linzeler-Marchak, c. 1925 (front).
Gold, lapis-lazuli, enamel, mother-of-pearl marquetry.
Signed Cartier Paris Londres New York.
Incrustations de Linzeler-Marchak.
L: 8.7 cm; W: 5.4 cm; H: 1.3 cm.
Private collection.
Cigarette case, Cartier, Linzeler-Marchak, c. 1925 (back)

Detail of the marquetry panel portraying scenes of falconry

 

Robert Linzeler was born on March 9, 1872. He descended from a dynasty of jewelers-goldsmiths who had been settled in Paris since 1833. In 1897 he moved to 68 rue de Turbigo, when he bought the workshop of Louis Leroy. By the same occasion, he registered his hallmark of master goldsmith on April 14, 1897. It consisted of the two letters R and L surmounted by a royal crown. As tradition among the French jewelers, this hallmark takes the symbol of the hallmark of its predecessor, i.e. a royal crown. One could believe considering the name of Leroy ("the king" in French) that this symbol was chosen by the latter because in general the symbols were chosen according to puns referring to the patronymic of the manufacturer, but in reality, this symbol was that of Leroy's predecessor, Jules Piault, a goldsmith who specialized in the manufacture of knives whose workshop in the rue de Turbigo had been bought by Leroy in 1886.

 

Business card of Robert Linzeler.
The mention « succr. » after the name is the abreviation of the word « successeur » (successor).
Another amusing detail, he specifies under his address "near Saint Augustin", that is to say near the church of Saint Augustin. At a time without GPS, this allows customers to immediately locate the street and above all to show that the workshops are located in a chic neighborhood, contrary to the tradition of Parisian jewelry and goldsmith workshops which, historically, are located in the Marais district, now one of the most expensive areas of Paris but at the beginning of the twentieth century, very popular, which was the case of Linzeler when he moved in 1897 rue de Turbigo.

 

Business was flourishing because in April 1903, Robert Linzeler left rue de Turbigo and acquired a 480 mmansion located on rue d'Argenson in the luxurious 8th arrondissement of Paris to set up both his workshop and a showroom to receive private customers.

Façade of the mansion of the rue d'Argenson

 

This period before the First World War was a fertile one.

The genius Paul Iribe, who also had Cartier as a client and for whom he made silverware, designed jewelry for Linzeler, as Hans Nadelhoffer points out in his book, Cartier Jewelry Extraordinary. He was, therefore, as often was at the time, both a manufacturer for others and a retailer for himself.

After the Great War in December 1919, the company was renamed ROBERT LINZELER-ARGENSON S.A. This change of name was accompanied by the installation of a magnificent store decorated by Robert Linzeler's friends, Süe and Mare, who were known for their Art Deco decoration. Unfortunately, business was poor. It should not be forgotten that the aftermath of war is a period of crisis that makes business difficult.

This is when the Marchak brothers step in.

 

Aigrette
Platine, diamonds, sapphires, pearls and emerald designed by Paul Iribe for Robert Linzeler, circa 1911.
H. 3 5/8 in. (9 cm)
W. 2 1/4 in. (5.6 cm)
D. 5/8 in. (1.5 cm)
Private Collection

 

The front of Robert Linzeler's store located 4 rue de la Paix, across from Cartier. The decoration is by Süe et Mare.

 

Desk set, Cartier-Paris, c.1935
Silver, portor marble. Signed Cartier. Boar's head French hallmark for silver. L: 35 cm; W: 11 cm (tray set). L: 25 cm (paperknife). L: 13.5 cm; W: 6 cm (ink pad). L: 4.5 cm; H: 6 cm (match pot).
Maker: Linzeler. Private collection.
This desk set is made in black Portor marble with yellow veins. It is identical to the marble chosen by the marble stonemason Houdot to decorate the front of the boutique on rue de la Paix in 1899. Used to decorate all of Cartier's boutiques throughout the world, this marble is often associated with Cartier.

 

The brothers Salomon and Alexandre Marchak, born in Kiev in 1884 and 1892, respectively, were the sons of Joseph Marchak, nicknamed the "Cartier of Kiev".

He was a jeweler and goldsmith whose high-quality production made the reputation of the company. In 1922, the Marchak brothers entered the capital of Robert Linzeler, and the company became LINZELER-MARCHAK. They signed the pieces accordingly, and it was still under this name that they received a Grand Prix at the 1925 Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes. The company LINZELER-MARCHAK was changed to the A. MARCHAK (Société Française de joaillerie et d’orfèvrerie A. Marchak) in December 1927.

This period corresponds, I think, to the intervention of Cartier in the Linzeler case but only for the part regarding the mansion of the rue d’Argenson, because, let's not forget, Linzeler owned this mansion and the store at 4 rue de la Paix. I do not know whether Cartier had entered Linzeler's capital at the end of the 1920's, but this hypothesis is probable since in 1932, René Révillon, Louis Cartier's son-in-law, proposed to increase the company's capital and give part of it in shares to Robert Linzeler in exchange for the sale of the business and the private mansion on rue d'Argenson. The remaining shares were bought by Cartier-Paris and especially by Cartier-New York, which became the majority shareholder. This date also corresponds to the end of the association between Robert Linzeler and the Marchak brothers. It seems, therefore, that at this date, Cartier took total possession of rue d'Argenson and the Marchak brothers of the store on rue de la Paix.

 

Business car of Linzeler-Marchak, circa 1925

 

The Linzeler-Marchak company was definitively dissolved on June 10, 1936. Finally, Robert Linzeler died on January 25, 1941.

Thus, from 1932 onwards, the Robert Linzeler workshop at 9 rue d'Argenson produced many silver pieces for Cartier, its new owner.

The workshop became, in a way, the workshop of the House specializing in the manufacture of silverware, especially for Cartier-New York, the owner of most of the company's capital. This explains why many pieces bear the hallmark of Robert Linzeler, not in a lozenge shape, but in a shell shape, meaning that the piece is only intended for export as is the case on this extraordinary pair of gold, silver, lacquer and glass Cartier candelabra that I was lucky enough to buy. These are now in the Lee Siegelson collection in New York. It is worth noting that it was in this vast mansion that Cartier would install the Ploujavy workshop in the 1930s, another manufacturing workshop specialized in the making of silver and lacquer objects such as cigarette boxes and vanity cases.

Pair of Art Deco candelabra, Cartier-Paris for New York stock, circa 1932. Silver, gold, glass and lacquer. Each candelabra is composed of two candle cups surmounting stepped forms of concentric circles connected
by silver arms to a central post of black lacquer and cut glass topped by a red-lacquer sugarloaf imitating coral, the base of silver with decorative channels enhancing the curved form; mounted in sterling silver, with assay marks
Signed Cartier, Made in France, stamped RL for Robert Linzeler
Each: 9 × 2 1/2 × 9 3/4 inches. Siegelson, New York.

 

Cartier showcases at the French exhibition at the Grand Central Palace in New York in 1924.
With the exception of the clocks on the upper shelf, this showcase is a good example of the importance of silverware in Cartier's success, which is now almost completely forgotten.

 

Robert Linzeler's hallmark was definitively crossed out in 1949. On July 23rd of that year, the LINZELER-ARGENSON company became the CARDEL company by contraction of the names Cartier and Claudel. This was in reference to Marion, the only daughter of Pierre Cartier, the owner of Cartier-New York. She was born Cartier and became Claudel following her marriage to Pierre Claudel (son of the writer Paul Claudel). Linzeler's crown was preserved as the symbol on the new maker’s mark.

 

Finally, to answer the first riddle, why is there a “Linzeler-Marchak” signature on a Cartier cigarette case?

Cigarette case, Cartier, Linzeler-Marchak, c. 1925 (side).
Gold, lapis-lazuli, enamel, mother-of-pearl marquetry.
Signed Cartier Paris Londres New York.
Incrustations de Linzeler-Marchak.
L: 8.7 cm; W: 5.4 cm; H: 1.3 cm.
Private collection.

I see only one hypothesis: The box was born Cartier. With its frieze of geometric motifs engraved on the edges without enamel, its thumbpiece, and its hardstone corners, it belonged to the series of “Chinese” cases. They were relatively little elaborate cases whose two faces were probably decorated with burgauté lacquer in the image of another specimen of 1930. Was the box damaged, or did the customer want a box with a more elaborate decoration, the mystery remains.

However, it passed around 1925, under unknown circumstances, into the hands of Linzeler-Marchak, located at 4 rue de la Paix opposite the Cartier store. It was then transformed by adding an enameled surround and two magnificent Makowsky miniatures and was signed with the mention “incrustations de Linzerler-Marchak” (Inlays by Linzeler-Marchak), but the Cartier signature was not removed.

Cigarette case, Cartier-Paris, 1926
Gold, burgauté lacquer, coral, enamel, platinum, rose-cut diamonds. Tortoiseshell backed lid.
Signed Cartier Paris Londres New York.
Eagle's head French hallmark for gold. Maker’s mark: Renault L: 8.3 cm; W: 5.5 cm; H: 1.4 cm.
Private collection.

 

The history of this case clearly illustrates the complexity of the relationship between Parisian jewellers and goldsmiths in the first third of the 20thcentury, where, in certain circumstances, people did not hesitate to buy back objects of competitors, add their own signature, and sell the items on their own behalf.

 

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Maker’s marks

 

LINZELER, Robert
Speciality : Silversmith, jeweler
Maker’s mark : Symbol : A crown
Maker’s mark : Letters : R.L
Address : 68 rue de Turbigo, then 9 rue d’Argenson and 4 rue de la Paix, Paris
Registration date : 14/04/1897
Deregistartion date : 1949
Maker’s mark of Robert Linzeler stamped on the pieces intended for export. the number 950 means that there are 950 parts of pure silver in weight for 1000 parts of alloy.
PIAULT, Jules
Speciality : Silversmith
Maker’s mark : Symbol : A crown
Maker’s mark : Letters : J.L
Address : 68 rue de Turbigo, Paris
Registration date : 1856
Deregistartion date : 1887
LEROY, Louis et Cie
Speciality : Silversmith
Maker’s mark : Symbol : A crown
Maker’s mark : Letters : L et Cie (the distribution of the letters in the punch is hypothetical)
Address : 68 rue de Turbigo
Registration date : 15/11/1886
Deregistartion date : 04/05/1897
PLOUJAVY, Auguste
Speciality : Silversmith, jeweler
Maker’s mark : Symbol : Two crosses lines
Maker’s mark : Letters : P.L.J.V
Address : 66 rue de de La Rochefoucault, then 9 rue d’Argenson, Paris
Registration date : 08/08/1929
Deregistartion date : ?
CARDEL
Speciality : Silversmith
Maker’s mark : Symbol : A crown
Maker’s mark : Letters : S.A.C.A
Address : 9 rue d’Argenson, Paris
Registration date : 19/09/1949
Deregistartion date : ?

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Bibliography 

O. BACHET, A. CARTIER, Cartier, Exceptional Objects, Palais Royal 2019.

M. DE CERVAL, Marchak, éditions du Regard, Paris, 2006.

Articles on Marchak and Linzeler in J. J. RICHARD, BIJOUX ET PIERRES PRECIEUSES, Blog, August 2017, February 2018

 

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This article was written by Olivier Bachet for the International Antique Jewelers Association (IAJA), a consortium of antique and period jewelers around the globe. It is published on Property of a Lady with the kind permission of the author and the IAJA.