Toutankhamon, le Trésor du pharaon. Les gemmes sacrées.

[section_title title= »Cornaline et jaspe rouge : fureur et protection divines »]

Symboliquement, dans la pensée égyptienne antique, la couleur rouge signifiait la colère, l’agression et d’un autre côté, la défense et la protection. Deux pierres rouges en particulier se partageaient la préférence parmi les contemporains de Toutankhamon : la cornaline et le jaspe.

Pectoral dit du soleil levant avec scarabée et babouins juchés sur une barque solaire flottant sur le Nil et positionnés sous un ciel étoilé. Or, argent, lapis-lazuli, turquoise, faïence et calcite. Au centre le scarabée en lapis-lazuli pousse avec ses pattes le disque solaire à son lever (cabochon de cornaline). Le scarabée est flanqué de deux babouins dont le museau est en cornaline et qui représentent le dieu Thot « le seigneur du temps ». Les babouins ont pour habitude de pousser des grands cris d’affirmation territoriale au lever du jour ce qui leur valut d’être associés à la renaissance solaire. GEM 136

La cornaline

La cornaline est une calcédoine contenant des oxydes de fer qui, selon leur teneur, donnent à la pierre une couleur rouge-orangé à rouge-brun. Elle était rapportée par les mineurs du désert oriental égyptien et de Nubie.

Photo Erik Gonthier

Quel rôle jouait la cornaline dans l’Egypte ancienne ?

La cornaline était associée à la manifestation de la colère, de la fureur voire à la violence. On la voit souvent enfilée sous forme de perles ou bien taillée en plaquettes pour figurer les yeux des divinités. Sa matière, translucide à opaque, évoque également la flamme et la chaleur.

Boucle d’oreille incrustée en or vernissé rouge arborant la figurine de Toutankhamon en cornaline entre deux uraeus (cobras dressés liés à la déesse cobra Ouadjet). Les serpents vivaient dans les marais de Basse-Egypte, monde protégé et symbolisé par la déesse Ouadjet. Or, argent, calcite, cornaline, quartz, pâte de verre. GEM 486 @ Grand Musée Egyptien

Jouant de l’ambivalence, la pensée égyptienne antique attribuait à la cornaline une vertu de protection contre les agressions extérieures, voire symbolisait la défense contre les dangers que le défunt encourait avant de parvenir dans l’au-delà.

Le jaspe rouge 

Comme la calcédoine, les Egyptiens de l’Antiquité accordaient au jaspe (quartz microcristallin) une importance majeure à la fois pour ses couleurs et pour sa texture.

Jaspe © Patrick Lafaite – MNHN
Cette extraordinaire tête de pharaon (Cat.3) fut présentée au Château de Fontainebleau à l’automne 2018 dans le cadre de l’exposition « Rois du monde ». Légèrement postérieure au règne de Toutankhamon, elle illustre merveilleusement la primauté du jaspe dans l’Egypte ancienne. Égypte, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, 1473-1290 av. J.-C. Jaspe rouge. H. 9,6 cm ; L. 6,1 cm ; diam. 7,5 cm. BELD527. Localisation : Doha, Collection Al Thani. Photo ©The Al Thani Collection. 2018. All rights reserved. Photographs taken by Todd White Art Photography

« Il s’agit d’un minéral que l’on trouve, de façon presque obligatoire pour la confection de certains bijoux liturgiques, car il constitue la protection par excellence, avec l’argent, le lapis-lazuli, la turquoise. On l’emploie pour signaler l’aspect dangereux ou coléreux d’une divinité et l’on peut dire avec certitude que son nom est toujours employé avec un grand discernement, son aspect, voire le mot qui le désigne étant générateurs de violence, du moins invitant les agresseurs à la méfiance », écrivait Sydney Aufrère.

Dans l’usage funéraire, le jaspe était assimilé au sang d’Isis. Howard Carter a retrouvé, déposée à hauteur du cou de Toutankhamon, une amulette en faïence rouge – à défaut de jaspe – représentant le noeud d’Isis dit « Tit ». Traditionnellement, expliquait l’expert en archéologie Christophe Kunicki dans le cadre d’une vente « Antiquités » chez PB&A en 2015, « cette amulette devait être suspendue au cou de la momie avec un fil en fibre de sycomore, arbre lié au dieu Osiris. Le but était d’inciter la déesse Isis et son fils Horus à protéger le corps en faisant appel à la fidélité de la déesse et à la fureur filiale et vengeresse de son fils ».

On lit du reste dans le Livre des morts :

« Tu as ton sang, Isis. Tu as ton pouvoir magique, Isis. Tu as ta magie. L’amulette qui est la protection du grand dieu, qui réprime celui qui lui cause du tort » (Extrait du chapitre 156)”.