Toutankhamon, le Trésor du pharaon. Les gemmes sacrées.

[section_title title= »La turquoise, une promesse de naissance éternelle »]

« Pour bien comprendre la turquoise, ainsi que de nombreux minéraux précieux, il faut se replonger dans la mentalité d’un monde ignorant la lumière artificielle et dont la vision du ciel n’était troublée par aucun autre phénomène, de sorte que les spectacles de l’aube et du coucher du soleil prenaient leur véritable dimension, celle d’une féerie à laquelle était associé tout un monde poétique constitué de nombreuses métaphores qu’il n’était nul besoin d’expliciter ». L’univers minéral dans la pensée égyptienne, Vème partie, chapitre 17. Sydney Aufrère (1991).

La turquoise : une pierre délicate

 

Bracelet en or décoré d’un fragment de « pierre verte »; il s’agit plus précisément d’une turquoise « morte » dont la couleur s’est estompée. Ce bracelet-manchette illustre la très grande virtuosité du travail d’orfèvrerie à l’époque de Toutankhamon. Pour la première fois visible hors d’Egypte. GEM 16356.

La turquoise est un phosphate hydraté de cuivre et d’aluminum de couleur bleu ciel, bleu-vert à vert selon les teneurs en cuivre et en fer qu’elle contient. C’est une pierre opaque relativement fragile, poreuse, dont la couleur est instable et s’altère. Très peu d’artefacts ornés de turquoise de la période du Nouvel Empire nous sont parvenus intacts.

La turquoise est historiquement associée à l’Egypte ancienne, pourquoi ?

photo Erik Gonthier

Les sources de turquoise de l’Antiquité égyptienne, explique Erik Gonthier, se trouvaient dans le sud-ouest du Sinaï. Les deux mines les plus renommées étaient Wadi Maghara/ Ouâdî Maghârah et Serabit el-Khadim/Serâbît el-Khâdem où un temple avait été élevé à la déesse Hathor surnommée « la dame des turquoises » et protectrice des mineurs.

L’autre source majeure de turquoise durant l’Antiquité était située en Iran (dans le centre et le nord-est).

L’association des métaux or- argent trouvent son pendant avec le lapis-lazuli et la turquoise qui forment un couple de minéraux indissociables dans la pensée des Egyptiens du temps des pyramides.

Quelle était la symbolique attribuée à la turquoise ?

Pectoral incrusté d’or et de gemmes avec scarabée en lapis-lazuli. Or, argent, lapis-lazuli, turquoise, cornaline, amazonite, calcite. GEM 159 © Andreas F. Voegelin, Antikenmuseum Basel and Sammlung Ludwig

L’une des principales préoccupations de la civilisation antique égyptienne, rappelle Sydney Aufrère, était le retour cyclique de la lumière, garant de toute forme de vie sur Terre : « De nombreuses formes de lumière ont été ainsi associées à la pâle lueur de la turquoise exprimant la sérénité, le repos et la naissance ». La couleur bleu ciel de la turquoise « passe pour un symbole d’espoir et de renouveau, dans la mesure où elle rappelle la lueur de la pleine lune ou les prémisses du jour, avec son cortège de significations ».

La turquoise matérialise ce passage de la nuit vers le jour, lorsque le coucher de la lune laisse place au lever du soleil et à ses premiers rayons sur l’horizon, elle caractérise de façon métaphorique « la gestation » sur le point d’aboutir, et donc, d’un point de vue spirituel, la renaissance.

Contrepoids arrière du pectoral ci-dessus. « c’est sous l’aspect d’une femme ailée, aux chairs bleues turquoises simulées par une pâte de verre de cette couleur, que la déesse Nout (déesse du ciel, mère de tous les astres) protège le défunt en même temps qu’elle le met au monde ». S. Aufrère. Photo Kenneth Garrett @ Nat geo image collection

Par sa couleur à vertu prophylactique, la turquoise est corrélée à la naissance en Egypte : sous le Nouvel Empire, la turquoise symbolisait déjà la procréation, la gestation et la maternité. Aujourd’hui encore, les nouveaux-nés égyptiens se voient parés par leurs proches d’une amulette de turquoise.

Turquoise ou « bleu turquoise »?

Lorsqu’une pierre faisait défaut, les artisans égyptiens n’hésitaient pas à lui substituer un matériau de couleur similaire puisque « la couleur d’un minéral représente le minéral lui-même et est censée produire les mêmes effets ». La faïence constituait un très judicieux substitut artificiel pour la turquoise du Sinaï.

Pectoral de Toutankhamon en forme d’oeil oudjat ou oeil d’Horus, avec chaîne en or jaune parfois teinté en rouge et faïence égyptienne. Cette pièce présentée à la Grande Halle de la Villette sort pour la première fois d’Egypte. GEM 493 @ Grand Musée Egyptien

Du bleu au vert, de la vie céleste à la vie végétale : une métaphore filée

Scarabée ailé de couleur verte en amphibolite (E. Gonthier) provenant de la tombe de KV62. Nouvel Empire, XVIIIème dynastie, règne de Toutankhamon, ca. 1332-1323 av. Vallée des rois, Thèbes Ouest. Photo Sandro Vannini @ Grand Musée Egyptien
Un exemplaire tout à fait similaire à celui-ci-dessus est présenté à Paris : il s’agit d’un pectoral incrusté d’or en forme de Naos incluant un scarabée ailé en amazonite. GEM 10749.

Des pierres dures vertes étaient également employées par les anciens Egyptiens : amazonite, jaspe vert, chrysocolle, malachite, calcédoine.  Principalement sculptées en amulettes, elles étaient destinées à assurer au défunt « une perpétuelle verdeur à l’instar des plantes auxquelles elles empruntent leur couleur » (S. Aufrère). Dans l’ensemble, les pierres vertes symbolisaient la fertilité, la renaissance de la végétation liée à la crue du Nil, le renouveau de la vie et par delà, la régénération de l’être.

La malachite avait une symbolique proche, sinon identique, à celle de la turquoise mais venait après cette dernière en hiérarchie sous le Nouvel Empire. Elle n’est d’ailleurs pas représentée dans l’exposition de la Villette. Pourtant, ce carbonate de cuivre, fait remarquer Erik Gonthier, était exploité au même endroit que la turquoise : dans le Sinaï, à l’est de l’Egypte.

L’exposition présente, pour la première fois visible hors d’Egypte, une très belle bague en calcédoine verte gravée à double cerclage.