Toutankhamon, le Trésor du pharaon. Les gemmes sacrées.

[section_title title= »Le lapis-lazuli, pierre d’éternité »]

Bracelet d’enfant de Toutankhamon. Monture en or jaune sertie d’un important scarabée en lapis-lazuli, de pierres dures et de pâte de verre. Ce bracelet ne figure pas dans l’exposition parisienne @ Grand Musée Egyptien

L’exposition parisienne présente de très nombreux éléments réalisés en lapis-lazuli. La plupart des objets sculptés dans cette gemme bleu outremer sont des scarabées que nous retrouvons sur des pectoraux mais aussi sur des bracelets, dont deux particulièrement remarquables. L’un en or, amazonite, cornaline et verre porte trois scarabées en lapis-lazuli et les cartouches de Toutankhamon (GEM 157). Le second est un bracelet souple dont le motif central est un anneau d’or finement ciselé orné en son centre d’un important cabochon de lapis-lazuli (GEM 19988). L’exposition présente également une importante bague à double cerclage sculptée dans du lapis-lazuli (GEM 156). Ces trois dernières pièces sont présentées pour la première fois hors d’Egypte (je ne dispose pas de visuels de qualité pour ces trois bijoux, il vous faudra les découvrir sur place).

D’où provenaient les importantes quantité de lapis-lazuli retrouvées dans les artefacts du tombeau de Toutankhamon?

Il n’y avait pas de gisements de lapis-lazuli en Egypte, explique Erik Gonthier. Aussi, cette gemme bleue avec laquelle furent réalisés tant de bijoux et d’objets sacrés, provenait du Nord-est de l’Afghanistan. Elle était importée par des marchands de l’Euphrate. Le lapis-lazuli était extrêmement recherchée sous le Nouvel Empire et les anciens Egyptiens la négociaient littéralement à prix d’or!

Le lapis-lazuli est-il une gemme ou une roche?

Le lapis-lazuli est une roche bleu foncé composée principalement de lazurite, sodalite, calcite, l’haüyne etc… et que l’on retrouve parfois pailletée de particules métalliques de pyrite. Dans sa plus belle variété précise Erik Gonthier, le lapis-lazuli – à l’instar de la turquoise-  est considéré comme une pierre précieuse ornementale.

Quelle était sa symbolique dans l’Egypte pharaonique?

Par sa couleur et ses inclusions de pyrite, le lapis-lazuli est traditionnellement associé à la nuit, au ciel étoilé ou à la voûte céleste. Les anciens Egyptiens l’associaient aussi à l’eau primordiale, et, fait plus étonnant, à la chevelure des dieux.

Trône d’or du pharaon… que vous ne verrez qu’en Egypte! Feuille d’or, bois, argent, verre, faïence, cornaline, calcite, pâte rouge. Hauteur 104 cm, Largeur 53 cm, Profondeur 59 cm. Carter 91. Photographie par Sando Vannini © Laboratoriorosso s.r
Détail de la coiffe couleur lapis-lazuli de Toutankhamon et de son épouse Ânkhésenamon, troisième fille – sur les six – du couple Akhenaton et Néfertiti. Toutankhamon avait épousé Ânkhésenamon à la mort d’Akhénaton, elle avait 13 ans et son frère-époux, 10. Quand le pharaon décède à 19 ans, le couple n’a pas d’enfants vivants. Dans la tombe de Toutankhamon, furent retrouvés momifiés deux foetus féminins, enfants du couple.

« Le lapis-lazuli auquel sa couleur de ciel nocturne semble avoir valu une puissance de régénération céleste, puisque le soleil renaît de la nuit sombre, était la substance dont la chevelure des dieux était faite. Aussi les mortels aimaient-ils cette pierre génératrice d’éternité ». François Daumas, la vie dans l’ancienne Egypte, 1968.

Bracelet souple de perles oblongues et multicolores, fermoir scarabée en lapis lazuli, provenant de la tombe de Toutankhamon (KV62). Cette pièce ne figure pas dans l’exposition parisienne @ Grand Musée Egyptien

Dans son usage funéraire, le lapis-lazuli évoquait un être divin, ou en passe de le devenir (cf. S.Aufrère) et faisait allusion à la régénération des dieux cosmiques. Dans l’Egypte antique, couleurs et formes se répondent, amplifiant l’une l’autre leurs vertus prophylactiques, c’est pourquoi le scarabée, animal associé au dieu-soleil de l’aube et symbole de renaissance, est figuré le plus souvent en lapis-lazuli.

Pectoral de Toutankhamon cumulant les symboles de la vie éternelle. Photo Kenneth Garrett @ Nat geo image collection

Et plus rarement en quartz- améthyste translucide.

Bracelet avec perles d’or, lapis-lazuli et cornaline avec un fermoir représentant un scarabée en quartz-améthyste. GEM 490

Lapis-lazuli ou « bleu lapis-lazuli » ?

La demande en lapis-lazuli était si forte dans l’Egypte antique, qu’à partir du Nouvel Empire apparaissent des imitations de la pierre, notamment en pâte de verre bleue.

Crosse héqa de Toutankhamon en feuille d’or, verre et bronze. Cette crosse, ainsi qu’une autre à taille d’enfant, sont les deux seuls exemplaires jamais découverts. GEM 31975. Photographie par Sandro Vannini © Laboratoriorosso, Viterbo/Italy

 

La faïence et la stéatite émaillée ont été également utilisées pour compléter la palette chromatique des bleu foncé, bleu clair et du rouge sous l’Egypte des pharaons. L’essentiel était d’imprégner les objets d’une couleur symbolique.

Boucles d’oreilles en forme de collier ousekh incrustées d’or avec une tête de canard en pâte de verre bleue. Une pièce seulement de la paire est présentée dans l’exposition. Le canard, évoquant ici un faucon, représente Horus qui tient le symbole d’éternité Chen. Le pharaon était l’incarnation terrestre d’Horus, fils d’Osiris. Or, quartz, calcite, faïence égyptienne, pâte de verre. GEM 485-A. @ Grand Musée Egyptien