Buccellati : l’étoffe des bijoux

Art de la joaillerie et art des étoffes dialoguent depuis des siècles. Que l’étoffe soit faite pour le quotidien ou pour les grands moments de l’existence, le bijou en sera toujours le complément indispensable. De même, il n’est pas de bijou dont la beauté ne soit relevée par la qualité, la couleur, la texture d’une étoffe.

Mais ce dialogue va plus loin. La technique joaillière et la technique textile présentent des points communs parfois méconnus. Le détail du geste, la précision du motif, la sublimation de la matière sont des traits partagés. Cette proximité plonge ses racines dans l’histoire : les grandes cités joaillières, notamment d’orfèvrerie, furent toujours aussi de grandes cités textiles – qu’on songe à Anvers, Florence, Venise, Milan… ou Paris.

Pour ce premier article de l’année, j’ai confié à deux artistes le soin de mettre en valeur ce dialogue entre bijoux et étoffes. Pour cela, j’ai retenu les bijoux de la maison Buccellati. Pourquoi ? Parce que le savoir-faire Buccellati est ancré dans la grande tradition italienne issue des Romains et magnifiée à la Renaissance : les techniques de la maison Buccellati ont perpétué une proximité avec l’art textile issue de cette longue tradition. La beauté des créations Buccellati peut ainsi s’apparier aux créations des grandes maisons de tissu.

Sarah Prier, styliste et designer, a accepté de choisir les étoffes correspondant le mieux aux bijoux choisis. Olivier Braive a prêté son œil et son talent de photographe pour rendre sensible ce dialogue des matières et des formes.

[section_title title= »Orfèvrerie : trois techniques caractéristiques de Buccellati »]

Une fois n’est pas coutume, les pierres précieuses ne seront pas le sujet central de cet article. En effet, ce qui retient surtout l’attention dans les bijoux Buccellati, c’est leur lien étroit avec la tradition de l’orfèvrerie italienne.

Ils perpétuent l’habileté technique des artisans romains du Ier siècle avant Jésus-Christ jusqu’au premier siècle après Jésus-Christ, dont le savoir-faire impressionnant a par exemple été révélé par les pièces retrouvées à Boscoreale, près de Pompéi, et dont la maison Buccellati a édité de très belles copies. Ils réinterprètent aussi les concepts artistiques et techniques de la Renaissance italienne. Ces techniques d’orfèvrerie présentent une grande proximité avec les techniques textiles, au point d’emprunter à l’art des tissus leur dénomination. Voici trois de ces techniques caractéristiques.

La technique dite de « rigato » (« striée ») consiste en une multitude de fines lignes parallèles, qui sont gravées au burin sur la surface du métal par un maître-orfèvre. L’or ainsi travaillé capte et renvoie la lumière. Cette technique, réinventé il y a quarante ans par Gianmaria Buccellati, confère au bijou un aspect très proche de celui de la soie. On parle même d’un bijou « soyeux ».

A cette technique s’ajoute celle dite de l’ « ornato » (« ornée ») qui consiste à réaliser des ornementations à la surface de l’or. Ici des diamants, sertis dans de petites rosaces.

Bracelet manchette en or jaune avec chatons en or blanc sertis de diamants. Collection haute-joaillerie 2016@Buccellati

Une autre technique est définie par Buccellati comme le « style florentin » (Stile fiorentino). Le dessin, inspiré d’un motif naturel de la Renaissance, est obtenu par un minutieux travail d’ajourage et de gravure. cette prouesse artisanale mélange or blanc et or jaune, qui sont gravés et sertis, pour styliser au maximum le motif naturel jusqu’à en faire un motif géométrique. Cette technique n’est pas sans rappeler l’art de la dentelle.

Bracelet deux ors et diamants, collection haute-joaillerie 2016@Buccellati

Enfin, il est une technique d’exécution typique de la maison Buccellati : la ligne « Tulle », référence explicite à la dentellerie.

Pour réaliser ces « nids d’abeilles », les artisans percent à la main de fines feuilles d’or sur lesquelles le motif de dentelle est ensuite tracé. Puis, avec patience et dextérité, ils percent à nouveau jusqu’à obtenir le plus petit et le plus délicat des motifs. Ce travail minutieux demande beaucoup de temps, ce qui explique sa rareté, son prestige… et son prix.

Bracelet en or jaune, or blanc et diamants. collection haute-joaillerie 2016@Buccellati

 

 

[section_title title= »Bijoux et étoffes : regards croisés »]

La rencontre de l’art du bijou et de l’art de l’étoffe n’est pas seulement technique. Elle est visuelle et tactile. Je remercie vivement Sarah Prier et Olivier Braive d’avoir donné corps et couleurs à ce dialogue.

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Bague « Tulle Broccato » en or blanc et diamants. 

Tissu Rubelli Venezia

Matisse Calce » –  69116-01

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Bague « Eternelle Rombi » deux ors et diamants


Tissu S&W brodé « Onagre »
Broderie entièrement réalisée à la main, fil de coton et fil d’or

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Bracelet manchette « Macri » en or rose avec chatons en or blanc sertis de diamants.

Tissu S&W brodé « Héliante »
Broderie entièrement réalisée à la main, fil de coton.

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Boucles d’oreilles pendantes collection « Macri » en or jaune avec chatons en or blanc sertis de diamants


Tissu Rubelli Venezia , « Ermengarda Stagno » – 30025-01

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Bague « Eternelle Macri » en or blanc et jaune avec chatons en or blanc sertis de diamants

Tissu S&W brodé « Viola »
Broderie entièrement réalisée à la main, fil de coton et cannetille d’or

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Boucles d’oreilles pendantes en or jaune et en or blanc serties de diamants

Tissu Rubelli Venezia, « Effie Gray » – 30133-03

[section_title title= »Ont contribué à cet article… »]

Sarah Prier
Designer textile et styliste

Fondatrice et créatrice de la maison S&W, Sarah Prier a travaillé pendant une dizaine d’années après sa sortie de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris : d’abord pour le Bureau de style Peclers puis pour les maisons Descamps et Bouchara. De la recherche au dessin et à la création textile, des décorations pour des salons aux cahiers de tendance, du style au suivi de production, Sarah Prier a acquis une solide expérience avant de lancer sa propre marque, qui relève de plein droit de l’artisanat de luxe. Ce n’est pas par hasard que Sarah Prier associe volontiers son travail à celui d’un orfèvre : elle veut que ses créations soient pérennes, uniques – et bien sûr signées… au fil d’or

www.s-et-w.com

Olivier Braive
Photographe

Diplômé de l’école EFET en 2000, Olivier Braive est un photographe cherchant dans tous ses sujets le « supplément d’âme ». Son travail personnel le mène dans les quartiers de Paris à la recherche de la photographie saisissant des instants de vie autant que des lieux. Spécialisé dans la photographie de joaillerie, il apporte aux bijoux qu’il capte une présence évocatrice.

www.olivier-braive.fr

Buccellati Boutique
1, Rue de la Paix, 75002 Paris.
téléphone lecteur : 01 42 60 12 12
www.buccellati.com

Bisson Bruneel
Contemporary living
21, Place des Vosges. 75003 Paris
www.bisson-bruneel.com

Rubelli
11/13 rue de l’Abbaye. 75006 Paris
www.rubelli.com

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Mes remerciements à Tamara Vatelot, Laure Bégué et Nathalie Martineau.

Stylisme tissus et photos @ Sarah Prier

Crédits photos @Olivier Braive

Visuel en « une » :

Bague « Eternelle Macri » en or blanc et jaune avec chatons en or blanc sertis de diamants.

Tissu Bisson Bruneel, Wind 00/98.