Influence de l’Inde sur les créations européennes : hier et aujourd’hui

Tout au long de la fin du XIXème siècle et durant les premières décennies du XXème siècle, l’influence de l’Europe sur la joaillerie indienne a été très forte, comme l’attestent les spectaculaires créations occidentales réalisées à l’attention des Maharajahs. Ces commandes ont donné un nouveau souffle à la création européenne. A partir des années 1910, l’exotisme indien devient très à la mode.

Dans ces années-là, les grandes maisons de joaillerie européennes se mettent à leur tour à « interpréter » l’Inde – tout comme l’Inde avait auparavant interprété l’Europe. Les bijoux alors créés reprennent à leur compte les traits décoratifs de la joaillerie indienne traditionnelle : émail, mélange de gemmes multicolores, pierres gravées et superpositions de rang de perles et de pierres montées.

La genèse du goût des Européens pour l’Orient en général et l’Inde en particulier mérite qu’on s’y arrête.

Avers du bracelet ‘Tutti Frutti’ Bracelet, Cartier. 24–28 April 2020 • Sotheby’s • New York

 

 

visuel de « une » : Gem-Set, Diamond and Enamel ‘Tutti Frutti’ Bracelet, Cartier, estimate $600-800,000. Online Auction: 24–28 April 2020 • Sotheby’s • New York. Vendu $1,340,000, ce bracelet détient désormais le record pour un bijou vendu aux enchères en ligne !

 

 

[section_title title= »Le goût oriental à partir de 1910″]

Turban Ornament or Brooch, ca. 1920, modified ca. 1925–35 Platinum, set with sapphire and diamonds; H. 3 in. (7.5 cm) W. 2 3/8 in. (6 cm) The Metropolitan Museum of Art, New York, The Al Thani Collection (MJ.087) http://www.metmuseum.org/Collections/search-the-collections/458840
Ornement de turban. Inde, vers 1920. Modifié vers 1925-1935. Platine, saphirs, diamants. H. 7,5 cm; l. 6cm. Poids du saphir : 109,5ct @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Plusieurs moments-phares jalonnent la naissance en Europe d’un vif intérêt pour ce qui vient de l’Est.

A Paris, à partir de 1909, les Ballets Russes de Serge de Diaghilev connaissent un immense succès. Le public est fasciné, tant par les scènes de danse de Nijinski que par les décors et les costumes réalisés par Léon Bakst, S’ils sont marqués par la culture russe, ces Ballets sont surtout empreints d’un imaginaire oriental très puissant, prenant sa source dans les légendes d’un Orient rêvé. Ce n’est pas la part « occidentale » de la Russie qui s’y manifeste, mais véritablement ce que la Russie doit à l’Orient.

Leon Bakst, projet pour le décor de Shéhérazade,1910 @theredlist.com.

En 1911, le rideau de scène de Shéhérazade, oeuvre du peintre Valentine Serov, ressemble à une miniature persane et dévoile un orient sensuel et coloré où se meuvent des personnages aux costumes chatoyants et couverts de joyaux, évoluant dans un harem éblouissant. La féerie de couleurs qui se dégage du spectacle frappe les esprits artistiques de tout Paris. Cette féerie orientalisante influence profondément les artistes du temps, qui s’intéressent soudainement à la culture orientale, à ses mythes, à ses motifs, à ses couleurs, à ses sonorités.

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Adolph Bolm and Tamara Karsavina in Schéhérazade, no date. Serge Diaghilev/Serge Lifar Collection. http://www.loc.gov/exhibits/ballets-russes/exhibition-items.html#obj10

Le chef de file de la haute-couture de l’avant-guerre, Paul Poiret, est le premier à être envoûté par les Ballets Russes et leur arrière-plan oriental. En ce début de XXe siècle, il a déjà profondément marqué l’évolution de la silhouette féminine en la libérant de l’effroyable corset qu’elle endure depuis plusieurs siècles. Le voici enchanté par l’imaginaire oriental, et imposant aigrettes et pendentifs indo-persans : la mode suit. Les créations indiennes prennent alors une ampleur considérable.

Dans l’univers de la joaillerie, l’influence des Ballets Russes mène à des combinaisons contrastées de couleurs qu’on estime caractéristiques des parures d’Orient. Le vert est associé au bleu, le rouge au le noir, le pourpre au vert vif. Les délicates teintes du style Marie-Antoinette ainsi que le style guirlande jusqu’alors en vogue, sont remplacés comme l’explique Hans Nadelhoffer par « le spectre des combinaisons complémentaires ».

Paul Iribe (1883-1935), connu pour ses multiples talents, dessina en 1910 une broche, exécutée par l’orfèvre Robert Linzeler, qui marqua son temps.
Elle se compose d’une importante émeraude colombienne conservée dans la taille hexagonale propre à son habitus (système de cristallisation). La gemme est gravée sur ces deux faces d’un motif floral asymétrique et daterait de la fin de l’Empire Moghol. Tels des rayons de soleil – ou des plumes de paon très stylisées? – des diamants, perles et saphirs montés sur platine jaillissent de l’émeraude. Cette création d’Iribe rappelle l’aigrette indienne portée sur leur turban par les Maharajahs. L’association des couleurs bleue et verte, inusuelle pour l’époque, s’inspire des « plumes de paon », motif que nous avons déjà aperçu, travaillé sur émail, chez Mellerio-dits-Meller (1867) et Boucheron (1870). Quant aux à-plats géométriques, ou bidimensionnels, ils vont devenir très à la mode quelques années plus tard.Ainsi, tout en mettant à l’honneur l’imaginaire oriental, tant dans ses couleurs que dans ses motifs, Paul Iribe anticipait l’Art Déco de plus d’une décennie!

Aigrette Paul Iribe, réalisation Robert Linzeler. Inde 1850-1900 (émeraude); Paris 1910 (monture). Platine, émeraude, saphirs, diamants et perles. H : 9 cm; l : 5,8 cm; D : 1,5 cm. @The Al Thani Collection 2016. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming Associates Ltd.

Paul Iribe, Raymond Bachollet, Daniel Bordet et Anne-Claude Lelieur, Editions Denoël, 1982

[section_title title= » Cartier : de l’inspiration indienne à l’Art déco « ]

Lorsque Jacques Cartier prend en 1906 la direction de la succursale londonienne de la Maison, il vient de découvrir la culture et l’art des Indes. En 1911, il se rend personnellement en Inde pour y acheter des pierres. Dès cette époque, la maison dispose dans différentes villes de l’Inde d’acheteurs chargés de trouver des gemmes, notamment gravées ou taillées en boule – savoir-faire typiquement indien.

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Broche clip composée d’émeraudes et de diamants, d’émail noir et de platine. L’émeraude hexagonale datée de 1700 pèse 88,03 carats, le cabochon central, daté de 1675-1725, a un poids de 15,65 carats. Cartier, Paris, 1925, modifiée en 1927. @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

A Paris, Cartier verse à son tour dans  l’association du vert et du bleu, qui désormais s’appelle « décor du paon » et s’inspire probablement des bijoux moghols émaillés des XVIIe et XVIIIe siècles que Louis Cartier aimait tant. Ces couleurs dominantes, auxquelles on peut ajouter le mélange noir et rose de l’onyx et du corail (qui lui n’est pas inspiré de l’Inde), deviennent caractéristiques du style Art Déco chez Cartier. Ainsi la relecture de la tradition indienne donne-t-elle le jour à la modernité avancée de l’art européen du bijou.

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Boucle de ceinture composée d’une émeraude centrale de 38,71 carats, de saphirs et diamants montés sur platine. Cartier Paris, 1922. @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

La mode de cette époque prône la verticalité :  les longs pendentifs ou les sautoirs en boules de couleur s’imposent rapidement comme la ligne par excellence de l’Art déco.

 

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Collier de saphirs et d »émeraudes monté sur platine. Cartier

Saphirs et émeraudes gravées sont ici sertis sans qu’une transition vienne atténuer le choc des couleurs. On retrouve un modèle très proche de ce collier en saphirs et émeraudes, daté de 1924, dans les archives de la maison (page 138, Cartier, H.Nadelhoffer). C’est le collier dit du Baron de Rothschild. Ce collier est passé en vente chez Sotheby’s à New-York le 21 avril 2015.

Les pierres précieuses taillées et gravées, avec un souci naturaliste du détail, en forme de feuilles, de fleurs ou de baies donnent naissance au cours des années 1920 dans les ateliers Cartier à des bijoux entièrement composés de fleurs ou de fruits. Ce nouveau style, qui mêle les différentes pierres de couleurs et s’inspire des bijoux perses ou indiens (origines que la maison différencie peu!), deviendra l’un des traits essentiels de l’art joaillier de Cartier. C’est seulement vers 1970, qu’il sera baptisé le style « Tutti frutti ».

FROM THE COLLECTION OF EVELYN H. LAUDER SOLD TO BENEFIT THE BREAST CANCER RESEARCH FOUNDATION An Iconic Platinum, Colored Stone, Diamond and Enamel ‘Tutti Frutti’ Bracelet, Cartier 1928,New York Estimate 750,000 — 1,000,000 USD LOT SOLD. 2,165,000 USD. Vente Sotheby’s « Magnificent Jewels », New-York, 1 décembre 2014.
Détail du bracelet ci-dessus

Créés par Cartier dans l’entre-deux-guerres, ces deux colliers figurant aujourd’hui dans les collections nationales de la « Gem Gallery » de la Smithsonian Institution témoignent de l’influence de la joaillerie traditionnelle indienne sur la création joaillière européenne. Ces colliers sont composés de boules d’émeraude, dont la valeur – à qualité égale –  était alors supérieure à celle du rubis : d’où leur très haute valeur.

Le « Post emerald necklace » 

Catalogue number G5023, the Post emerald necklace. The necklace exhibits 24 baroque-cut emeralds and matching emerald beads set in a platinum and pave diamond necklace designed by Cartier, Inc., in 1928 to 1929. The necklace combines elements of both the Art Deco style and popular Indian influences of the period. The necklace was donated to the Smithsonian Institution National Museum of Natural History by Mrs. Marjorie Merriweather Post in 1964. Image file previously labeled Disc 3 EmrldSaphRuby 004.
Collier « Post emerald necklace » composé de 24 émeraudes de taille baroque surmontées chacune d’une plus petite d’émeraude, serti sur diamants et platine. 95-40473 Post Emerald Necklace, catalog number G5023. Chip Clark, Smithsonian

Créé par Cartier, entre 1928 et 1929, le collier « Post emerald necklace » mélange le style Art Déco et les influences indiennes. Il est typique de la manière de Cartier dans ces années-là. Il a été offert à la « Gem Gallery » par Mme Marjorie Merriweather Post en 1964.

Le « Mackay emerald necklace »

Catalogue number G9775, the Mackay emerald necklace. The Mackay emerald, with a weight of 167.97 carats, was mined in Muzo, Columbia, and is the National Gem Collection's largest cut emerald. The emerald is set in a pendant-style platinum necklace, accented by an additional 35 emeralds and 2,191 diamonds. Designed by Cartier, Inc., in the Art Deco style, the necklace was a wedding present from Clarence Mackay to his wife Anna Case in 1931. Mrs. Anna Case Mackay donated the necklace to the Smithsonian Institution National Museum of Natural History in 1984. Image file previously labeled Disc 3 EmrldSaphRuby 034.
Collier d’émeraudes « Mackay ». 95-40539 Mackay Emerald Necklace. catalog number G9775. Chip Clark, Smithsonian

Sur cet autre collier caractéristique de la conciliation par Cartier des racines indiennes et de l’art moderne, l’émeraude centrale de 167,97 carats provient des mines mythiques de Muzo en Colombie. C’est la plus grande émeraude figurant dans la prestigieuse collection de la « Gem Gallery ». L’émeraude est sertie dans un pendentif en platine auquel s’ajoutent 35 émeraudes et 2191 diamants. Conçu par Cartier dans le style Art Déco, le collier était un cadeau de mariage de Clarence Mackay à sa femme Anna Case en 1931. Madame Anna Case Mackay a fait don du collier à la Smithsonian Institution en 1984.

Le 15 août 1947, l’indépendance de l’Inde est proclamée. L’âge d’or des Maharajahs touche à sa fin. S’ils conservent leurs titres, leurs richesses personnelles et leurs propriétés privés, les princes indiens sont privés de leur pouvoir et bénéficient désormais d’une rente à vie proportionnelle à leur rang (une « privy purse »),  bien inférieure aux impôts que leur payaient leurs sujets. De nombreux Maharajahs mettent alors en vente des bijoux, des pierres, des parures entières. Pour cela, ils  recourent souvent aux joailliers qui avaient créé ces montures.

Le coup de grâce intervient en 1972, lorsque Indira Ganghi décrète la suppression de ces rentes et l’abolition des privilèges royaux. Par surcroît, le gouvernement établit des impôts et met en place des droits de succession de 50% au décès de chaque Maharajah.

Le « Spanish Inquisition necklace », collier qui appartenaiit au Maharajah d’Indore et qui fut racheté à son fils par Harry Winston en 1948, illustre la nouvelle réalité économique et politique à laquelle sont confrontés les princes indiens. Une époque s’achève et avec elle un âge d’or de la création joaillière.

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Collier dit de l « Inquisition espagnole ». 95-40466 Maharaja of Indore Necklace, catalog number G5113. Chip Clark, Smithsonian.

 

[section_title title= »Deux maîtres de la joaillerie contemporaine influencés par l’Inde : JAR et Viren Bhagat « ]

L’influence de la joaillerie traditionnelle indienne se perpétue dans la création joaillière contemporaine. Cela est vrai dans les grandes maisons de joaillerie comme Boucheron mais plus encore chez les maîtres joailliers contemporains. Au premier rang figurent Joël Arthur Rosenthal, connu sous son acronyme JAR, basé à Paris et Viren Bhagat, créateur basé à Mumbai Ces deux virtuoses ne créent que des pièces uniques, avec un sens de la couleur inégalé et en utilisant les plus belles gemmes qui soient – autant avouer que j’en suis inconditionnelle. Là s’arrête la ressemblance : leur style est différent.

Toutes les pièces suivantes puisent à la source des traditions artistiques du sous-continent indiennes. Ces traditions complexes sont réinterprétées dans un langage tout à fait moderne. Pièces éminentes de la collection du Cheikh Al Thani, voici deux broches de JAR qui illustrent parfaitement son art de la technique du pavage et de la juxtaposition des pierres.

JAR Jabot or Cliquet Brooch, 2013 Silver and gold, set with emeralds, diamonds, pearls, and rubies; H. 7 3/4 in. (19.7 cm) W. 1 1/4 in. (3 cm); emeralds: 33.24 ct, 27.88 ct, 27.34 ct The Metropolitan Museum of Art, New York, The Al Thani Collection (MJ.134) http://www.metmuseum.org/Collections/search-the-collections/458932
Epingle à jabot ou broche cliquet. JAR Paris, 2013. Émeraudes, diamants, perles, rubis, or. H. 19,7cm.; l. 3 cm. Poids des émeraudes : 33,3ct, 27,9ct, 27,34ct. @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

La broche suivante rappelle l’architecture moghole et les fenêtres des palais du Rajasthan permettant aux femmes du harem vivant en « purdah » (littéralement le rideau) de regarder à l’extérieur sans être vues. Le dos de la broche, en or jaune ajouré est d’une réalisation très fine, semblable aux filigranes d’orfèvre ou aux dentelles de pierre.

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Broche composée d’une émeraude octogonale de 35,36 carats, pavage de diamants et de rubis sur tout le pourtour, agate blanche et cristal de roche. H. 6,2 cm; l. 4,9cm; ép. 0,9 cm. JAR, Paris, 2002. @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Viren Bhagat s’inspire dans ses créations joaillières de l’art moghol des XVI et XVIIème siècles ainsi que du style Cartier des années 1920. Son travail fait écho à des temps passés qu’il réinterprète de façon résolument contemporaine. Son leitmotiv est que les bijoux sont des œuvres d’art.« I see jewels as art objects ».

Le Victoria & Albert Museum a réalisé une brève interview de ce grand joaillier que je vous recommande vivement.

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Viren Bhagat.

La broche « fleur moghole » sur la gauche de la photo est composée d’un cabochon de saphir de Ceylan de 44,99 carats serti de pétales de diamants. Aujourd’hui elle fait partie de la Collection Al Thani.

Pair of Bangles (kada) by Bhagat, 2012 Platinum, set with diamonds and pearls; Each: Diam. 3 3/8 in. (8.6 cm) The Metropolitan Museum of Art, New York, The Al Thani Collection (MJ.080) http://www.metmuseum.org/Collections/search-the-collections/458833
Paire de bracelets, Bhagat, Mumbai 2012. Perles fines anciennes, diamants, platine. D. 8,6 cm chaque. @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Cette paire de bracelets est une transposition des bracelets indiens faits en boutons de fleurs de jasmin, motif floral que les joailliers indiens interprètent depuis plusieurs siècles.

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Broche pendentif, Bhagat, Mumbai, 2011. Diamants, rubis, platine. Le diamant central a un poids de 10ct. H. 18,1 cm; l.6,4 cm.@ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Le diamant central de cette broche est un diamant ancien, qui pesait à l’origine 18 carats et qui provient des mines de Golconde. En raison d’une inclusion importante, il a été retaillé en une pierre de 10,03 carats. Il est certifié « internally flawless » (sans défaut), de couleur D et appartient au type IIa : c’est une merveille! Il est serti de rubis birmans et entouré avec une extrême précision d’une corolle de diamants plats dont certains ont une épaisseur inférieure à un millimètre. Les influences de cette pièce sont multiples : les couleurs rappellent l’Art Déco, le motif puise dans les dessins de l’Inde Moghole et la broche rappelle les bijoux portés par les Maharajahs sur les côtés de leur turban. Ce bijou est néanmoins très personnel et caractéristique du style de Bhagat.

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Paire de boucles d’oreilles, Bhagat, Mumbai, 2012. H. 5cm; l.2 cm chacune. Poids des diamants : 14ct; poids des perles goutte : 14,271ct, 13ct, 6,525ct, 6,299ct, 6,164ct. @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Les perles de cette paire de boucles d’oreilles sont parfaitement assorties quant à leur taille, forme, couleur et lustre. Elles rappellent les boucles d’oreilles que portait la belle Maharani Indira Devi de Cooch Behar et qui figurent dans un portrait d’elle des années 1930.

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Broche florale composée d’émeraudes, de diamants et perles. Collection Bhagat.
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Broche Bhagat, Mumbai, 2014. Diamants, perles, platine. Pendentif : H. 9,3cm; l. 4cm. Poids des diamants 31,4 carats. Le diamant central pèse 13 carats. Poids des perles : 40 ct dont une perle goutte de 15,4 ct. @ The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

 

Indian Jewelers Put Their Work on World Stage, par G. Rangachari Shah Shah. The New York Times, 19 mars 2012

[section_title title= »L’Inde selon Boucheron : la Collection Bleu de Jodhpur »]

En 2015, la maison Boucheron a renoué avec sa riche histoire d’échanges avec l’Inde en créant une collection intitulée « Bleu de Jodhpur » réalisée sous le haut patronage du Maharajah de Jodhpur, son Altesse Gajsingh II.

Jodhpur, la « ville bleue  » est la deuxième ville de l’État du Rajasthan, derrière la capitale Jaipur, sa rivale. Elle fut fondée en 1459 en bordure du désert du Thar par le prince Rao Jodha, dont descend l’actuel Maharajah. Gajsingh II est devenu Maharajah cinq ans après qu’eut été proclamée l’Indépendance de L’Inde. Il avait  alors quatre ans. Malgré la suppression en 1972 des pensions nobiliaires et donc des privilèges (il bénéficiait jusqu’alors d’une allocation de 125 000$ par an) il a su rester un Maharajah éminent, figurant parmi les cinquante personnalités les plus puissantes de l’Inde. Comme nombre de ses pairs, il a converti une partie de son extraordinaire palais Umaid Bhawan en un sublime hôtel de luxe.

Forts de ce patronage, les ateliers Boucheron ont réalisé une centaine de dessins et créé une soixantaine de pièces de haute-joaillerie serties de nouveaux matériaux suggérés par le Maharajah lui-même. Ces pièces sont spectaculaires et confère au style indien traditionnel une vigueur et une beauté nouvelles.

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Gouache du collier « Nagaur » de sept rangs qui sera composé de perles du Japon, de petits cylindres pavés de diamants et d’un anneau de diamants qui unit le plastron à son motif central.

Claire Choisne, directrice des créations Boucheron, s’est inspirée des formes traditionnelle de la joaillerie indienne. Le collier « Nagaur »  (ci-dessus) se réfère aux colliers de cérémonie que portaient autrefois les Maharajahs comme signe absolu de leur pouvoir et de leur gloire. Les perles et les diamants sont typiques des bijoux indiens et sont ici rehaussés par l’ajout de matériaux rares tels que le sable et le marbre – dans une optique novatrice où s’associent Histoire et modernité, tradition et créativité, références géographiques et poésie.

Ce collier doit son nom à la ville forteresse de Nagaur située au milieu du désert du Thar. Le motif central est en cristal de roche et représente les contours du fort d’Ahhichatragarh. Le sable du désert du Thar, envoyé par le Maharajah lui-même, est emprisonné dans le quartz. Quant au diamant coussin central de 2 carats, il symbolise un bassin d’eau qui se trouve au milieu du désert.

 

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Collier « Nagaur » en perles de culture du Japon, avec un motif central en cristal de roche et sable du désert du Thar, serti de diamants sur or blanc.

Ce collier peut se porter de plusieurs façons ; avec ou sans son pendant et avec ou sans pompon.

La maison Boucheron a pour cette collection fait usage d’un matériau utilisé pour la première fois en joaillerie : le marbre blanc le plus recherché au monde, celui de Makrana qui a servi à la construction du Taj-mahal. Inspiré de l’oiseau national de l’Inde et faisant aussi référence au collier point d’interrogation créé en 1889 par Frédéric Boucheron, le collier « Plume de Paon » relève le défi de la légèreté alors même qu’il est fait d’une marqueterie de marbre de Makrana et de diamants.

Collier Plume de Paon
Collier Plume de Paon serti de marbre et de diamants et monté sur or blanc.

Autre pièce d’exception de cette collection : le collier Jodhpur, premier collier de haute-joaillerie réversible conçu comme un hommage aux traditionnelles parures mogholes et indiennes.

Le motif central du collier est sculpté en forme de cerf-volant et contient en son centre un diamant de 6,01 carats dont la transparence et l’éclat contrastent avec la douce opacité du marbre blanc. Le motif du cerf-volant se répète en différents formats sur le pourtour du collier. Deux pampilles bicolores, en saphirs et diamants rompent la symétrie des 23 pièces de marbres.

Sur l’envers du collier, une succession de saphirs et diamants scintillent, offrant une allusion radieuse aux façades bleues des maisons de Jodhur sous un soleil éclatant.

 

Collier Jodhpur (1)
Collier Jodhpur serti d’un diamant de 6,01 carats, de marbre, de cristal de roche.
Collier Jodhpur (2)
Recto du collier Jodhpur pavé de saphirs et diamants. Monture en or blanc.

Enfin, la broche « Mehndi » – qui peut aussi se porter en collier – est inspirée des peintures au henné dont les femmes rajpoutes se parent la veille de leur mariage. Composée de diamants de différentes tailles, les motifs ajourés ont été travaillés comme une broderie de diamants.

 

Broche Mehndi
Broche Mehndi, pavée de diamants sur or blanc.

Boucheron, 26 Place Vendôme. 75001 Paris. Tel : +33 1 42 61 58 fr.boucheron.com

The fall and  rise of a modern Maharaja, Smithsonianmag, 21 janvier 2016.

 

Tous les visuels de cet article proviennent de la maison Boucheron