Les Diamants de la Couronne au Musée du Louvre (mise à jour de février 2020)

[section_title title= »Quatre gemmes célèbres et une couronne,
les Diamants de la Couronne du XVIème au XVIIIème siècle »]

Première vitrine : les joyaux de la Couronne de France de 1530 à 1789

• Vient tout d’abord la pierre fondatrice de cette collection royale : Le spinelle « Côte de Bretagne » une gemme de 107, 88 carats.

1 Le Côte de Bretagne, Jacques Guay
Jacques Guay – La Côte de Bretagne – Photo (C) RMN-Grand Palais / Droits réservés

Ce spinelle, longtemps appelé « rubis balais », appartint à Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, puis à sa fille Anne de Bretagne. François Ier le reçut de sa première épouse, Claude de France, fille d’Anne de Bretagne. A cette époque, la pierre pesait 212 carats et était montée en « bague à prendre » ou « cottoire ».

C’est l’une des huit pierres choisies en 1530 par le roi de France François Ier pour former la collection des Diamants de la Couronne.

En 1750, à la demande de Louis XV, ce spinelle rouge sera taillé en forme de dragon par Jacques Guay, le graveur en pierres fines du cabinet du roi et sertie dans l’insigne de la Toison d’or.

Cette gemme fut attribuée au Louvre en 1887.

Le « Sancy » superbe diamant de 55,23 carats. 

Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Actif sous le règne d’Henri IV, Nicolas Harlay de Sancy laissa son nom aux deux prestigieux diamants qu’il possédait : Le Beau Sancy (34,98 carats) et Le Sancy ou Grand Sancy. Ce dernier fut acquis en 1604 par Jacques Ier, roi d’Angleterre, puis revendu par Henriette-Marie de France, reine d’Angleterre au cardinal Mazarin en 1657.

Mazarin le lèguera à son filleul Louis XIV en 1661, date à laquelle il entrera dans la collection des Diamants de la Couronne. Dans l’inventaire de 1691, il est décrit comme : « Un très grand diamant fort épais, appelé le Sancy, donné à la couronne par feu Monsieur le cardinal Mazarin, taillé à facettes des deux cotés, de forme pendeloque, de fort belle eau blanche et vive, net et parfait ».

Plus tard, il sera placé sur les couronnes de Louis XV (1722) et de Louis XVI (1775). Il sera aussi utilisé comme bijou par les reines Marie Leszczinska (1703-1768) et Marie-Antoinette (1755-1793). Le Directoire, qui avait besoin d’argent mit en gage une partie des Diamants de la Couronne en 1796 ; le Sancy ne sera pas dégagé… Il sera acquis en 1976 par le musée du Louvre.

Ayant aussi appartenu au Roi-Soleil – qui l’aurait porté à sa boutonnière – un diamant rose très pâle de 21,32 carats dit le « Diamant à cinq pans » ou le diamant « Hortensia ». 

Diamant rose dit Hortensia. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle
Vue de profil du diamant Hortensia. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle


La couleur rose est extrêmement rare parmi les diamants. Il provient très certainement d’Inde car c’était le seul pays producteur de diamants jusqu’en 1725. Il semblerait que la couleur rose d’un diamant soit due à un défaut dans sa structure cristalline.

Ce diamant décora les ganses d’épaulettes de Napoléon Ier. Diamant de la Couronne, il est surprenant qu’il fût revenu ensuite à Hortense de Beauharnais (1783-1837), fille de l’Impératrice Joséphine, fille adoptive de Napoléon Ier et mère de Napoléon III, qui le porta au début du XIXème siècle d’où le nom qu’on lui donne parfois de « Diamant Hortensia ». Charles X le porta à son tour et il sera utilisé en dernier lieu sur un grand peigne à pampilles de l’Impératrice Eugénie (1856).

Il avait été initialement attribué au Muséum d’histoire naturelle en 1887, puis a été déposé au musée du Louvre.

Le « Régent » ou le plus beau diamant d’Europe.

Diamant dit le Régent. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle
Le Régent de profil. Hauteur 0.032 m ; Largeur 0.031 m. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Stéphane Maréchalle

Il provient d’Inde, et aurait été découvert à Golconde en 1698. Il fut d’abord acquis dans des circonstances mystérieuses par Thomas Pitt, gouverneur du fort de Madras (1701). Brut, il pesait 410 carats. Thomas Pitt le fit tailler à Londres par Joseph Cope. Ce dernier mis deux ans, entre 1703 et 1705, pour tailler le diamant en un coussin brillant de 140,64 carats offrant un scintillement et une lumière incomparables.

Il fut présenté à Louis XIV à la fin de son règne mais il ne put l’acheter et il fallut attendre la régence de Philippe d’Orléans (1715-1723) pour qu’il soit acquis par la France. Dans ses Mémoires, (Tome 14, chapitre 17) Saint-Simon raconte comment il fit « acheter ce diamant unique en tout » : « Il est de la grosseur d’une prune de la reine Claude, d’une forme presque ronde, d’une épaisseur qui répond à son volume, parfaitement blanc, exempt de toute tache, nuage et paillette, d’une eau admirable, et pèse plus de cinq cents grains. Je m’applaudis beaucoup d’avoir résolu le régent à une emplette si illustre ».

Cet extraordinaire diamant deviendra le symbole de la royauté et sera placé sur la couronne de Louis XV (1722), et de Louis XVI (1775). Engagé par le Directoire, Napoléon Bonaparte le dégagea en Juin 1801. Devenu empereur, Napoléon Ier le fit sertir sur son épée de Premier consul en 1801, sur son épée de sacre en 1804, sur le pommeau du glaive impérial en 1812. Le Régent ornera ensuite la couronne de Charles X en 1825, et enfin le diadème à la grecque de l’impératrice Eugénie.

Comme les autres Diamants de la Couronne, Le Régent fut dérobé en septembre 1792. Il fut retrouvé en décembre 1793 et restitué au Comité de Sûreté générale. Il fut ensuite mis en gage à plusieurs reprises par la suite par le Directoire.

En 1887, il échappa à la mise aux enchères des joyaux de la couronne et fut donné au Musée du Louvre, qu’il n’a quitté qu’une seule fois depuis, pour être caché au château de Chambord juste avant la seconde guerre mondiale lors d’une première évacuation, en septembre 1938, pendant les accords de Munich.

Dernière pièce à intégrer les diamants de la Couronne avant l’avènement de l’Empire : la couronne de Louis XV dite « couronne personnelle »

C’est celle que le roi (1710-1774) porta en la cathédrale de Reims le 25 octobre 1722 au cours d’une grandiose cérémonie religieuse : le jeune monarque n’avait alors que douze ans !

Estampe de la couronne de Louis XV dite Couronne personnelle de Louis XV.
Provenance : Trésor de l’abbaye Saint-Denis.
Modèle dessiné par Rondé et exécuté par Duflot.
La Fleur de lys du sommet était formée du Sancy. La Fleur de lys devant la couronne était formée par le Régent. Huit diamants quadrangulaires formant le sommet des fleurs de lys sur les branches de la couronne appartenaient à la série des Dix-Huit Mazarins.
Au total, la couronne était décorée de 282 diamants, 64 pierres précieuses de couleurs, 230 perles. Les pierres et les perles ont été remplacées après le sacre par des imitations.
Ancienne collection des Diamants de la Couronne. Hauteur : 0.46 m. Largeur : 0.287 m.
Photo (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Selon la tradition, deux couronnes furent réalisées : la première en or émaillé et la seconde dite « couronne personnelle  » en argent doré et ornée de pierreries. Cette dernière ne servait qu’à l’occasion du sacre puis était déposée à l’abbaye de Saint-Denis avec les autres regalia (c’est-à-dire les symboles du pouvoir royal utilisés pour les sacres des rois, les couronnes, les sceptres ou les mains de justice)

5 Couronne de Louis XV dite couronne personnelle de Louis XV
La couronne personnelle de Louis XV. Augustin Duflos (?, vers 1700 – Paris, 1786), Laurent Rondé (Paris, 1666 – Paris, 1733)
Paris, 1722. Argent partiellement doré, fac-similés des pierres d’origine, satin. Le cartel du Louvre souligne que l’aspect actuel n’est peut-être  pas tout à fait fidèle à la composition d’origine et que les différences – cf  l’estampe ci-dessus – seraient la conséquence de la restauration faite par le joaillier M. Maillard en 1780. Photo © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppo
Détail de la Couronne de Louis XV dite Couronne personnelle de Louis XV avec une copie du Sancy. Photo (C) Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppola

Très colorée, cette couronne était constituée de perles et de pierres précieuses : rubis, saphirs, émeraudes et diamants. Les diamants présents sur la couronne étaient les plus prestigieux du Trésor. Y figuraient le « Régent » acheté quelques années avant le sacre, en 1717, incrusté dans la fleur de lys avant, mais aussi neuf des dix-sept diamants dit les « Mazarins », dont « le Sancy » qui ornait le sommet de la couronne et formait le centre de la fleur de lys. Au total, cette couronne comportait 282 diamants (161 grands et 121 petits), 64 pierres de couleur (dont 16 rubis, 16 saphirs et 16 émeraudes) et 237 perles. En 1729, les perles et les pierres précieuses furent remplacées par des copies et la couronne déposée au trésor de l’abbaye de Saint-Denis.

Cette couronne est la seule couronne parmi toutes celles déposées par les rois de France au Trésor de l’abbaye Saint-Denis à avoir survécu à la folie destructrice de la Révolution française. En 1852, elle fut attribuée au Louvre.

5 B Portrait de Louis XV, Carle Van LOO (1705-1765) Turquin, experts en tableau
Portrait de Louis XV en habits militaires, Carle Van LOO – Vu chez Turquin, experts en tableaux . http://turquin.fr/ventes.html
Vitrine des joyaux de la Couronne de France (1530- 1789), galerie d’Apollon © 2020 Musée du Louvre / Antoine Mongodin
Vitrine des joyaux de la Couronne de France (1530- 1789), galerie d’Apollon © 2020 Musée du Louvre / Antoine Mongodin