Lacloche joailliers : une brillante histoire enfin tirée de l’oubli

Quelle singulière aventure que celle de la maison Lacloche !  Elle aura duré soixante-quinze ans, illustrant un âge d’or de la joaillerie française, brillant dans le monde entier, résistant à deux guerres mondiales, avant de s’interrompre brusquement en 1967, date à laquelle le dernier héritier décida de se tourner vers le design contemporain. Le plus singulier, cependant, c’est que de cette prestigieuse histoire, il ne reste rien. Les archives n’existent plus. Les bijoux sont dispersés. Les catalogues sont difficiles à trouver. La maison Lacloche, un temps si établie et reconnue, aura été le météore de la joaillerie française.


Broche de revers, Lacloche Frères, 1930.
Or, platine, émail, diamants taille brillant et taille rose, saphirs, jadeite, calcédoine, perle et soie. Offerte au Victoria & Albert museum par les amis américains du V&A et de Patricia V. Goldstein. Jewellery, Rooms 91 to 93 mezzanine, The William and Judith Bollinger Gallery, case 68, shelf C, box 3. @ V&A museum.

Il aura fallu le travail inlassable, passionné et minutieux de Laurence Mouillefarine et Véronique Ristelhueber, pour faire revivre le souvenir de cette maison et en exhumer les pièces les plus caractéristiques. Leur livre fruit de presque trois ans de recherches, est le support de l’exposition en cours à l’Ecole des Arts Joailliers. Il retrace une histoire aussi brillante que méconnue.

Broche cyprès en or blanc, platine, émeraudes, diamants taille brillant et calcédoine teintée.
Légué par Mlle J.H.G. Gollan. Hauteur : 5,3 cm, largeur : 1,4 cm maximum.
@V&A. Jewellery, Rooms 91, The William and Judith Bollinger Gallery, case 31, shelf A, box 4. @ V&A museum.

Quelques mariages et un enterrement

Cette histoire, c’est celle de quatre frères nés dans la plus grande misère, Léopold (1863-1921), Jacques (1865-1900), Jules (1867-1937), Fernand (1868-1931), et de leurs deux sœurs, Bertha (1857-1945) et Emilie (1855-1910). Leur mère, Rosalie Levy, était une femme de tête bien déterminée à faire réussir ses garçons. A la mort de son premier mari, en 1870, elle restait avec six enfants à charge. Elle épousa un bijoutier. C’est cela sans doute qui inspira ses fils. Jules et Léopold ouvrirent la première boutique de la maison Lacloche en 1892, dans le quartier de la Nouvelle Athènes, exactement au 51 rue de Châteaudun, avant de déménager 41 avenue de l’Opéra. En 1898, Léopold s’associe à son beau-frère Louis Gompers, également joaillier sis Place Vendôme et à Trouville. Dans le même temps, Jacques et Fernand ont ouvert une boutique à Madrid.

Jeunes, entreprenants, les frères Lacloche ont connu une ascension rapide. Plusieurs boutiques ouvrent en Europe. Un drame vient frapper la fratrie en 1900. Le train Madrid-Paris déraille le 15 novembre 1900 à hauteur de Bayonne ; l’accident fait treize morts dont Jacques Lacloche. Fernand rejoint alors ses deux frères à Paris et tous trois s’attellent à développer l’entreprise familiale – si bien qu’en 1901 intervient une première consécration : l’installation au 15, rue de la Paix, juste à côté de Cartier. D’autres ouvertures suivront, notamment celle de Bond Street à Londres en 1904. Les Frères Lacloche sont alors dans la force de l’âge, leur clientèle est prestigieuse : l’avenir leur appartient.

Carte postale illustrant l’immeuble du 15 rue de la Paix à Paris au coin de la rue Daunou, vers 1910. Crédit photo : L’Ecole des Arts Joailliers
Montre-pendentif, émail guilloché, diamants, saphirs, platine et or, vers 1910.
LA Collection Privée. © 2019 Christie’s Images Limited. Cette montre-pendentif de femme est présentée à l’exposition de l’Ecole des arts joailliers.
Page de publicité parue dans « La Renaissance de l’art français et des industries du luxe » en juillet 1923. @ L’Ecole des Arts Joailliers. Deux exemplaires très similaires ouvrent l’exposition de l’Ecole des arts joailliers : une boîte à cigarette en jade néphrite ceintrée d’un ruban de broderie de diamants sur platine et un bracelet, qui peut également se porter en ras-de-cou.
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