Toutankhamon, le Trésor du pharaon. II- Les gemmes sacrées.

Les gemmes sont une clef indispensable pour aborder le mode de pensée des anciens Egyptiens et tenter de comprendre leur art. Dans son ouvrage de référence L’univers minéral dans la pensée égyptienne, l’égyptologue Sydney Aufrère soulignait le fait que certaines gemmes symbolisent à la fois les divinités, les éléments du cosmos et les cycles de la vie terrestre.

L’exposition parisienne ne consacre pas de section particulière aux bijoux de Toutankhamon. Nous les découvrons disséminés au long du parcours de visite, et plus spécifiquement dans les salles consacrées aux gardiens et à la renaissance. Une douzaine de colliers, pendentifs et pectoraux -avec ou sans chaînes-, quatre bracelets, six bagues (toute or, calcédoine blanche, calcédoine verte, lapis-lazuli, uraeus), trois boucles d’oreilles individuelles (et non en paire) et nombre d’amulettes en matériaux précieux forment un ensemble joaillier tout à fait significatif des arts joailliers sous le Nouvel Empire. L’état de conservation des pièces est étonnant et nous serions tenté d’écrire que ces bijoux sont d’une extraordinaire modernité, n’eussent été les trois millénaires qui nous séparent de ces ouvrages d’orfèvrerie.

Pectoral en or et argent, en forme de faucon aux ailes déployées, avec incrustations de lapis-lazuli, de cornaline, de turquoise, d’obsidienne et de verre. GEM 39169 @ Grand Musée Egyptien

Trois pierres principalement étaient empreintes d’une dimension sacrée  aux yeux des contemporains de Toutankhamon : le lapis-lazuli, la turquoise et la cornaline, soit les couleurs bleu, vert et rouge. Ces pierres portées en bijoux ou en amulettes étaient dotées de pouvoirs magiques, de vertus prophylactiques ou apotropaïques, et leur usage dans l’art funéraire participait pleinement à la renaissance du défunt.

L’exposition en cours est l’occasion d’évoquer le rôle majeur de ces trois pierres dans la cosmogonie pharaonique, car elles sont le plus souvent associées dans les bijoux du pharaon, et leurs symboliques se superposent de façon complexe.

Les bijoux, ornements et autres amulettes que portaient le pharaon de son vivant indiquaient son statut de roi de la Haute- Egypte et de la Basse-Egypte, le liaient aux dieux, témoignaient de sa grandeur. La valeur esthétique de ces objets est incontestable : le travail des métaux précieux, le poli et la taille des gemmes en perles ou en cabochons en font des pièces tout à fait admirables.

Cependant le but premier de ces ornements était de protéger le jeune pharaon des dangers quotidiens pendant sa vie terrestre. La mort représentait pour les anciens Egyptiens un passage vers une vie éternelle. Pour y accéder, le défunt devait braver de nouveaux dangers : aussi, ses bijoux funéraires, et les pierres qui les ornaient, conservaient-ils cette fonction de protection et de secours sur ce chemin vers l’au-delà. On observe du reste que les bijoux portés de son vivant par le jeune pharaon étaient dotés d’un contrepoids dorsal afin de soulager la charge de l’objet sur son cou (c’est vrai en particulier des bijoux pectoraux) : les bijoux à usage funéraire placés dans son tombeau sont, eux, privés de ce contrepoids, devenu inutile.

Exposition à la Grande Halle de la Villette

La visite de cette exposition requiert une certaine patience. Pour admirer ces merveilleux artefacts, il faut tenter de faire abstraction de la foule amassée devant les petites vitrines du Trésor, des écrans et de la musique qui créent une atmosphère bien peu recueillie. Mais cela en vaut la peine. Au sortir de cette incursion dans l’Egypte des pharaons, on réalise avec plus d’acuité encore combien le bijou est une forme d’art à part entière qui transcende les siècles, les cultures, et confine parfois au sacré.

Quelques petits regrets et quelques manques dans l’exposition probablement dûs à des raisons de fragilité : vous ne verrez ni le mythique masque funéraire d’or de Toutankhamon restauré en 2015, ni l’élément de pectoral en verre libyque, ces deux derniers avaient déjà été présentés en 1967 à Paris, ni le délicat diadème dont la tête de la momie était parée (visuels ci-dessous).

Détail du diadème de Toutankhamon @ Grand Musée Egyptien
Diadème déposé sur la tête de la momie, portant les symboles de la Haute-Egypte, et de la Basse-Egypte. Photo Andreas F. Vogelin, AntikenmuseumBasel and Sammlung Ludwig @ Grand Musée Egyptien
Dos du diadème sur lequel sont associées les principales pierres dures de l’Egypte ancienne : lapis-lazuli, turquoise, cornaline. Egalement du verre, de l’or et de l’argent.
Corselet de Toutankhamon en or, pierres de couleurs, faïence, verre. Hauteur 40 cm, Longueur 85 cm. Carter 54k. Photographie de Sandro Vannini © Laboratoriorosso s.r

 

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