Louis-Philippe à Fontainebleau : variations sur le bijou romantique

Après le gothique vient la Renaissance, et François Ier est le maître des lieux à Fontainebleau. « L’action de Louis-Philippe, et notamment cette redécouverte des arts des différentes périodes, est considérablement aidée par les recherches que mène la manufacture de Sèvres ». Une grammaire commune au bijou permet d’établir un parallèle entre ces deux formes d’art.

Le coffret commémoratif du mariage du duc Ferdinand d’Orléans et de la princesse Hélène de Meklembourg-Schwerin à Fontainebleau le 30 mai 1837.

Develly, Jean-Charles (1783-1862)
Coffret de mariage d’Hélène de Mecklembourg et de Ferdinand Philippe, 1837
F 931 C
Localisation : Fontainebleau, château
Photo © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot

Ce coffret, que Vincent Cochet qualifie de « cassette Farnèse » du XIXème siècle, retrace toute l’histoire du mariage princier depuis l’arrivée d’Hélène de Meklembourg-Schwerin à Metz, puis à Fontainebleau. On y voit son accueil par le Roi et la Reine en haut de l’escalier en fer à cheval du château; puis la signature de l’acte civil dans la salle de Bal ; enfin,  le mariage catholique dans la Chapelle de la Trinité et la célébration protestante dans la salle des Colonnes : tous ces moments-clefs qui ont lieu dans les plus belles salles du château sont également dépeints avec une extrême précision.

Détail du meuble commémoratif du mariage du duc d’Orléans

Ce coffre à bijoux apparaît comme un manifeste néo-Renaissance avec ces cariatides en biscuit blanc rehaussée d’or qui scandent la narration du mariage. « Sculptures, architecture et peintures se répondent. C’est une manière Renaissance d’aborder un objet d’art » explique Oriane Beaufils. Ce coffret était initialement destiné à servir de  « serre-bijoux », mais c’est en fait « une coquille vide ».

Véritable chef-d’oeuvre de la manufacture de Sèvres, il est en fait conçu pour la glorification de l’événement.

Son style néo-maniériste puise largement aux artistes ayant marqué l’art bellifontain. Primatice et Rosso en sont les deux figures principales. Au temps de la Monarchie de Juillet sont redécouverts deux autres grands artistes de la Renaissance, Bernard Palissy (1510-1590), un céramiste hors-pair, et surtout l’orfèvre Benvenuto Cellini ( 1500-1571) dont l’autobiographie « Vie de Benvenuto Cellini, orfèvre et sculpteur florentin, écrite par lui-même » qui venait d’être traduite et publiée en français (1833) subjugua toute la génération des Romantiques, et inspira nombre d’artistes Hector Berlioz, Alexandre Dumas, les frères Marrel

D’abord placé dans la galerie François Ier pour dialoguer avec les fresques de Rosso Fiorentino, ce « serre-bijoux » fut installé ensuite, après la mort du Duc d’Orléans, dans le cabinet de toilette de l’appartement de son épouse.

Le Vase Médicis Fragonard

Vase Médicis Fragonard. Les Arts et les Industries de la Liste Civile. Photo (C) RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola
Détail

Le Vase de la Renaissance

Vase Chenavard dit Vase de la Renaissance, 1831-34 Manufacture de Sèvres Porcelaine dure, bronze ciselé et doré et verroteries imitant les pierres précieuses. ©Louis Blancard/ Château de Fontainebleau

Ce vase fut acquis par Louis-Philippe pour le château. L’ornemaniste Claude Aimé Chenavard avait reçu pour consigne de réalisation :  « Forme, décoration et couleur dans le style de Bernard Palissy ». Les  motifs s’inspirent des ornements bellifontains : masques, guirlandes de fruits mûrs, putti, cartouches en forme de cuirs découpés ou enroulés et pierreries.

***

Rendre compte de cette exposition sous le prisme du bijou peut sembler fort réducteur au regard de  la richesse des oeuvres présentées. Néanmoins cet angle passionnant – et qui n’épuise pas l’ensemble de la joaillerie sous la Monarchie de Juillet – devrait vous inciter à retourner une fois encore dans ce qui est à jamais « la vraie demeure des Rois, la maison des siècles ».

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