Louis-Philippe à Fontainebleau : variations sur le bijou romantique

La Reine Marie-Amélie avait un goût prononcé pour les bijoux de sentiment, et il est reconnu que jamais elle ne porta les Diamants de la Couronne de France.

Dans son ouvrage consacré aux Joyaux de la Couronne de France, Bernard Morel justifie ce choix ainsi : « Le roi n’aimait guère l’ostentation, et n’avait pas le goût du faste (…) peut-être y avait-il là de la pudeur vis-à-vis de la famille royale exilée » .

Or l’exposition « Le Roi et l’Histoire » prouve tout au long du parcours à quel point le Roi avait le goût du faste.

Goût du faste dont Victor Hugo lui a fait le reproche : « Dix-huit millions de liste civile, et les châteaux, et les apanages, et le reste! Le chapeau gris et le parapluie du roi bourgeois coûtent plus cher que la Couronne de Charlemagne. »

Oriane Beaufils et Vincent Cochet ont leur propre avis, éclairé par les longues recherches qu’ils ont menées pour monter cette exposition  : les idées du roi le situent loin des mentalités de l’Ancien Régime. Louis-Philippe pouvait difficilement concevoir que son épouse porte des reliques de l’Histoire de France. Et les deux commissaires d’ajouter : si  cela n’avait été si risqué en termes de sécurité, très probablement le Roi aurait-il choisi d’exposer les Diamants de la Couronne dans un musée.

A défaut de porter les Diamants de la Couronne de France, la Reine Marie-Amélie portait ses propres parures. Et nous constatons que son écrin personnel était d’une richesse éblouissante… Le joaillier Paul Constant Bapst (1797-1853), joaillier officiel des Diamants de la Couronne de France, qui fut finalement surtout le joaillier habituel de la famille d’Orléans sous la Monarchie de Juillet, en rend compte dans un inventaire.

Portrait de la reine Marie-Amélie attribué à Louis Hersent (1777-1860). Compiègne, Palais impérial. Photo © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Michel Urtad. Achat de la parure par le duc Louis-Philippe, futur Louis-Philippe à la reine Hortense de Beauharnais en 1821, remaniée et complétée pour la reine Marie-Amélie. Modifiée après 1863 pour Isabelle d’Orléans, comtesse de Paris. Ancienne collection du Monseigneur le Comte de Paris. Cet ensemble fut acquis par le département objets d’art du Musée du Louvre en 1985. Elle est exposée dans la Galerie d’Apollon.
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) : Mathieu Rabeau
Eléments de la parure de saphirs. Collection des Diamants de la Couronne. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Retrouvé dans les archives de la Maison de France en avril 1982 (cf. Bernard Morel), l’inventaire des joyaux de la Reine Marie-Amélie en date du 25 novembre 1839, décrit quatre bijoux (dont un orné du célèbre diamant rose le Grand Condé) et sept parures – composées pour la plupart d’un diadème, d’un collier, d’un devant de corsage, d’une broche, de bracelets, d’une paire de boucles d’oreilles, d’une boucle de ceinture…

La première parure était composée uniquement de diamants, la seconde d’émeraudes et de diamants, la troisième de saphirs et de diamants, la quatrième de perles et de diamants, la cinquième de rubis et de diamants, la sixième d’améthystes et de diamants, la septième de hyacinthes (zircons). Nous constatons que la reine possédait une très riche cassette personnelle de bijoux d’apparat.

La Reine, explique Oriane Beaufils, avait la réputation d’être fort élégante et possédait un goût vif pour les arts de la parure féminine. En témoigne le fabuleux trousseau qu’elle offrit à sa belle-fille Hélène de Mecklembourg-Schwerin pour son mariage avec le Prince héritier en 1837. La corbeille de mariage d’un luxe inouï présentait des objets d’écriture, des accessoires de soirée (éventails, lorgnettes de théâtre), un nécessaire en vermeil, des robes du jour et du soir et les accessoires assortis, des châles, le tout à la dernière mode parisienne.

Venait enfin un  riche écrin constitué par la Reine et le joaillier breveté du roi et de la Couronne Jacques Eberhard Bapst (1771-1842).

« un véritable amas de perles, rubis, diamants, pierreries de toutes sortes ; une parure en brillants et en rubis, les brillants et rubis d’une nuance si parfaite qu’il était difficile de les distinguer les uns des autres ; une parure en perles fines, six bagues, sans compter l’anneau du mariage, tout à côté de la médaille d’or ». Fontainebleau, Versailles, Paris (juin 1837) par M. Jules Janin

Autres pièces de joaillerie et d’orfèvrerie caractéristiques de la Monarchie de Juillet

1825 circa parure amethystes. Mellerio dits Meller.

 

Photo G.Giraudon. Château de Fontainebleau. Diadème vers 1820-1840, époque Louis-Philippe. Diadème-Peigne en corne, or, corne serti de neuf aigues-marines ovales. Rueil-Malmaison, musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-préau
Porte-bouquet Mellerio dits Meller 1841 en or et émail, collection particulière.
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