Louis-Philippe à Fontainebleau : variations sur le bijou romantique

Louis-Philippe (1773-1850) et Marie-Amélie (1782-1866) forment une famille profondément unie. Parents de huit enfants (dix en réalité, mais deux sont décédés très prématurément) tous deux sont très attachés à leur vie de famille. Parents et enfants se tutoient, un surnom affectueux est attribué à chaque enfant, et chose rare à l’époque, le roi dort quotidiennement auprès de son épouse!

« Le roi, chez lui, le soir, ne porte habituellement aucune décoration. Il est vêtu d’un habit marron, d’un pantalon noir et d’un gilet de satin noir ou de piqué blanc. Il a une cravate blanche, des bas de soie à jour et des souliers vernis. Il porte un toupet gris, peu dissimulé, et coiffé à la mode de la restauration. Point de gants. Il est gai, bon, affable et causeur. »
Choses vues, 1844, Aux Tuileries, Victor Hugo.

Louis-Philippe est souvent qualifié de « roi-bourgeois ». L’exposition de Fontainebleau ouvre avec un portrait de lui réalisé par Franz Xaver Winterhalter en 1839 habillé en « habits bourgeois ». Ce qui frappe immédiatement cependant, c’est sa ressemblance avec son ancêtre Louis XIV : Louis-Philippe Ier, Roi des Français, a les traits Bourbon. Il a reçu une excellente éducation, parcouru le monde de la Scandinavie au cap Nord, de Philadelphie à la Havane lors de ses exils successifs et Oriane Beaufils ajoute qu’il a une politique du faste et de l’étiquette extrêmement exigeante.

Plusieurs bijoux de la Reine et des princesses d’Orléans témoignent de ce contraste entre l’apparat officiel et la simplicité domestique. Marie-Amélie avait coutume de porter et d’offrir des bijoux dits de sentiment. C’est-à-dire des bijoux dont la valeur était moins liée au prix des matériaux (qui certes n’est cependant pas négligeable!) qu’à la dimension sentimentale. Sans doute cette prime au sentiment est-elle liée au romantisme ambiant. En voici quelques exemples.

Photo Guillaume Giraudon. Château de Fontainebleau.

Les bracelets portraits de la Maison Mellerio dits Meller : quatre portraits ovales sur ivoire du célèbre miniaturiste du XIXème siècle, François Meuret (1800-1887).

Les bijoux-portraits existent depuis l’Antiquité, mais les artistes-joailliers romantiques, volontiers tournés vers le passé, leur donnent une nouvelle vigueur.

Pendant l’Antiquité, le bijou-portrait se présente sous la forme d’intaille, puis de camées. A la Renaissance, on voit apparaître les médailles, utilisant et copiant des monnaies antiques, ainsi que les portraits en miniatures.

Ces derniers vont dès lors connaître un important essor dans toute l’Europe jusqu’au développement de l’art de la  photographie qui marquera leur déclin dans la seconde moitié du XIXème siècle (cf l’étonnant daguerréotype du Roi Louis-Philippe saisi vers 1845-46 et présenté dans l’exposition). L’époque romantique est un temps fort de cet essor. Les portraits-miniatures offerts dans le cercle privé témoignent alors d’un sens de l’intimité et de liens d’affection profonds. Ces bijoux sont faits pour être contemplés pour soi-même plus que montrés. Les portraits-miniatures pouvaient être insérés dans des objets (tabatières, coffrets, boîtes) et pouvaient également être montés en milieu de bracelet, bague ou médaillon.

Mellerio dits Meller était le fournisseur officiel de la Reine des Français Marie-Amélie. Entre 1830 et 1845, Marie-Amélie a commandé auprès de cette maison pas moins d’une quarantaine de bracelets à portrait! Elle passait également commande chez d’autres fournisseurs dont Fossin (qui depuis 1830 avait lui aussi obtenu le brevet de Joaillier du roi).

Paire en perles et turquoises montée sur or Mellerio dits Meller. Photo G.Giraudon. château de Fontainebleau.
Photo Guillaume Giraudon. Château de Versailles.
Portrait de Marie-Amélie de Bourbon (1782-1866), reine des français. 1842. Franz Xaver Winterhalter. Photo (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Sur le tableau ci-dessus, la reine porte au poignet droit le bracelet de perles orné de la miniature du roi. Le roi y est représenté en uniforme d’officier général tel que sur le portrait peint par Franz Xaver Winterhalter et réalisé l’année précédent – comme une mise en abyme.

La seconde paire, en perles fines montées sur or représente deux des belles-filles du couple royal.

Mellerio dits Meller Bracelet commandés par Marie-Amélie avec le portrait de la duchesse de Save-Cobourg. Localisation : Collection privée Photo © Christie’s Images 2018.
Mellerio dits Meller Bracelet commandés par Marie-Amélie avec le portrait de la duchesse d’Aumale Localisation : Collection privée Photo © Christie’s Images 2018.

Le bracelet de la Princesse Hélène par Morel & Cie

Photo G.Giraudon. Château de Fontainebleau.

Fille du grand-duc régnant de Mecklembourg-Schwerin et nièce du roi de Prusse, la Princesse Hélène (1814-1858) avait épousé en 1837, à Fontainebleau, Ferdinand Philippe d’Orléans (1810-1842), fils aîné et donc prince héritier de Louis-Philippe. Le Duc et la Duchesse d’Orléans eurent deux fils : Henri, comte de Paris (1838-1894), et Robert, duc de Chartres (1840-1910), dont nous voyons les portraits-miniatures présentés côte-à-côte sur ce bracelet.

Le médaillon « à l’oeil »

Or, pierres précieuses, perles, miniature sur ivoire d’après un portrait réalisé par Winterhalter. 1842 Collection particulière. Photo G.Giraudon. château de Fontainebleau.

Sur ce médaillon rond est peint l’oeil gauche de Philippe, comte de Flandres (1837-1905), petit-fils de Louis-Philippe et de Marie-Amélie.
Ce motif caché, elliptique, semble encore plus personnel et intime que la miniature d’un visage entier.

La face extérieure que l’on aperçoit dans le miroir est ciselée de rinceaux et de fleurs avec en son centre, serties sur une petite barrette, huit pierres précieuses et fines formant probablement un message secret en acrostiche.

La broche réversible aux portraits du Roi et du Prince royal, le Duc d’Orléans, signée Latreille.

Broche à l’effigie du Roi et du Duc D’Orléans, signée au revers à droite : « Fecit Latreille Bordeaux ». Or, diamants, gouache sur émail. Collection particulière. Après 1842. Photo Christie »s 2018.

Ce bijou possède une symbolique forte et élaborée. La monture étonnante fait écho au cadre d’un tableau, et aux ornements typiquement bellifontains. Les deux portraits en ovales sont enchâssés dans de l’or sculpté en forme de cuir enroulé, entourés de trois amours en ronde bosse qui tiennent une guirlande de myosotis bleus. Le myosotis est le symbole par excellence du souvenir et rappelle l’amour porté par le couple à leur fils aîné, décédé tragiquement le 20 juillet 1842 à l’âge de 31 ans après que ses chevaux se soient emballés et qu’il ait été projeté hors de son équipage sur le pavé, se fracassant le crâne mortellement. Le portrait du Duc d’Orléans est très finement ceint d’émail noir, en signe de deuil.

Revers broche reversible Latreille.

« Hier, 13 juillet 1842, M. le duc d’Orléans est mort par accident », Choses vues, 1842, La mort du Duc d’Orléans, Victor Hugo.

La broche marguerite de la Reine Marie-Amélie

Broche fleur de la Reine Marie-Amélie. Or, cristal de roche, cheveux. Collection particulière. Photo G.Giraudon. château de Fontainebleau.

Ce bijou d’une grande sobriété reflète admirablement l’esprit romantique de l’époque : non signé, il était doté d’une forte valeur sentimentale pour Marie-Amélie puisqu’il contient des cheveux de chacun de ses enfants (au revers du médaillon, sur chaque pétale, sont gravées les initiales de leur prénom pour les filles, et celles de leur titre pour les garçons). Au centre, ont été déposées des mèches des cheveux appartenant au couple royal. Bien que les bijoux en cheveux apparaissent quelque peu morbides aujourd’hui, ils étaient en grande vogue dans la première moitié du XIXème siècle. A noter un détail émouvant : peinte en tenue de deuil en 1857 par Ary Scheffer, Marie-Amélie porte cette broche piquée sur l’attache du noeud de sa coiffe. La Reine l’aurait d’ailleurs portée jusqu’à son décès, survenu en exil à Claremont House en Angleterre, le 24 mars 1866.

Lors de la succession de feu Monseigneur le Comte de Paris & de Madame la Comtesse de Paris qui eut lieu le 14 octobre 2008 chez Christie’s figuraient d’autres exemplaires de bracelets-portraits montés sur or, et signés cette fois-ci du joaillier Morel. On y découvrait également quatre bracelets en or articulés de chez Mellerio, provenant de la collection personnelle de la reine Amélie, et comprenant dans leur ensemble vingt-quatre miniatures de ses petits enfants. Des mèches de cheveux accompagnaient parfois le portrait au revers de la monture. Le bijou-portrait semble avoir été le bijou de prédilection de la reine Marie-Amélie qui les a collectionnés. Les archives de la Maison Mellerio révèlent que la Reine, après la chute de la Monarchie de Juillet, continua de passer commande de bracelets-portraits pour les offrir à ses proches.

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