Marc Auclert : l’intaille, un art millénaire

La Renaissance : un nouvel âge d’or de l’intaille

BAGUE CAMEE RENAISSANCE Bague en ors rose et noir sertie d’un camée en onyx à deux couches du XVI° siècle représentant le buste d’un jeune patricien vers la gauche. Crédit photo : Atelier Mai 98

L’art de la glyptique connaît un nouvel essor dès le début du XVème siècle en Italie. Une frénésie s’empare des graveurs italiens qui copient, imitent et bien souvent surpassent les créations des anciens. Sous l’influence de Laurent de Médicis (1449-1492), de riches mécènes participent à ce renouveau artistique de la glyptique. Des dactyliothèques qui mêlent indifféremment les intailles antiques et leurs copies se constituent chez des collectionneurs érudits. Quinze siècles après l’époque hellénistique, l’art de l’intaille connaît un second Age d’or.

BAGUE INTAILLE CRISTAL DE ROCHE. Bague en or blanc 18K sertie d’une intaille en cristal de roche du XVIe siècle représentant le buste de Minerve casquée vers la droite, une lance dans la champs. Crédit photo : Atelier Mai 98

En France, il faut attendre les débuts du XVIème siècle pour voir refleurir cet art. François Ier fait venir à sa cour, entre autres artistes, un des lithoglyphes italiens les plus réputés, Matteo del Nassaro, pour participer à cette renaissance de la gravure sur gemmes.

Mais c’est au XVIIIe siècle que la France gagne sa renommée dans l’art de l’intaille. Madame de Pompadour (1721-1764), favorite de Louis XV et patronne des Arts durant son règne, pratiquait avec goût et talent l’art de graver les gemmes. Elle contribua fortement à la réhabilitation de l’art de la glyptique en France. En 1745, elle fit nommer le talentueux Jacques Guay (1711-1793), dont elle était l’élève, « graveur sur pierres fines de Louis XV ». Disciple du peintre François Boucher, Jacques Guay réussit à s’éloigner de la copie des modèles antiques et à renouveler le genre de l’intaille. C’est lui qui retailla en forme de dragon le célèbre spinelle rouge appartenant aux Diamants de la Couronne de France que l’on peut voir dans la Galerie d’Apollon au Louvre.

Jacques Guay. La « Côte de Bretagne » Spinelle rouge de 107,88 carats métriques. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau

« L’intaille au XIXème : de la perfection technique à l’objet d’art »

BAGUE PIVOTANTE. Bague en or 18K sertie d’une intaille du XIXe siècle en cornaline figurant Apollon lauré, montée sur une charnière permettant d’en admirer la qualité de gravure en lumière traversante. Crédit photo : Atelier Mai 98.

Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle surgit une vision renouvelée de l’Art Antique. Le néo-classicisme se nourrit des découvertes, suivies des fouilles archéologiques, d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748). Cette redécouverte de la civilisation gréco-romaine s’accentue au XIXème siècle. L’expédition en Égypte de Bonaparte (1798), l’émergence du Romantisme, la découverte des tombeaux étrusques et des vestiges assyriens (1845) renforcent ce goût de l’Antique.

COLLIER GRANDE INTAILLE Pendentif et sa chaîne en or 18K, agrémenté de perles fines, sertie d’une large intaille de sardoine, fin XVIII°-début XIX° siècle, gravée d’une scène sacrificielle avec personnages et taureau, signature apocryphe lisant “Silas” inversée; la figure de droite est d’après le Pâris de la base du Vase de Portland. Crédit photo : Atelier Mai 98

« A regarder l’intaille en transparence, on se dit que le travail est trop beau pour être vrai ! Ce serait romain, il y aurait une petite gaucherie, quelque chose de plus humain ! La modelé de la gravure au XIXème est d’une qualité incroyable ».

Les camées surtout deviennent très en vogue et ornent leurs parures joaillières des élégantes du XIXème siècle, avec une acmé sous le Ier Empire.

BAGUE CAMEE NOIR ET BLANC. Bague en or blanc 18K laquée noir sertie d’un camée en onyx à couches noire et blanche représentant Hébé, la déesse de la jeunesse, dans son rôle d’échanson des dieux Olympiens. Crédit photo : Atelier Mai 98

L’Art de l’intaille se fait plus discret. En Italie, pléthores de talentueux copistes gravent les gemmes à l’identique des modèles antiques et les faussaires diffusent leurs œuvres dans toute l’Europe.

Le XXème siècle se voulant résolument moderne mettra une nouvelle fois de côté ces splendides vestiges du passé. Les bijoux dans le goût de l’Antique seront remplacés par ceux Art Nouveau, de style Guirlande, Art Déco, Rétro, etc…

L’intaille au XXIème siècle ?

« Aujourd’hui, il reste quelques maîtres glypticiens, mais c’est un métier rare », nous dit Marc Auclert.

La glyptique se pratique principalement dans des tailleries, avec des machines. Idar Oberstein en Allemagne est un site historiquement réputé. Autrefois connu pour ses gisements d’agate, Idar Oberstein demeure un des lieux d’excellence de la taille et de la gravure des gemmes. « Mais je dois avouer que ce qui me touche le plus ce sont les intailles avec une certaine ancienneté, la patine y est incomparable. L’or antique offre de même une couleur, une lumière, un luisant, une oxydation, une malpropreté qui a un charme incroyable et qu’on ne peut reproduire ».

Qu’en est-il actuellement du marché des intailles anciennes ?

« Je dirais que les intailles représentent un marché convoité, qui attire des collectionneurs avisés dans le monde entier ».

A suivre : « De l’authenticité des intailles : conversation avec Marc Auclert »

 

Visuel de « une » : Collier gravure Prince. Collier serti en son centre d’une importante ronde-bosse en calcédoine bleue figurant le buste d’un jeune prince hellénistique à la touchante expression et aux détails de gravure remarquables (chevelure). Art Impérial Romain du Ier siècle, dans un entourage de diamants et d’or blanc laqué bleu. Crédit photo : Atelier mai 98

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