Dans l’atelier de Nathalie Castro, designer joaillier

Nathalie Castro côté pile

Le côté pile, c’est lorsque Nathalie Castro reste dans l’ombre. C’est ce qu’on peut connaître de son travail, sans pouvoir le lui attribuer explicitement.

« Mes premières années dans la joaillerie ont correspondu d’emblée à tout ce que j’aime : l’anti-conformisme, l’originalité, le baroque ! Les bijoux que l’on dessinait dans ce studio de création étaient audacieux, féminins, colorés. L’emploi de nombreuses pierres fines associées aux quatre précieuses permettait un large éventail de couleurs dans la création des bijoux et de subtils jeux de matières. On complétait les harmonies de couleurs avec des laques rutilantes. C’était assez osé. La joaillerie était ludique tout en étant des plus précieuses ».

« Je travaillais particulièrement les volumes dans mes croquis d’intention et réalisais ensuite des maquettes diverses pour juger avec précision des effets, du relief ».

« Ma seconde expérience professionnelle, alors même que je m’étais mise en free-lance afin de diversifier les collaborations et les projets, fut de travailler trois années consécutives pour une célèbre manufacture suisse d’horlogerie, de haute-horlogerie et de joaillerie, fondée dans le dernier quart du XIXème siècle. J’y ai dessiné des collections pour la joaillerie. Ce n’est que plus récemment que j’ai été designer pour les montres dans une Maison américaine. Laquelle? Celle qui dès1943 fit porter ses parures par des actrices lors de la cérémonie des Oscars !

J’ai ensuite été directrice de création pour une Maison de cristallerie française, fondée au XVIIIème siècle sous Louis XV. « J’avais été engagée pour créer leur première collection de joaillerie. J’aime le cristal, la façon dont il se travaille; j’aime également sa belle transparence, la lumière qu’il diffuse lorsqu’il est taillé en facettes ».

« Je n’ai pu m’empêcher de faire référence au grand maître de l’Art Nouveau, René Lalique, en dessinant cette collection. Ses oeuvres rassemblées par Calouste Gulbenkian à Lisbonne font partie des collections que je préfère. Malheureusement seulement une partie des pièces que j’avais dessinées pour cette maison a pu être réalisée. Cela fait partie des aléas que l’on rencontre parfois lorsqu’on passe du dessin à la réalisation matérielles des bijoux… Certains projets joailliers restent parfois latents ou inaboutis ».

Comment se passe le processus créatif lorsqu’on est designer joaillier indépendant?

« Je passe un certain temps à m’imprégner de la culture et de l’atmosphère d’une Maison avant d’imaginer des collections. Mes dessins doivent  traduire l’ADN de la Maison et en renouveler l’esprit. Chaque fois que je travaille pour une nouvelle Maison de joaillerie, et bien que je sois sélectionnée pour « mon trait », « ma patte », je dois m’effacer pour pénétrer dans un nouvel univers.

Après le brief de la Direction artistique ou du marketing de la Maison pour laquelle je vais travailler, je présente environ quatre propositions par thématique joaillière. Ce sont des croquis d’intention réalisés au feutre et à la gouache qui montrent l’emplacement, les volumes, les couleurs du bijou commandité. Parfois je finalise le projet par un gouaché, mais cette demande devient rare. Mes croquis d’intention sont précis et conviennent aux ateliers. Pour réaliser un gouaché, il faut compter deux à trois jours et les délais sont presque toujours trop serrés. Dans un second temps, je m’occupe du suivi de fabrication des pièces joaillières. C’est pourquoi je me définis plus comme « designer » que « dessinatrice » car j’attache une grande importance à la technique et je suis la fabrication, la réalisation matérielle de mes dessins. »

Les projets sur lesquels Nathalie Castro a travaillé sont nombreux. Très nombreux. Il en est un autre cependant que l’on ne peut manquer de mentionner.  Et dont on peut même explicitement citer le nom. Fabergé.

Nathalie Castro pour la Maison Fabergé

L’Oeuf « cerise »

Entre 1884 et 1917, Karl Fabergé (1846-1920) a fabriqué une cinquantaine d’oeufs principalement pour la famille impériale russe, quelques exemplaires aussi pour la famille des Rothschild et la duchesse de Marlborough. Peu après la la chute des Romanov, la célèbre Maison fut contrainte de fermer ses portes. En 2012, trois années après avoir été relancée, Fabergé dévoilait une extraordinaire nouvelle collection d’oeufs.

Nathalie Castro explique : « La conception de cette collection sur huit mois a été une expérience extraordinaire. Sous l’égide de Katharina Flohr qui était la directrice de création de la Maison, je devais refaire les premiers oeufs depuis la Révolution russe! Il fallait à la fois rendre hommage aux ces oeufs mythiques des Romanov, et démontrer que l’on pouvait faire, en ce début du XXIème siècle, aussi bien si ce n’est mieux qu’au début XXème. Tous les collectionneurs, experts, marchands d’art et antiquaires étaient présents lors du lancement de cette collection. Les différents métiers d’art ont été sollicités. Et les meilleurs ateliers ont collaboré à ces pièces de haute-joaillerie. A Limoges, l’atelier Cheron-Tessier a réalisé de véritables prouesses techniques pour l’émaillage des oeufs.

Oeuf mirage @Nathalie Castro
Oeuf Paon @Nathalie Castro

« Parmi les différentes propositions que j’ai faites toutes n’ont pu être retenues. Je le regrette pour l' »Oeuf mirage » qui était mon préféré. L »‘Oeuf Paon » fut reproduit en cadran de montre. Mais quel plaisir de transposer en collier le fameux Train de fleurs. Ce train qui autrefois reliait Grasse à Saint-Petersbourg pour livrer des fleurs fraîches dans les Palais des Romanov. L’Oeuf aux roses, en hommage à Catherine II de Russie, évoque la passion qu’avait la Grande Impératrice pour les roses de son Palais d’été de Tsarskoye Selo. Et l »Oeuf ruban » rappelle les motifs folkloriques russes.

Oeuf aux roses
Affiche publicitaire Fabergé avec le collier « Oeuf – train de fleurs ». @Fabergé
Oeuf ruban inspiré des motifs folkloriques russes
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