Les Seventies sont de retour

La liberté créative des années 70

En continuité avec la vague d’émancipation des années 60, les années 70 sont marquées par une extraordinaire liberté créative. Encore influencé par le Pop Art, le mobilier revêt des formes organiques, privilégiant les rondeurs et le confort, alliant des matières synthétiques aux matières nobles dans un assemblage de couleurs vives. La mode est aux blouses fluides, aux pantalons patte d’éléphant et aux cafetans, le tout coloré par des motifs inspirés de la nature et l’orient.

En tant qu’art décoratif, la joaillerie se fait écho de l’évolution des mœurs. Le sautoir est privilégié par rapport aux colliers courts pour orner les tuniques; les femmes osent porter des bijoux aux couleurs et aux volumes audacieux. Cette époque caractérisée par le « big and bold » permet aux joailliers de faire preuve d’une ingéniosité, associant les matières et innovant sans cesse pour offrir une diversité de styles.

Les maisons établies perpétuent la tradition joaillière en concevant des pièces somptueuses qui manifestent un intérêt certain pour la diversité et la qualité des gemmes. Les pierres précieuses traditionnelles conservent une place de choix mais se voient assemblées avec des matières novatrices telles que cristal de roche, chrysoprase, œil de tigre… L’époque est encore à la parure : dans une unité de dessin et de couleurs, les femmes aisées se parent d’un collier, de boucles d’oreilles, de bracelets et de bagues.

En parallèle à la haute joaillerie, les maisons répondent à une demande pour des bijoux plus accessibles et d’un usage quotidien. Des boutiques fleurissent à partir de la fin des années 60 dans lesquelles les vitrines offrent un choix de bijoux variant au gré des saisons pour refléter les formes et couleurs en vogue. Les vendeuses font leur apparition : habillées d’un uniforme, elles renseignent cette clientèle plus jeune et décontractée. Dès 1954 Van Cleef & Arpels pressent ces nouveaux besoins et crée une ligne de boutiques qui rencontrent un grand succès à partir des années 60. Cartier crée le « Must de Cartier », une collection constituée de montres et bijoux abordables soutenue par un judicieux marketing. En 1969, Chaumet inaugure à son tour sa première boutique « L’Arcade » à droite du magasin de joaillerie.

Une édition de 1973 du magazine Marie France commente ces nouveaux lieux : « Vous pouvez en franchir le seuil, vous promener parmi les vitrines, les prix sont affichés et une hôtesse, jolie et souriante comme il se doit, est là pour vous renseigner et vous montrer les bijoux. […] cela créé une ambiance détendue, jeune et agréable. »

 

Bracelet Cartier « Clou », 1971, en or jaune. 6.90 x 7.48 cm. Cartier New York.

 

Ces années sont donc déterminantes pour les grandes maisons. Inspiré par le courant minimaliste, Aldo Cipulo chez Cartier lance son bracelet « Love » en 1969 ainsi que la ligne « Clou » en 1971.

Au même moment, Van Cleef & Arpels fait entrer dans son répertoire le fameux motif Alhambra en créant son premier sautoir tout en or jaune.

Sautoir Alhambra or jaune et corail, 1976 collection privée Van Cleef Arpels

Ces années sont aussi celles des bagues « Philippines » ornées d’un choix infini de pierres dures aux couleurs chatoyantes. La richesse de cette décennie est telle que la maison Van Cleef a organisé en ce début d’année une exposition dédiée aux années 70. Dans la boutique de la place Vendôme, nous pouvions admirer environ soixante-dix pièces issues de la collection privée de la maison, reflétant l’extraordinaire créativité et les associations de matières de l’époque.

Sautoir Byzance 1972 collection privée Van Cleef Arpels

 

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