Les diamants de la Collection Al Thani au Grand Palais

« Miroir, mon beau miroir » : le diamant dans la création contemporaine

Viren Bhagat, à la croisée de l’art moghol et de l’art déco

La Collection Al Thani présente douze pièces, toutes plus belles les unes que les autres, de ce joaillier indien, qui est exposé pour la première fois en France.

Viren Bhagat dans son bureau de Mumbai le 16 février 2017.

Viren Bhagat vit et travaille à Mumbai, qu’il persiste à appeler Bombay. C’est là que j’ai pu lui rendre visite et échanger avec lui sur son travail. Il a une idée très précise et organisée de son art. Il travaille tous les matins à dessiner différents modèles de bijoux, qu’il ait déjà une pierre de centre ou pas, et conserve tous ses dessins dans un tiroir de son bureau au sous-sol de sa boutique, un étroit local située dans le quartier de Kemps Corner, quartier des joailliers. Lorsqu’un dessin est sélectionné pour être réalisé, l’atelier des diamantaires et des joailliers s’applique à respecter parfaitement les proportions requises. Viren Bhagat travaille essentiellement la joaillerie blanche (platine -pour des montures quasi invisibles-, perles et diamants) excepté peut-être pour sa clientèle indienne qui  n’hésite pas lors de grandes occasions à revêtir des parures richement ornées et colorées.

La griffe de Bhagat, ce sont des bijoux extrêmement raffinés, féminins, aisés à porter (j’ai testé, en particulier les boucles d’oreilles qui ne sont jamais trop lourdes!) et qui font toujours référence à la joaillerie moghole, à l’Inde et à l’Art déco tel que Cartier l’interprétait dans les années 1920-1930. Viren Bhagat travaille uniquement avec les pierres précieuses (diamant, saphir, rubis et émeraudes, auxquelles on peut ajouter les gemmes organiques que sont les perles fines). Sa spécialité, ce sont les diamants anciens bien souvent issus des mines de Golconde, Le joaillier choisit lui-même les pierres qu’il va faire monter dans un de ces quatre ateliers, pour ce faire, il passe une grande partie de l’année à « chasser » les gemmes dans le monde entier.

Broche émeraude et diamants Viren Bhagat. Mumbai, 2014. @The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Cette broche, explique le joaillier, est inspiré d’un motif floral que l’on retrouve dans l’architecture moghole. Elle n’est pas sans nous rappeler les « jardinières » motif caractéristique de l’entre-deux guerres. En fait, elle symbolise l’arbre de l’Immortalité cité dans le Coran. Au centre de la broche se trouve une émeraude colombienne pesant 20,03 carats. et dite de « vieille mine », c’est-à-dire qu’elle fut taillée en Inde à l’époque de la dynastie des Moghols. Les quatorze diamants de taille rose pesant 11,67 carats symbolisent de délicats pétales.

Broche en diamants et platine de Viren Bhagat. Mumbai, 2015. L. 5,2 cm; l. 4 cm. @The Al Thani Collection 2016. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Le second bijou que j’ai choisi de vous présenter, est entièrement composé de diamants calibrés plats qui représentent une fenêtre ajourée. Il s’agit de la broche « Jali » (qui figure en « une » de cet article). Le motif fait en référence aux éléments architecturaux des palais du Rajasthan, les femmes des zenanas pouvaient ainsi voir sans être vues.Il se compose de vingt-quatre diamants parfaitement calibrés taillés en table (une grande facette sur le dessus), le serti platine semble invisible.

Paire de boucles d’oreilles Viren Bhagat. Mumbai, 2014. @The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Eric Hamers s’est arrêté spontanément sur cette paire de boucles d’oreilles : « un magnifique appairage de diamants poire taillés en rose ». La taille rose correspond à la taille ancienne des diamants, elle s’oppose à la taille brillant. Le diamant a un éclat plus faible, que l’on peut aussi qualifier de plus doux, de moins agressif. Les deux diamants réunis pèsent 30,15 carats et sont entourés de trente-huit diamants calibrés (de tailles et de formes identiques) plats qui ont été taillés dans les ateliers du joaillier. Viren Bhagat évoque le style « Indian Déco » de ce bijou : un mélange de motif floral traditionnel indien et les lignes géométriques et pures de l’Art Déco.

Joël Arthur Rosenthal, dit JAR : une identité indienne

Ornement de turban JAR. Paris, 2016. Diamants, perles, or, argent et platine. @The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Neuf pièces uniques signées JAR concluent magistralement la visite. Toutes font référence à l’Inde.

D’abord par le choix des thématiques abordées : référence  à l’architecture indienne avec une broche en agate blanche et émeraude reprenant le motif du jali, référence aussi aux ornements avec des boucles d’oreilles rappelant le gland en perles des turbans de maharajahs, avec une broche formée d’une tête d’éléphant en titane surmontée d’une aigrette pavée de diamants, ou une autre broche en diamants et jade avec un toupet de plumes noires…

Ensuite par le choix des gemmes. JAR a réuni une collection de perles fines rarissime aujourd’hui. Un collier formé de dix rangs inégaux rassemble 1322,8 carats de perles – dont une en forme de goutte de 9,8 ct. Ce collier concurrencerait certainement celui à sept rangs que portait fièrement Khande Rao Gaekwar, Maharajah de Baroda (c’est lui qui a commandé le tapis de perles et de pierreries que vous pouvez admirer au centre de l’exposition). On retrouve les perles dans deux paires de boucles d’oreilles reprenant des motifs du répertoire joaillier indien traditionnel; elles forment l’anneau d’une bague très originale ornée en son centre d’une émeraude hexagonale de 12 carats. Les émeraudes de JAR sont d’une pureté exceptionnelle. Trois émeraudes oblongues (de 27,34 carats, 27 carats et 33 carats) forment une épingle à jabot aux couleurs chatoyantes  L’ensemble des bijoux est ponctué de diamants. Point de saphirs : JAR connaît l’Inde et ne retient que les pierres qu’on y affectionne.

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