Les diamants de la Collection Al Thani au Grand Palais

Du bon usage des diamants par les Moghols et les Princes Indiens

La parure est un élément essentiel de la culture impériale et royale en Inde. Les bijoux ne servent pas seulement d’ornement, ils symbolisent le pouvoir, la richesse, le statut de celui qui les porte. Ainsi en est-il des diamants et des spinelles, pierres dynastiques par excellence.

Les gemmes sont aussi dotées d’une symbolique cosmique. Le diamant par exemple est associé à Vénus, le rubis au soleil, l’émeraude à Mercure… Les pierres sont également investies de qualités et de pouvoirs, comme l’enseignent les traités de gemmologie de l’Inde ancienne. Ainsi elles possèdent des vertus prophylactiques car elles protègent ceux qui les portent (l’émeraude en particulier qui symbolise par sa couleur l’Islam, la spiritualité, servait d’amulette protectrice contre l’épilepsie, le poison…). Sous un autre angle, les gemmes jouent un rôle apotropaïque en éloignant les dangers de tous genres (empoisonnements, démons, dragons et serpents).

Dans la hiérarchie des pierres précieuses, le diamant est donné pour joyau par excellence tant pour ses qualités optiques que pour sa force mystique. Pierre associée aux Brahmanes, le diamant est un talisman dont se sont ostentatoirement parés empereurs Moghols et Maharajahs.

Voici une sélection de quelques bijoux d’hommes, ornés de diamants anciens, qui présente des techniques traditionnelles de joaillerie indienne, des types de bijoux autres que ce que nous connaissons en Europe. Ces bijoux révèlent un goût et un style propre au sous-continent. Tous sont le reflet de la culture Indienne depuis le XVIème siècle.

La bague d’archer de Shah Jahan (1592- 1666)

Bague d’archer de l’empereur Shah Jahan. Inde, vers 1625-1650. Or, diamants, rubis, émeraudes. @Musée national de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, 2017. Vladimir Terebenin.

Cette bague est remarquable sur plusieurs plans. Tout d’abord, c’est un bijou caractéristique des empereurs Moghols. Ces derniers étaient des conquérants rompus au tir à l’arc. Afin d’éviter de se blesser avec la corde lors du tir, ils avaient pour habitude de couvrir leur pouce d’une bague. De fonction utilitaire, cet objet a évolué jusqu’à devenir un symbole du pouvoir impérial que les empereurs portaient à leur ceinture. Bien souvent, ils en portaient plusieurs exemplaires, des modèles en jade -pierre associée à la victoire militaire – sont fréquents pour ce type de bijou.

Cette bague appartenait au Grand Moghol Shah Jahan, celui-là même qui fit construire le Taj-Mahal à Agra. Elle atteste aussi un autre moment historique : le sac de Delhi en 1739 par le roi persan Nadir Shah, sac qui accentua le déclin de l’Empire moghol. La bague fit partie du butin que Nadir Shah s’appropria : il l’offrit juste après comme cadeau diplomatique à la cour de Russie. Elle appartient désormais au Musée de l’Ermitage qui l’a exceptionnellement prêtée dans le cadre de l’exposition parisienne.

Enfin , cette bague porte en son centre un diamant de six carats précurseur de toutes les tailles plates. Elle éveille l’enthousiasme d’Eric Hamers, qui la qualifie de « merveilleuse »: « Ce diamant, qui n’a pas la prétention de jouer avec la lumière, fait ressentir d’instinct, au delà des cassures, une matière de substance quasi-divine. Ce diamant possède ce supplément d’âme si convoité. La culasse est proportionnée au bijou, elle n’est pas importante, sans quoi elle gênerait le passage du doigt. Cette bague est un objet historique qui ne saurait être retouché, et doit impérativement être conservé dans son état premier ».

Vue intérieure de la bague d’archer de l’empereur Shah Jahan. @Musée national de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, 2017. Vladimir Terebenin.

Cette bague comporte une inscription intérieure en persan qui restera invisible du visiteur de cette exposition : Sahib qiran-i-thani, « le Second Maître de l’Heureuse conjonction ». C’est le titre que s’est choisi Shah Jahan, et que l’on retrouve sur maint autre objet lui ayant appartenu.

Le « JIGHA » ou ornement de turban du souverain moghol

Ornement de turban (jigha). Inde du Nord. 1675-1750. Or, spinelles, diamants, rubis, émeraudes, tige émaillée. H. 22,5 cm; l. 5,4 cm. @The Al Thani Collection 2013. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming Associates Ltd.

Le turban caractérise le souverain indien, hindou ou musulman, empereur moghol ou maharajah. Le jigha est un ornement de turban qui était réservé exclusivement à l’empereur et dont la forme s’inspire d’une plume de héron – élément décoratif originel du turban.

Ce jigha représente une fleur épanouie dont les pétales et les feuilles sont ornés de diamants Polki. C’est-à-dire de diamants plats simplement polis ou de diamants taillés sans culasse, et dont le fond est plat. Les diamants sont sertis dans une feuille d’or selon la technique typiquement indienne du kundan.  Le style floral est caractéristique de l’Empire Moghol et a atteint son acmé sous le règne de Shah Jahan : on le retrouve dans l’architecture, les textiles, les peintures, la vaisselle, les armes et bien entendu la joaillerie.

Quittant un instant les diamants exceptionnels présentés par l’exposition, ne manquez pas de jeter un coup d’œil au revers des objets présentés, la scénographie des joyaux en offre souvent la possibilité. Le verso de cet ornement de turban est entièrement émaillé, technique apparue au XVIème siècle et maintenue à ce jour dans la joaillerie traditionnelle indienne.

Revers émaillé de cet ornement de turban. @The Al Thani Collection 2013. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming Associates Ltd.


Le « SARPECH » ou ornement de turban du maharajah

Ornement de turban (sarpech). Inde du Nord, 1875-1900. Or, diamants, rubis et spinelles. H.13,7 cm. L. 19,8 cm. @The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming Associates Ltd.

Le sarpech est un ornement de turban qui était très en vogue sous le Raj Britannique. Pramod Kumar KG explique dans l’ouvrage publié à l’occasion de l’exposition que l’évolution des ornements de turban durant quatre siècles s’est faite par « adjonction successive d’éléments décoratifs sur une forme originelle qui demeure au fil du temps relativement inchangée ».

Il est amusant de constater que les diamants sont ici sertis dans des griffes et non pas selon la technique traditionnelle du kundan; l’influence européenne en cette fin de XIXème est prégnante.

Autre détail majeur : ce sarpech est orné de deux spinelles impériaux gravés « 12 Shah Jahan-i Jahangir Shah 1049 »  (12 Shah Jahan (fils de) Jahangir Shah 1049) datés de 1639-1640. Ainsi, les Maharajahs prolongeaient dans le plus plus respect les traditions mogholes.

Détail Ornement de turban (sarpech). Inde du Nord, 1875-1900. Or, diamants, rubis et spinelles. H.13,7 cm. L. 19,8 cm. @The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming Associates Ltd.


Le collier du Nizam d’Hyderabad

Collier du Nizam de Hyderabad. Inde, 1850-1875. Or, diamants, émeraude, bordures émaillées. @The Al Thani Collection. Tous droits réservés. Photo Prudence Cuming.

Le Nizam d’Hyderabad était le plus riche souverain de l’Inde; les mines de Golconde faisant partie de son Etat. Richesse et magnificence sont manifestes dans ce collier massivement décoré de diamants dont huit sont de forme triangulaire et pèsent chacun entre 10 et 15 carats.
La collection présente aussi une épée d’apparat tout aussi richement ornée ayant appartenu aux Nizams.

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