Les diamants de Golconde: mythe, histoire et science

Du récit à la réalité scientifique

Cet exceptionnel diamant de 34.9 carats date du XVIIème siècle; sa taille plate et ronde est caractéristique de la façon dont on taillait les diamants à cette époque pour les sertir dans un bijou. Collection particulière.
  • Le point de vue du géologue

Les diamants de Golconde se sont formés, comme les autres diamants, dans le manteau terrestre à des distances d’au moins 140 km profondeur à hautes-pressions et à de hautes-températures, et ont été remontés à la surface grâce à des processus volcaniques singuliers. Ce sont des magmas de type kimberlitique ou lamproïtique, formés à de très grandes profondeurs, remontant rapidement à la surface de la Terre qui permettent la mise en surface de ces diamants.

Jusqu’à ce jour, la source des diamants alluviaux de Golconde n’a pas été trouvée. Cependant, au centre de l’Inde dans la région de Panna, des roches volcaniques porteuses de diamants, ont été identifiées depuis le début du XIX ème siècle : le conduit diamantifère de Majhgawan représente à présent près de 99% de la production en diamants de l’Inde. Ces roches volcaniques sont plus proches des lamproïtes que des kimberlites. Elles seraient remontées rapidement à la surface de la Terre, au Protérozoïque, il y a 1,5 milliards d’années. À l’époque, l’Inde faisait partie d’un super-continent appelé Rodinia.

Selon le Professeur François Farges, à l’exception du gisement de Panna, les gisements d’origine ont disparu avec l’érosion. Il ne reste pour l’essentiel que des dykes de lamproïtes éparpillés ici ou là. C’est ce phénomène d’érosion qui explique qu’on ait trouvé une forte quantité de diamants dans les gisements alluviaux de la rivière Khrisna au bord de laquelle se trouvent les mines de la région de Golconde.

Les bruts trouvés étaient souvent de forme arrondie « comme des galets », ou aplatie –  mais ceci n’est pas dû à l’érosion mais au fait que les cristaux ont été fortement corrodés par le magma qui les a remontés.

Le diamant « Pink Golconda », IF type IIa, 10.46 carats. 1,84 cm x1,38 cm . D : 0,5 cm. @The Al Thani Collection. All rights reserved.
  • Le point de vue du gemmologue

Les scientifiques classent les diamants selon deux « types » principaux, type I et type II, selon qu’ils contiennent, ou pas, des atomes d’azote en remplacement d’atomes de carbone dans leur structure atomique. Cette différenciation est établie grâce aux techniques de spectrométrie infra-rouge et de transparence aux rayonnement ultraviolet court (254 nm).

Dans les diamants de type II, qui nous intéressent tout particulièrement, il n’y a pas d’azote détecté en spectrométrie infrarouge, c’est-à-dire que ce sont des diamants d’une grande pureté chimique, avec une structure atomique parfaite. Le type II se subdivise en deux groupes : les diamants de type IIa, très rares, (seulement 0,8% des diamants appartiennent à ce groupe) et sont généralement incolores, bruns ou roses. Les diamant de type IIb (contenant du bore) sont extrêmement rares (estimés à 0,1% de la production de la mine Premier en Afrique du Sud qui produit le plus de ce type de diamants) et voient leur couleur varier du bleu au gris bleu.

La plupart des diamants de Golconde appartiennent à ce type IIa. On parle « d’eau caractéristique » pour les diamants de ce type, qui sont très purs et d’un éclat sub-métallique. Aurélien Delaunay, Responsable de laboratoire et du service diamants du Laboratoire Français de Gemmologie, Paris (LFG) explique que les plus beaux diamants peuvent avoir une couleur surpassant l’étalon D. Les plus beaux « Golconde » seraient en quelque sorte définissables comme des « super D ».

Les « Golconde » peuvent présenter des glaces, des clivages, et quelques inclusions de sulfures -mais il est facile de tailler autour des rares inclusions de sulfures. D’ailleurs, récemment, le magazine Science (Vol 354, Issue 6318, 16. XII. 2016) révélait que l’analyse de ces inclusions a permis de mettre à jour que les gros diamants de type IIa se seraient formés à des profondeurs bien plus grandes que les autres diamants, au minimum 360 km de profondeur !

Les types IIa sont-ils tous alors des diamants provenant de Golconde?

Non! On associe, voire on confond bien souvent, mais à tort, Golconde et type IIa. Sont ainsi souvent assimilés à des diamants de Golconde, d’autres très beaux diamants de type IIa, mais qui proviennent du Brésil, ou bien d’Afrique du Sud ou bien encore du Lesotho.

Par extension commerciale, dans certaines ventes aux enchères ou en boutique, les types IIa sont appelés « diamants de Golconde ». Les limites de cette attribution touchent alors à leur fin, et le terme, galvaudé, perd son sens et sa valeur.

Une définition?

Diamant dit Le Régent. 140.64 carats. Il fut découverte en Inde, dans la région de Golconde en 1698. Photo RMN-Grand Palais, musée du Louvre. Stéphanie Maréchalle

Pour le LFG, un diamant de type « Golconde » est un diamant de type IIa, de couleur D-E-F et de pureté pur à VVS, (very very small inclusion(s)). En plus de ces caractéristiques, les seuls diamants pouvant obtenir cette appellation au LFG sont des diamants importants (supérieur à 5 ct) et de taille ancienne (petite table, hauteur de couronne importante, colette ouverte).

Si et seulement si votre diamant possède toutes ces caractéristiques, alors vous pourrez repartir avec une lettre annexe au rapport d’identification de la pierre, mentionnant que votre diamant est de type Golconde.

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