Les bijoux de l’Impératrice Eugénie : de l’apogée à la chute

Lors de l’Exposition universelle de 1867, reprenant son rôle d’encouragement et s’arrêtant devant la production des joailliers parisiens, Eugénie sélectionne chez Rouvenat une broche en forme de lilas, facturée 25 000 francs .

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Branche de lilas de l’Impératrice par Rouvenat. 1867. @http://diamantsdelacouronne.free.fr/

Chez Mellerio, dont de nombreux diadèmes iront bientôt coiffer les têtes des princesses européennes, elle observe une plume de paon faite de diamants et pierres de couleur : une commande sera passée l’année suivante.

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Broche plume de paon commandée par Eugénie @Mellerio dit Meller

1867 marquera l’une des dernières occasions pour Eugénie de briller et de jouer à l’hôtesse des princes du globe.

Trois ans plus tard la guerre éclate et les événements se précipitent : la défaite, l’emprisonnement de l’Empereur, la fuite honteuse des Tuileries et l’arrivée en Angleterre, l’exil. La femme la plus sophistiquée d’Europe, si ce n’est du monde, a quitté la France avec deux mouchoirs. Quand la famille se retrouve enfin dans la tristesse grise de Camden Place, les parures récupérées grâce à des mains amies n’ont plus vraiment de raison d’être, si ce n’est de rappeler des jours meilleurs. La vente de juin 1872 permet au moins d’alimenter certains espoirs, qui vont s’avérer bien éphémères. En 1873 la mort de Napoléon III et en 1879 celle du Prince impérial anéantissent les ultimes projets. Eugénie décide alors que l’avenir se fera sans elle, reniant désormais tout colifichet et se drapant de noir pour les quarante prochaines années, elle finit par distribuer aux derniers fidèles, parents et amis les restes de sa fabuleuse collection.

Comme un écho à ces diamants impériaux dispersés, la IIIe République décide de son côté de se débarrasser définitivement en mai 1887 des ces symboles par trop voyants de la monarchie impériale . Les parures d’Etat de Bapst iront orner les nouvelles princesses américaines.

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Catalogue Berthaud 1887

A Madame Carette de conclure : « une tradition espagnole veut que les perles dont les femmes se parent le jour de leurs noces deviennent le symbole de larmes répandues. L’Impératrice dédaignant un ancien préjugé portait ce jour là un collier de perles incomparables qui couvrait son corsage de satin. La tradition, hélas, devait être fidèle » .

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Gustave le Gray. L’impératrice Eugénie agenouillée sur un prie-dieu @RMP-GP. Palais de Compiègne. Crédit photo : Franck Raux

Nicolas Personne

Nicolas Personne est diplômé de troisième cycle de l’École du Louvre. Spécialisé dans l’étude des grandes demeures et des lieux de pouvoir, en particulier sous le Second Empire, il est l’auteur de plusieurs essais et articles sur les châteaux de Fontainebleau et de Compiègne sous Napoléon III.
@Nicopersonne

 

« MARÍA EUGENIA GUZMAN COMITISSA TEBAE GALLORUM IMPERATRIX. MDCCCLXII » Portrait de l’Impératrice Eugénie par Winterhalter, 1862. @Fundacion Casa de Alba, Madrid. La Maison Mellerio a travaillé sur les deux bracelets de perles que porte sur ce tableau l’Impératrice.

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