Les bijoux de l’Impératrice Eugénie

[section_title title= »La première’Exposition Universelle à Paris, le 15 mai 1855″]

L’approche de l’Exposition Universelle suscite des commandes marquantes.

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L’Impératrice Eugénie porte sur ce portrait le collier de perles d’un rang avec poires des Diamants de la Couronne. Franz-Xaver Winterhalter @RMN-GP. Crédit Franck Raux. Palais de Compiègne

Favorisant particulièrement les perles, Eugénie fait remanier l’ancien fonds des joyaux de le Couronne avec notamment la livraison, à nouveau par Gabriel Lemonnier, d’une couronnette et d’un diadème en argent et or, ce dernier constitué de 212 perles et de 1998 diamants, d’un dessin de rinceaux Louis XVI très élégant .

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Alexandre-Gabriel Lemonnier – Diadème de l’impératrice Eugénie – Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

La Maison Mellerio, fournisseur à titre privé de la cour et de la souveraine, qui multiplie les achats personnels et les cadeaux au 9, Rue de la Paix, est une nouvelle fois sollicitée très officiellement en 1855 pour créer un nouvel éventail avec des pierres de la Couronne. Ce dernier prend la forme d’une création en ivoire peint ornée de dentelle d’Alençon et composée de 1066 brillants pour 9382 francs .

L’inauguration de l’Exposition universelle le 15 mai 1855 est le point culminant de ce début de règne :

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Provost. Exposition universelle de 1855, vue de la grande nef du Palais de l’Industrie. 1855 Lithographie en couleurs. Archives Saint-Gobain © Archives Saint-Gobain

Napoléon III, qui veut que son épouse se présente avec un éclat incomparable, demande en effet à plusieurs joailliers de confectionner de nouvelles parures d’Etat, qui seront considérées parmi les plus célèbres du Second Empire, démontrant par la même occasion aux autres nations la maestria et la supériorité de la joaillerie française :

« C’est par un sentiment des plus fiers, écrit le rapporteur de 1855, que S. M. l’Empereur a voulu que les diamants de la Couronne fissent l’ornement le plus magnifique de l’Exposition ; et jamais Paris, à aucune époque précédente, ne s’est montré si prodigue d’une mise en dehors de capital, représenté par une masse de parures d’une aussi grande valeur, en même temps que d’un goût aussi élégant . L’esprit qui a entraîné nos joailliers à une pareille dépense est encore plus national que personnel ».

A tout seigneur tout honneur, une couronne impériale dite de haut de tête est exécutée par Gabriel Lemonnier pour Eugénie en même temps qu’une nouvelle couronne pour l’empereur. Celle de la souveraine, en or, est constituée de 2490 diamants et de 56 émeraudes, le tout pour 33 622 francs .

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Alexandre-Gabriel Lemonnier – Couronne de l’impératrice Eugénie – Photo (C) RMN-Grand Palais / Les frères Chuzeville
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d’après Franz Xaver Winterhalter Eugénie de Montijo de Guzman (1826-1920), impératrice des Français – portrait officiel en 1853. Photo (C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Droits réservés

Viette se charge de la création d’un peigne et surtout d’un imposant diadème de diamants, en collaborations avec Oscar Massin, d’un dessin de rinceaux entremêlés de style rocaille particulièrement audacieux, inspiré de boiseries versaillaises, et portant en son centre le Régent , faisant d’Eugénie la seule souveraine ayant l’insigne honneur de porter la pierre emblématique du trésor de la Couronne .

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Projet pour le diadème porté par l’Impératrice Eugénie à l’inauguration de l’Exposition Universelle de 1855. @RMN-GP. Crédit : Michèle Bellot

Théodore Fester livre un grand bouquet de corsage, d’un esprit naturaliste très XVIIIème remis au goût du jour par la jeune impératrice, composé de 2637 brillants (136 carats) et de 860 petites roses.

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Le grand bouquet de corsage en diamants. Photo Berthaud de 1887.

Dans le même style Kramer exécute une grande ceinture de 4485 brillants figurant en son centre un large nœud de diamants ainsi que plusieurs broches d’épaule et de corsage dont une entièrement constituée de diamants jaunes. Les joailliers Marret et Baugrand, Ouizille-Lemoine et Lemoine Fils se contentent pour leur part de fournir une coiffure de brillants et des décorations .

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Christophe-Frédéric Bapst – Broche de l’impératrice Eugénie. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

La commande la plus extraordinaire revient en effet à la Maison Bapst qui, outre la livraison d’une grande broche de devant de corsage de style rocaille exécutée d’après un modèle du XVIIIème siècle , se voit chargée de l’élaboration de la mythique parure de feuilles de groseillier, livrée en juillet 1855.

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Parties (ici séparées pour la vente de 1887) du grand tour de corsage de la parure de feuilles de groseillier. Photo Berthaud de 1887

Cet ensemble de près de 7500 brillants et facturé 15 800 francs est composé d’une guirlande formant collier, d’un tour de corsage et d’un devant de corsage tous composés de bouquets de feuillages délicatement ouvragés, alternant avec des diamants et des aiguillettes, finement reliés entre eux.

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Une partie de la parure feuilles de groseillier. Vente Doyle du 13 avril 2011.

Les éléments, d’une grande légèreté, sont parfaitement mobiles, bougeant et scintillant au gré des mouvements de l’impératrice, rendant féerique chacune des ses apparitions .

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Une autre partie de la parure fleurs de groseillier. Christie’s Genève 2014.

Aussi somptueuses soient-elles, les parures de 1855 ne semblent pas avoir donné entière satisfaction à Eugénie. La naissance du prince impérial en mars 1856 aidant, l’impératrice va s’affirmer dans sa position et ses goûts….

A suivre :

« Les bijoux de l’Impératrice Eugénie, de l’apogée à la chute«