L’Age d’or des Maharajahs

1905 - Diamond aigrette
Aigrette de diamants commandée en 1905 par le Maharajah de Kapurthala, Boucheron.

La Maison Boucheron existe depuis 1858 et a installé son siège 26, place Vendôme en 1893. Les maharajahs et maharani de Kapurthala, de Baroda, de Mysore, les princesses Indira de Cooch Bahar puis sa fille Gayatri Devi de Jaipur, entre autres, sont passés par la boutique de la Place Vendôme pour passer commande et choisir leurs bijoux. Louis Boucheron reprit en 1902 les rênes de la maison fondée par son son père Frédéric Boucheron (1830-1902). Durant l’hiver 1926-1927, il fit un voyage en Inde afin de présenter les créations de sa maison.

Là encore, le Maharajah de Patiala fut le représentant le plus marquant de cette clientèle indienne. Il passa à Boucheron la plus importante commande de bijoux jamais effectuée auprès de la maison – et peut-être auprès de tous les joailliers de la place Vendôme réunis.

1930 Patiala Treasure Book
Dessins et photographies des pièces de joaillerie exécutées pour le Maharajah de Patiala en 1928, Archives Boucheron.

L’Etat de Patiala possédait des terres agricoles extrêmement fertiles. C’était un Etat riche. Son Maharajah bénéficiait de la moitié des revenus et les affectait à ses dépenses personnelles. Il était ainsi bien plus fortuné que son suzerain, le roi d’Angleterre!

Le 1er août 1928, le Maharajah s’installe au Ritz à Paris. Il est accompagné de son innombrable suite: plusieurs épouses, des dizaines de domestiques, allant des femmes de chambre aux cuisiniers en passant par les aides de camp, sans oublier les chauffeurs de ses Rolls-Royce qu’il avait bien entendu convoyées depuis l’Inde.

Vincent Meylan raconte que, le 2 août 1928, on vit le maharajah « traverser la place Vendôme suivi de douze sikhs mesurant deux mètres qui transportent six caisses en fer contenant des milliers de pierres précieuses » et il ajoute que dans « des écharpes en soie de couleur, s’entassent 7571 diamants pesant 566 carats, divers lots de rubis et perles et, surtout, 1432 émeraudes d’un poids de 7800 carats ». (« Caprices de maharadjahs », Archives secrètes Boucheron).

1928 MC Patiala p274 275
Cahier de commande Boucheron, pages 274 et 275 concernant le Maharajah de Patiala, 1928. Archives Boucheron

A partir de cette manne aussi inattendue qu’inouïe, la maison Boucheron créa 149 bijoux, les pièces majeures étant destinées à l’usage du maharajah lui-même, les autres allant à ses épouses et à ses filles. Voici trois des six colliers en émeraudes et diamants parmi les plus importants bijoux réalisés.

1928_1929 Emerald & Diamond necklace
Dessin original d’un collier émeraudes et diamants, archives Boucheron 1928-1929
1928_1929 Emerald & Diamond necklace 2
Collier émeraudes et diamants du Maharajah de Patiala, archives Boucheron
1928 Emerald & Diamond necklace
Dessin original d’un collier émeraudes et diamants, archives Boucheron 1928
1928 L138 p48
Autre collier émeraudes et diamants du Maharajah de Patiala, archives Boucheron
1928 L138 p8
Collier émeraudes et diamants du Mararajah de Patiala, archives Boucheron 1928

Bhupinder Singh, Maharajah de Patiala, eut une descendance dont il existe toujours des représentants. Toutefois, depuis l’Indépendance,  les bijoux créés par Boucheron semblent n’avoir plus jamais été exposés en public.

Nous retrouverons la maison Boucheron dans le prochain article qui sera consacré aux bijoux contemporains inspirés par l’Inde, la maison ayant réalisé l’été dernier une collection remarquable intitulée « Bleu de Jodphur ».

Archives secrètes Boucheron, Vincent Meylan,2009, Editions Télémaque.

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