Une épopée historique

Les derniers feux des Diamants de la couronne

  • Sous le Premier Empire, Napoléon Ier (1769-1821) renoua avec les symboles monarchiques dont les joyaux de la couronne sont l’emblème. Il fit ainsi sertir le « Régent » sur son épée de Premier Consul lors de son sacre. En 1812, le diamant prit place sur le glaive impérial. Afin d’éviter  les dérives d’une monarchie de droit divin, Napoléon Ier s’inspira d’une autre période historique : celle de la mythique et glorieuse Rome antique, qu’appuie le choix politique de l’Empire.

Napoléon Ier fait aussi revenir des joyaux qui avaient été engagés sous le Directoire, excepté le Sancy. A partir de 1805, il effectue des acquisitions importantes pour les Diamants de la Couronne – indépendamment des différentes et nombreuses parures personnelles qu’il offrira  à Joséphine (1763-1814), qui possèdera le plus riche écrin privé d’Europe, ou à sa seconde épouse Marie-Louise (1791-1847).

François Pascal Simon Gérard L'impératrice Joséphine
L’impératrice Joséphine par François Pascal Simon Gérard – photo © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Droits réservés
François Pascal Simon Gérard L'impératreice Marie-Louise en grand costume
L’impératrice Marie-Louise en grand costume par François Pascal Simon Gérard – Photo © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

La principale composante du style Empire est la référence à l’antiquité romaine (mais aussi à l’antiquité grecque et égyptienne). En témoigne cette parure en or et mosaïques romaines exécutée par François-Regnault Nitot en 1810, cadeau de mariage de l’Empereur à Marie-Louise :

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Parure de bijoux de Marie-Louise : collier, peigne, deux bracelets, boucles d oreilles pendantes en or et micromosaïque de pâte de verre – François-Regnault Nitot, 1810 – Musée du Louvre – Photo © RMN, Jean-Gilles Berilli
  • Le parcours de Marie-Étienne Nitot (1750-1809) est caractéristique de l’art joaillier sous l’Empire. Il crée sa maison à Paris en 1780, après avoir fait son apprentissage chez Auber, fournisseur attitré de la reine Marie-Antoinette. En 1802, la bijouterie Nitot prend son essor lorsqu’elle devient le joaillier attitré de Napoléon Ier. Avec l’aide de son fils François-Regnault (1779-1853), Nitot crée les bijoux du mariage de Napoléon avec Joséphine puis avec Marie-Louise . Il dessinera et sertira aussi la couronne du sacre de Napoléon, la poignée de son épée ainsi que bon nombre d’autres parures pour le couple et pour la cour. François-Regnault Nitot reprendra la joaillerie de son père à la mort de ce dernier en 1809 et continuera son activité jusqu’à la chute de l’empire en 1815. L’exil de Napoléon le conduit à se retirer de la bijouterie. Il s’installe alors dans le château d’Echarcon (Val d’Essonne) avec son épouse et devient maire de sa ville.
  • Sous la Restauration, certaines pierres qui avaient pu être retrouvées, comme le Côte de Bretagne et le second mazarin, furent réintégrés aux joyaux de la couronne. Louis XVIII (1755-1824) fait monter de nouveau les parures exécutées pour Marie-Louise afin de les remettre au goût du jour. Nombre de ces bijoux seront portés par la Duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette. En 1821, c’est Jacques-Evrard Bapst (1771-1842) qui obtint le brevet de joaillier de la Couronne, titre qu’il conserva jusque sous le Second Empire.
Duchesse d'Angoul^me par Alexandre-François Caminade
Portrait de la duchesse d’Angoulême d’Alexandre-François Caminade – Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Adrien Didierjean
Paire de bracelets de la Duchesse d'Angoulême, P-N Menière, C-F Bapst, J-E Bapst
Paire de bracelets de la duchesse d’Angoulême (fille de Marie-Antoinette) de Paul-Nicolas Menière, Christophe-Frédéric Bapst, Jacques-Evrard Bapst – Photo © RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet

Surnommé le « roi minéralogiste », Louis XVIII fait l’achat de divers diamants ainsi que de deux opales de Hongrie dont une figurera sur le manteau de sacre de son frère et a été conservée au Muséum National d’Histoire Naturelle – avec la collection de gemmes dont Louis XVIII fit don à sa mort.

  • Louis-Philippe (1773-1850), se voulant « Roi des Français » sera en revanche beaucoup plus mesuré sur l’usage de ces emblèmes royaux. Aussi fera-t-il peu usage des Diamants de la Couronne : il ne les porte guère et n’en enrichit pas la collection.
  • Il faut attendre Napoléon III (1808-1873) pour voir revenir au premier plan les joyaux de la Couronne. Il est le dernier personnage de l’Histoire à enrichir les Diamants de la Couronne et surtout à les faire remonter à la mode du Second Empire pour l’Impératrice Eugénie.

 Le style Second Empire se définit par son éclectisme, son goût du  faste et sa polychromie (Lorsque l’impératrice Eugénie visita le chantier de l’Opéra, elle crut bon d’interroger Charles Garnier sur les sources historiques du décor qu’il avait conçu : « Mais quel style est-ce donc ? Ce n’est pas antique, ce n’est pas Moyen Âge, ce n’est pas Renaissance. » – « C’est Second Empire, Madame », répondit l’architecte.

Les bijoux de cette époque révèlent la virtuosité et les prouesses techniques des joailliers. Alexandre-Gabriel Lemonnier (vers 1808-1884), joaillier de la Couronne et François Kramer, joaillier attitré de l’Impératrice, sont les deux grands noms à retenir de ces dix-sept années d’Empire.

En 1855, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, Lemonnier fut chargé de réaliser les couronnes de l’Empereur et de l’Impératrice. Pour la couronne de l’Empereur, le joaillier a utilisé une grande partie des diamants de la Couronne. Cette couronne a été démontée et fondue en 1887. La couronne de l’Impératrice, que l’on peut voir au musée du Louvre, est composée de 2480 diamants et de 56 émeraudes qui appartenaient à l’Empereur. Les motifs de l’aigle et de la palmette sont typiquement des symboles impériaux.

Napoléon III, d'après Franz Xaver Winterhalter
Napoléon III, d’après Franz Xaver Winterhalter – Photo © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet
Couronne de l'Impératrice Eugénie, Alexandre-Gabriel Lemonnier
Couronne de l’impératrice Eugénie, Alexandre-Gabriel Lemonnier – Photo © RMN-Grand Palais / Les frères Chuzeville