Une épopée historique

Le grand pillage de septembre 1792

Symbolisant la fabuleuse richesse des joyaux de la couronne, la Toison d’or fut volée lors du pillage du Garde-Meuble en septembre 1792. Les joyaux de la couronne avaient été déposés à l’hôtel du Garde-Meuble National (actuel Hôtel de la Marine place de la Concorde) après la fuite à Varennes (au cours de laquelle Marie-Antoinette avait pris soin d’emporter le Sancy) et l’emprisonnement de la famille royale. Pendant trois nuits consécutives, du 13 au 16 septembre, le Garde-Meuble fut littéralement pillé par une bande de cambrioleurs. Nuit après nuit, d’inestimables trésors furent volés, passés par les fenêtres ou par les portes sans que personne ne s’en aperçoive.

En cette période de trouble révolutionnaire, les uns et les autres se renvoient les responsabilités. Les voleurs sont faits prisonniers puis assez vite libérés tant il semble évident qu’ils ne faisaient qu’obéir à des instructions venues de plus haut – sans qu’on sache jamais de qui : agents étrangers soucieux de mettre la main sur les joyaux de la couronne ? Royalistes français désirant exfiltrer ces bijoux? Girondins ou Jacobins cherchant à financer leurs combats politiques ? Les principaux documents judiciaires qui auraient permis d’y voir clair ont brûlé en 1871 dans l’incendie de l’Hôtel de Ville de Paris.

Parmi les gemmes retrouvées figure le Sancy mais il est mis en gage en 1796 et non dégagé. Il réapparaît en 1828, est vendu à un prince russe, qui le revend en 1865. Après plusieurs détours, il est acquis par William Waldorf Astoria pour son épouse en 1906. Finalement,  le diamant sera acquis par le Musée du Louvre en 1976. C’est là qu’il est désormais visible.

Quant aux autres mazarins, ils furent presque tous retrouvés mais le Directoire en vendit onze en 1796 pour renflouer les caisses de l’Etat. Ils se trouvent probablement dans des collections privées. Deux néanmoins subsistent au Louvre, les « Mazarins » 17 et 18, en forme de cœur, qui sont insérés dans la broche-pendentif de l’Impératrice Eugénie.

Une chose est sûre : les pertes sont considérables.
L’épée de diamants de Louis XVI ou encore la « chapelle de Richelieu » sont perdus pour toujours. Le Diamant Bleu s’est évanoui : on ne le reverra plus jamais tel qu’il avait été taillé par Jean Pittan, et c’est en Amérique qu’on le retrouvera, sous une forme altérée, des dizaines d’années plus tard.

Enfin, la Toison d’or a irrémédiablement disparu. Le Côte de Bretagne sera retrouvé en 1796 mais tout le reste a été soigneusement démonté et les pierres ont été vendues séparément. François Farges et le célèbre joaillier genevois Herbert Horovitz en ont fait une reconstitution en 2010 qui attend aujourd’hui l’intervention d’un mécène pour figurer à nouveau dans le patrimoine français.

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