Une épopée historique

La collection royale vers son apogée : le XVIIème siècle

  • Grand amateur de gemmes devant l’Eternel, le cardinal Mazarin (1602-1661) incita les lapidaires à développer la taille de pierres. Ainsi naquit la « taille Mazarin» : taille intermédiaire entre les tailles ancienne et moderne. (En forme de coussins aux coins arrondis comportant 34 facettes : la table est très petite, la couronne épaisse avec 37 facettes et une profonde culasse avec 17 facettes).

A sa mort, le Cardinal légua à son filleul Louis XIV 18 diamants magnifiques baptisés les « mazarins ». Parmi ces diamants il y avait « le Sancy » ou le « Grand Sancy ». Ce diamant, a priori de même origine que le petit Sancy (les mines de Golconde),  avait été vendu par Nicolas Harlay de Sancy (toujours lui) en 1604 au roi d’Angleterre Jacques Ier, puis revendu en 1657 par la reine Henriette-Marie de France, épouse de Charles Ier  d’Angleterre, au cardinal de Mazarin. La petite histoire raconte que le messager de Harlay de Sancy transportant le diamant d’Orient en Europe fut attaqué et tué… et que le diamant fut récupéré par son mandataire dans l’estomac de son émissaire, qui avait avalé la pierre avant de mourir.

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Diamant le Grand Sancy – Photo © RMN-Grand Palais / Droits réservés

Le Grand Sancy supplante le Petit Sancy : avec ses 55,232 carats, il sera le plus gros et le plus beau diamant blanc d’Europe jusqu’à la découverte du Régent. Il sera placé sur les couronnes de sacre de Louis XV en 1722 et de Louis XVI en 1775.

  • C’est sous le règne de Louis XIV (1638-1715) que les joyaux de la couronne connurent leur apogée. Le Roi-Soleil avait une passion pour les pierres précieuses et augmenta considérablement la collection jusqu’à posséder la plus belle d’Europe. Cette passion était certes esthétique, mais elle était également politique. Les joyaux de la couronne sont considérés comme les symboles de la puissance royale mais également comme un investissement judicieux dans des pierres précieuses dont la valeur ne saurait être altérée à travers le temps. Les diamants en particulier étaient le signe de la puissance : c’est sur un trône d’argent tout incrusté de diamants que Louis XIV reçut l’émissaire du Grand Turc.
Boîte à portrait de Louis XIV, Jean Petitot, acquis en 2009 par le musée du Louvre
Boîte à portrait de Louis XIV, Jean Petitot, acquis en 2009 par le musée du Louvre – Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

En 1669, deux marchands aux longs cours, Jean-Baptiste Tavernier et son concurrent hollandais David Bazu, par l’entremise du joaillier lapidaire Jean Pittan, rapportent à Louis XIV des centaines de gemmes extraordinaires. Parmi eux, un diamant de 115,4 carats originaire de Golconde qu’on appellera ensuite « le Diamant Bleu » et un saphir parallélépipédique de 135,8 carats, originaire de Ceylan dit « le Grand Saphir ».

Le Grand Saphir est le joyau actuel du MNHN. Cette gemme n’a jamais été retaillée depuis qu’elle est entrée dans le Trésor et fait étonnant, lors du sac du Garde-Meuble en 1792, elle fait partie des rares bijoux auxquels les voleurs ne s’intéresseront pas ! Nous en parlerons dans l’article consacré au MNHN.

Avec le grand diamant bleu de Louis XIV commence une histoire étonnamment romanesque. Cette histoire aux rebondissements nombreux est racontée par François Farges, éminent spécialiste et professeur au MNHN. Le diamant est taillé pendant deux années à partir de 1672 par Jean Pittan pour obtenir un bijou exceptionnel de 69 carats, d’un bleu profond (appelé violet à l’époque) couleur de la royauté, comprenant 72 facettes, à l’image du Roi-Soleil et représentant une cosmogonie héliocentrique.

En effet, la pierre était facettée en son centre d’une étoile à sept branches (chiffre chargé de symboles : les planètes, les jours de la semaine, le culte d’Apollon). Lorsque le roi portait cette pierre, montée sur une épingle d’or, l’illusion d’un soleil au centre d’un ciel bleu éblouissait tout son entourage.

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Simulation du Diamant bleu de LouisXIV serti or – Photo © MNHN / François Farges

Ce diamant fut ensuite volé et sa trace se perdit. Ce n’est que récemment que François Farges put démontrer que le Diamant Bleu n’était autre que le diamant Hope, qui peut être admiré au Smithsonian Institution à Washington. Les deux retailles en font aujourd’hui une pierre 45,52 carats.  De plus amples détails sont donnés dans l’article III.

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Le diamant Hope – Photo © Chip Clark, Smithsonian Institution

 

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