Une épopée historique

Des débuts tumultueux…

  • La collection des Diamants de la Couronne débute le 15 juin 1530, à l’instigation de François Ier (1494-1547). Soucieux d’apparat royal mais aussi des finances du royaume, le roi décide d’établir une distinction entre sa cassette privée et des bijoux royaux auxquels il assigne un statut particulier : le roi décide en effet que certains bijoux seront « propriété de l’état » à la condition de n’être jamais aliénés. Roi et Reine en auront la jouissance durant leur vie, mais à leur mort, les bijoux seront remis au Trésor et transmis aux héritiers de la couronne.
1 Portrait de François Ier, Ecouen, Images d'Art
Portrait de François Ier, Ecouen, musée national de la Renaissance – Photo © RMN-Grand Palais  / René-Gabriel Ojéda

C’est François Ier lui-même qui choisit huit bijoux ou pierres destinés à constituer le premier noyau de ce trésor. Parmi eux, trois « rubis balais » dont la « Côte de Bretagne », un spinelle d’un rouge profond (le terme désuet de « rubis balais » provient d’une déformation de nom de leur origine : le Badakhchan, province montagneuse de l’extrême nord-est de l’Afghanistan). Ce spinelle, témoin des débuts des Joyaux de la Couronne, est la seule pierre à avoir traversé toute l’histoire de France et à nous être parvenue. Elle n’est certes pas intacte : elle fut retaillée en forme de dragon en 1750 à la demande de Louis XV. Elle connut aussi des avanies : volée en 1792, elle fut retrouvée en 1796 puis rachetée par Louis XVIII et réintégrée aux Diamants de la Couronne. Aujourd’hui elle est visible au Musée du Louvre.

  • Moins de trente ans après la mort de François Ier (+1547), le roi Henri III (1551-1589) contrevient aux instructions laissées par son grand-père. L’année même de son sacre en 1575, il engage les joyaux auprès de créanciers de la Couronne de France. La raison en est simple : les guerres de religion sont à leur paroxysme et elles coûtent très cher au trésor royal. Pratiquement aucun des joyaux engagés n’est recouvré. Engagées elles aussi, les « Collections royales », des objets précieux datant pour la plupart du Moyen-Age, disparaissent également. C’est la première catastrophe dans la très jeune histoire des joyaux de la couronne.
  • Le sacre d’Henri IV (1553-1610) apaise les guerres de religion et marque une époque nouvelle pour le royaume de France.  Le roi Henri IV et son épouse Marie de Médicis (1573-1642) reprennent la collection des joyaux de la couronne, y ajoutant de très nombreux objets d’art. C’est ainsi que Marie de Médicis acquiert en 1604 le « Beau Sancy » (ou « petit Sancy ») auprès de Nicolas Harlay de Sancy, alors surintendant des finances d’Henri IV. La légende dit qu’il l’aurait rapporté de Constantinople, où il aurait été en ambassade. Il se pourrait en réalité que ce soit son fils, Achille de Harlay, qui y ait été ambassadeur vers 1601. Son origine est obscure, mais il est très probable qu’il provienne d’Inde. Certains toutefois veulent croire qu’il provient du trésor perdu de Charles le Téméraire, qui comportait ce qui pourrait bien avoir été un diamant magnifique, la Rose Blanche – le Beau Sancy et la Rose Blanche ne feraient qu’un. Ce ne sont que des hypothèses sans doute romanesques mais peu étayées.

Marie de Médicis fera fixer Le Beau Sancy sur sa couronne lorsqu’elle sera sacrée reine de France à Saint-Denis le 13 mai 1610.

Marie de Médicis par Frans Pourbus, le jeune
Marie de Médicis, reine de France par Frans Pourbus, le Jeune – Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Le lendemain de la cérémonie, Henri IV est assassiné par Ravaillac. Marie de Médicis, mère de Louis XIII qui n’a alors que neuf ans, assure la Régence. Elle s’exile en 1630. Pour payer ses créanciers, elle finit par vendre le diamant au Prince d’Orange-Nassau en 1641.

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Vente de Haute Joaillerie et de Bijoux de provenance aristocratique. Sotheby’s Genève, 15 mai 2012

Le Beau Sancy est un diamant de taille de poire double rose pesant 34,98 carats. Pendant quatre siècles, ce joyau a appartenu tour à tour à quatre familles royales (France, Maison d’Orange, Angleterre, Prusse). En mai 2012, la Maison royale de Prusse l’a mis aux enchères : c’est l’un des diamants historiques les plus importants à avoir été proposé aux enchères. Il a été acquis par un collectionneur dont le nom n’a pas été divulgué et a atteint 7,53 millions d’euros. Le Beau Sancy a ainsi rejoint une collection privée et n’est désormais plus visible.

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